« J'ai prié pour que mon fils se donne la mort.»

Le 20 avril 1999, Dylan Klebold et Eric Harris réalisaient l'une des premières fusillades scolaires à Columbine. Dans son livre Sue Klebold la mère de l'un des tueurs revient sur l'après Colombine, entre incompréhension, menaces et perte d'anonymat.
19/11/2016

Ces deux-là se sont liés d'amitié pendant leur deuxième année de lycée. Passionnés de programmation, Dylan et Eric tissent une relation toute particulière qui se scellera lorsqu’ils attaqueront une camionnette pour y voler du matériel informatique. A cet âge, braver la loi peut être vécu comme une affirmation de soi, un tour de force permettant d'être une figure dominante parmi ses pairs. Cependant au lycée, ils n'en retirent pas plus d'admiration ou de popularité. Bien au contraire, à plusieurs reprises les deux adolescents seront même intimidés.

Dylan Klebold et Eric Harris sont clairement des nerds. En 1999, même s’ils savent déjà hacker des sites, ils passent la plupart de leur temps libre à jouer en réseau ou à faire du montage vidéo et sonore. Ils développent alors un certain goût pour l’esthétique qui peut facilement faire écho à la sensibilité d'un Twenty d'aujourd'hui.

Casquettes personnalisées à l'envers, tee-shirts de leurs groupes préférés assez underground, longs trenchs et lunettes recherchées, leur style à la fois urbain et gothique laisse peu indifférent.

 

 

 
« Je tiens à dire que ça a été une communauté exceptionnelle où passer ma phase d'ado en colère. »
(Un colombiner annonçant qu'il ne mettra plus à jour son blog)

 

Dix-sept ans après la tuerie, Dylan et Eric continuent d’animer toute une communauté d'adolescents. Ils s'appellent les « columbiners » et régulièrement ils échangent sur des plate-formes comme Tumblr, des images, du fan art et des montages qui mettent en scène les deux adolescents. Souvent les columbiners poussent la fascination et le mimétisme jusqu’à utiliser les même pseudos que leurs idoles ; « Reb » diminutif de rebelle pour Eric et « voDKa » pour Dylan. Les columbiners partagent des fonds d'écrans certifiés « résolution spéciale iPhone 6 ». La communauté évoque très souvent la personnalité des deux tueurs ainsi que leurs films préférés et les albums qu’ils écoutaient juste avant de passer à l’acte. La communauté aborde aussi la question du harcèlement scolaire et de la violence entre élèves.

 

 

« Hé maman. J'dois y aller. Plus qu'une heure et demie
avant notre petit jugement dernier »
(Dylan dans l'une de ses vidéos)

 

Sue Klebold, la mère de Dylan, dit apprécier les columbiners. Ils la décrivent comme une mère forte et aimante contrairement aux parents d'Eric Harris qui ne seraient jamais allés récupérer les vêtements de leur défunt fils à la morgue. C'est vrai que Sue Klebold force l'admiration. Elle a eu l’incroyable courage de prendre la parole publiquement, et de livrer un aspect plus intime de cette histoire. Sue travaille dans le social. Avec son époux, ils ont élevé leurs fils dans la spiritualité juive et chrétienne mais surtout dans la bienveillance envers son prochain. Bien loin de la gun culture...

 

« Nos voisins les monstres. »
(Une du Time magazine)

 

 

A la lecture du livre on constate que l'une des plus grandes douleurs de Sue Klebold est le traitement médiatique du meurtre-suicide de son fils. Photos de cadavres, description des vêtements, interview de l'entourage plus ou moins proche, la presse a été particulièrement friande de tous les détails les plus morbides concernant la tuerie.

Très rapidement les parents des deux adolescents ont été designés coupables par association de ce carnage. Ils auraient élevé des monstres. Mais Sue Klebold insiste, Dylan et Eric étaient normaux. D’ailleurs assez vite après le sinistre événement, Sue Klebold a choisi de coucher ses émotions et ses souvenirs sur papier, dans un journal.

 

 

Elle a alors entamé son chemin vers la guérison en essayant de comprendre les agissements de Dylan. Avec le recul, elle avoue avoir ignoré un certain nombre de signes. Ce livre dresse le portrait d’une mère en quête de rédemption. Sue Klebold sait au fond d’elle qu’elle aurait pu empêcher ce drame. Elle encourage à ne pas se satisfaire des idées reçues sur les ados. Non, l'isolement, l'irritabilité ne sont pas des comportements que les parents d'adolescents ne doivent pas questionner. A travers son histoire, elle témoigne de l'importance de prendre au sérieux la santé cérébrale et physique, elle s'investit d’ailleurs dans des thérapies de groupes.

 

« Ils m'ont donné ma putain de vie.
Mais ça reste à moi d'en faire ce que je veux. »
(Dylan dans l'une de ses vidéos)

 

A retenir. Les enfants ne sont pas une extension de leurs parents. Ils ont une individualité en construction, certes, mais présente. Le nier est faire le choix de les laisser seuls face à leurs démons.

 

Par Ketsia Mutombo, 22 ans, étudiante.

COLUMBINE, Comment mon fils a-t-il pu tuer ?. Aux éditions Robert Laffont

 

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