Ça veut dire quoi être heureux en 2018 ?

Parfois assimilé à la joie, à l’amour, à la santé, à la paix ou encore à l’argent, la bonheur est bien difficile à définir. Alors, à l'occasion de sa journée officielle, on s'est demandé : c’est quoi être heureux aujourd’hui ?
20/03/2018

 

 

J’ai posé la question autour de moi pour avoir une petite idée de ce à quoi pouvait bien correspondre le sentiment de bonheur de nos jours. Les réponses, diverses et variées, sont parfois accompagnées d’un « C’est trop dur à définir » ou encore d’un plus philosophique « Qui te dit que le bonheur n’est pas une illusion ? » C’est vrai, et si le bonheur n’était qu’un idéal inaccessible ? Et si la vision que l’on en a était trop étriquée pour nous permettre de savoir ce qui nous rendrait vraiment heureux ? Mais d’un autre côté comment pourrions-nous ne pas vouloir être heureux ? Le septième art semble vouloir traiter des mêmes problématiques en nous proposant des films « feel good ». Le genre de films qui vous mettent la patate, vous redonnent foi en l’humanité et vous font croire que vous seriez capable de déplacer des montagnes. Après tout, pourquoi pas ?

 

 

« État de complète satisfaction »

 

Selon Robert Mesrahi, auteur de Le bonheur. Essai sur la joie, « Le bonheur est à la fois une appréhension réflexive de la vie de l’individu dans sa durée, par l’individu existant dans son actualité présente, et un sentiment qualitatif de plénitude et de satisfaction concernant ce Tout de l’existence, saisi par la conscience actuelle. » Effectivement, cette définition ressemble beaucoup à celle de nos cours de philo de Terminale et n’est pas forcément claire pour tous. Que diriez-vous d’un petit tour dans le dictionnaire pour en avoir le coeur net ? Selon le Larousse, il ne faudrait pas chercher midi à quatorze heures puisque la définition du mot bonheur tient en quatre mots : « État de complète satisfaction. » Cette recherche du bonheur est si importante que Ban Ki-Moon, alors secrétaire général de l’ONU, avait déclaré lors de la première Journée Internationale du Bonheur en 2013 : « La poursuite du bonheur est à la base des entreprises humaines. Tous les peuples du monde aspirent à mener des vies heureuses et épanouissantes, à l’abri de la peur et du besoin, et en harmonie avec la nature. » Le bonheur serait alors la fin ultime de nos existences. Mais comment l’atteindre ? Pour Épicure, célèbre philosophe grec, tout plaisir en lui-même n’est pas forcément synonyme de bonheur. Selon lui, le plaisir doit être évité si la conséquence qui suit provoque plus de souffrances que le plaisir qui l’a produite. Plaisir et bonheur sont donc étroitement liés. Cela dit, ne faut-il pas connaitre le malheur pour savourer le bonheur ? Ne faut-il pas connaitre la pauvreté pour apprécier la richesse ? Et puisque le bonheur est si dur à comprendre et à définir, faut-il vraiment en faire un but ultime ?

 

61% des Français affirment manquer d’argent pour être tout à fait heureux 

 

Pour Sabrina, « Le bonheur c’est être épanouie dans ce que tu fais, pouvoir être libre et partager de bons moments avec tes amis et ta famille. » La notion de famille revient souvent dans les témoignages, ainsi pour Tansu, « Ça serait le fait d’avoir sa famille près de soi, vivante surtout parce que beaucoup de gens n’ont plus de parents, par exemple. Pour moi, c’est déjà un bonheur qu’ils soient là. » Anaïs, aussi mentionne la famille dans ce que représente le bonheur pour elle mais également « la santé, l’accomplissement personnel et surtout connaitre le malheur. » Pour Amina, c’est différent. « On ne se préoccupe pas de ce que l’on a, on cherche plutôt à avoir ce que l’on n’a pas et on s’éloigne donc du bonheur (…) On préfère se comparer à ceux qui ont plus que nous et les envier au lieu de se comparer et d’aider ceux qui ont moins que nous. Selon moi, la course au bonheur ne mène qu’à notre propre malheur. » Geneviève, elle, parle du bonheur comme le fait de « vivre pleinement sa vie sans se soucier du regard des autres ou des jugements. C’est faire ce que l’on veut parce qu’on est maîtres de nos choix (…) »

 

 

Pour d’autres, le bonheur c’est d’avoir de l’argent, beaucoup d’argent. Pourquoi ? Pour voyager, pour être à l’abri du besoin, pour vivre « pleinement », pour faire plaisir à ses proches, pour laisser un héritage à ses enfants, pour sortir quand on en a envie et ne pas se dire qu’on risque d’être dans le rouge. La liste n’est bien évidemment pas exhaustive. Qu’en est-il du fameux dicton « L’argent ne fait pas le bonheur » ? Ma réponse manquera sûrement d’originalité puisque je reprends la citation de Woody Allen qui dit que « L’argent ne fait pas le bonheur, mais il y contribue. » Quand j’ai demandé si avoir un compte en banque bien rempli rendraient vraiment ces personnes heureuses, 5 personnes sur les 10 qui avaient cité ce critère en premier m’ont répondu exactement la même chose : « On ne peut pas vivre d’amour et d’eau fraiche. » Une autre a temporisé : « Ok, peut-être qu’il ne fait pas le bonheur mais sans lui je sais que je serai malheureuse. » Selon une étude menée par le prix Nobel Angus Deaton et son collège Daniel Kahneman (« High income improves evaluation of life but not emotional well-being », 2010), 61% des Français affirment « manquer d’argent pour être tout à fait heureux » quand 49% des Québécois aimeraient gagner beaucoup plus. De l’argent, pour quoi faire ? Consommer et le montrer.

 

 

Bonheur 2.0

 

A l’ère du paraitre sur les réseaux sociaux, Nadia explique que pour elle, « Le bonheur ce n’est pas l’argent, ni la célébrité. Le bonheur réside dans l’amour dans son sens le plus large. Tu peux avoir beaucoup d’argent mais n’avoir aucune personne sincère à tes côtés. Tu peux ne pas forcément être riche mais avoir des épaules sur lesquelles pleurer quand ça ne va pas. » Pourtant, aujourd’hui, le bonheur est devenu ostentatoire, en témoignent les comptes Instagram où chacun partage ses photos de manière à mettre en scène une vie parfaite, idéale, pleine de voyages, de belles soirées, de shopping, etc. Le but ? Certains vous diront que non, ce n’est absolument pas dans l’idée de montrer aux autres leur vie. Pourtant c’est, entre autres, le concept des réseaux sociaux. Evidemment, vous pouvez toujours mettre votre compte en privé et puis, ne généralisons pas, tout le monde n’est pas sur les réseaux pour exposer l’image d’une vie où les richesses semblent illimitées. Cela dit, il semblerait que l’humain soit naturellement prédisposé à se comparer aux autres. C’est plus fort que lui. Une expérience, menée en 2015, au Danemark, par le Happiness Research Institute a démontré les effets négatifs de Facebook sur la vie de ceux qui l’utilisent. Sur 1095 personnes, 94% d’entre elles utilisaient le réseau social de manière quotidienne et 61% y montraient le côté positif de leur vie. L’idée de montrer une vie parfaite est, encore une fois, bien présente. Les réseaux sociaux seraient alors une sorte de belle façade. De plus, 88% des personnes ayant quitté Facebook au cours de cette expérience se sont dites heureuses même si 16% ont confié se sentir seules, voire « déprimées. »

 

 

Alors à quoi bon afficher son bonheur sur les réseaux sociaux ? Les likes et partages des autres, qui sont une sorte d’approbation, sont-ils vraiment utiles pour être pleinement satisfaits de nos vies ? La réponse devrait être non parce que ce n’est pas très sain de ne vivre qu’à travers le regard des autres. Et puis, le bonheur, est un sentiment très difficile à définir avec précision mais reste quand même universellement recherché. Alors peut-être qu’en 2018 et pour le restant de nos jours, être heureux serait l’être à sa façon, ne pas chercher l’aval des autres, avoir sa propre conception du bien-être, de la satisfaction et à fortiori du bonheur, même si certains critères comme l’argent, l’amour, la famille et la santé sont incontournables. Et puis pensez à l’histoire du grillon de Jean-Pierre Claris de Florian, la fable d’où vient le fameux « Pour vivre heureux, vivons caché. » Le petit grillon n’avait de cesse de se comparer au papillon et de se lamenter sur son sort. « Ah! disait le grillon, que son sort et le mien sont différents ! Dame nature pour lui fit tout, et pour moi rien. Je n'ai point de talent, encore moins de figure. » Quand le papillon se fait pourchasser et déchirer par des enfants, le grillon est bien heureux de ne finalement pas être un papillon et conclut : « Je ne suis plus fâché ; Il en coûte trop cher pour briller dans le monde. Combien je vais aimer ma retraite profonde ! Pour vivre heureux, vivons caché. » Morale de l’histoire ? Cessons de nous comparer aux autres, cessons d’exposer les moindres détails de nos vies et peut-être que chacun atteindra « un état de satisfaction complète. »

 

 

Par Kahina BOUDJIDJ, 23 ans, à la recherche du bonheur

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