De La fureur de vivre à Dope : la jeunesse hédoniste au cinéma

Plus loin, plus fort, plus vite, tels semblent être les mantras de la jeunesse quand le 7ème art la fantasme sur grand écran. Décryptage.
05/11/2017

 

Les représentations de la jeunesse hédoniste ont-elles été bouleversées depuis la matrice du rebelle sans cause de la Fureur de Vivre ? Pour répondre a cette question assez vaste, j'ai décidé d’analyser 10 films cultes illustrant la jeunesse des années 50 à aujourd'hui, en proie à l’insouciance.

 

Commençons par le film le plus marquant pour toute une génération : La Fureur de vivre.

Sorti en 1955, le succès de la réalisation de Nicholas Ray est notamment dû à la belle gueule du sex-symbol de l’époque… James Dean ! Comment résister au personnage de Jim Stark ? Un ado de 17 ans, aux aires de bad boy, à la fois rebelle et fragile. En pleine explosion du rock’n’roll, Ray dessine le portrait d’une jeunesse en crise en pleine invention de l'adolescence.

Outre la cigarette au bec, pour représenter ce bel âge à la recherche de liberté, le réalisateur décide de filmer le héros lors d’une course de voitures illégale. Une scène reprise quelques années plus tard par Randal Kleiser dans Grease. Dans ces deux films, James Dean et l’interprète de « Summer Nights », John Travolta, tentent tous deux d’impressionner une lycéenne au volant de leur Ford Mercury.

Parce que oui ! Un film sur des adolescents, sans histoire d’amour, n’a pas grand intérêt. Ici, les réalisateurs font preuve d’une inspiration minimaliste et ont les clés en main pour garantir le succès. Une jeune femme, bien sous tout rapport et issue de bonne famille (merci le soft power américain), tombe sous le charme d’un mec bagarreur. S’ensuit un jeu de séduction avec la scène du baiser entre Judy et Jim (La Fureur de Vivre) ! Et oui, il faudra attendre encore quelques années pour en voir un peu plus. Il ne faudrait pas choquer l’Amérique puritaine !

 

 

 

Quelques différences sont, cependant, à souligner entre La Fureur de Vivre et Grease. Lorsque sort, en 1978, la comédie musicale retraçant l’histoire de lycéens des fifties, il n’y a plus un mais deux personnages principaux : Sandy Olsson et Danny Zuko. Vive l’égalité des sexes ! Par contre, la diversité ethnique de la jeunesse américaine est à revoir puisque tous les rôles majeurs sont détenus par des acteurs de type caucasien.

Dans Grease, les jeunes âmes en quête de plaisir, sont illustrées par une bande de potes vivant sa dernière année de lycée. Outre la BO culte, notons une petite révolution : le legging en cuir, sculptant les corps sveltes des « Pink Ladies ».

Une décennie plus tard, bye bye la chorégraphie rythmée de You're the one that I want. Dans La Chinoise, Jean-Luc Godard chamboule les codes et représente de jeunes révolutionnaires. Pour beaucoup, ce film prophétique de Mai 68 marque l’émergence d’une jeunesse contestataire prise dans une envie de changement et de lutte. Bien loin des représentations américaines des jeunes gens, Godard montre, dans La Chinoise, un groupe de cinq protagonistes militants maoïstes extrêmement engagés. Vivant tous ensemble dans un appartement, ils vont, le temps d’un été, multiplier les débats et discussions idéologiques et politiques. Autre changement, cette fois, dans le style vestimentaire. Les blousons en cuirs et les jeans laissent place aux pulls en laine et aux pantalons. Pour les filles, la frange et la casquette gavroche sont indispensables !

 

 

Pour parler de cette jeunesse en quête de plaisir dans les seventies, retour sur une réalisation outre-Atlantique avec La Fièvres du Samedi Soir de John Badham sorti en 1978.

John Travolta, encore lui, incarne Tony Manero, un jeune mec de 19 ans, issu de Brooklyn et cherchant à tout prix à s’évader de sa vie morose grâce à la danse. Vous l’aurez compris, nous sommes en pleine période de la boule à facette et des pantalons pattes d’eph et devenir le temps d'un instant le roi de la piste permet d'oublier sa lose sociale.

Cette décennie marque les prémisses d’une représentation de la déviance chez les jeunes. Les premières scènes de consommation importante de stupéfiants et alcools sont réalisées. Et cerise sur le gâteau, des scènes de sexe sont filmées sur la banquette arrière d’une voiture. Fini l’histoire d’amour à l’eau de rose, les relations homme/femmes se veulent réalistes.

 

Dans les années 1980, changement d’ambiance, Claude Pinoteau diffuse en salle le second volet de la Boum. Ainsi, il choisit de porter à l’écran les amours de jeunesse de Vic, incarnée par Sophie Marceau. En adoptant l’angle féminin, le réalisateur veut représenter les doutes et les questions que les lycéennes ont à leur âge. Contrairement aux seventies, la période de l’adolescence chez Pinoteau reste sage, voire très sage. On organise des soirées lorsque les parents sont absents et on assiste à des concerts en veste en jeans et en baskets.

Il faut attendre les années 2000, pour que les cinéastes illustrent une jeunesse débridée à l’écran. Nous sommes bien loin des années 70 où les scènes de sexe ne montrent que des corps relativement couverts.

Deux réalisations sur la jeunesse des années 90 sortent en 2015 puis en 2017.

Le premier, Dope, de Trick Famuyiwa représente de jeunes gens métissés d’un quartier malfamé de Los Angeles. Une nouvelle génération d’individus est alors mise en avant : les geeks. Des ados plongés dans le mouvement culturel hip hop, walkman à la main et style vestimentaire semblable à celui du personnage de Will dans Le Prince de Bel-Air.

Le réalisateur applique alors les trois ingrédients indispensables aux films stéréotypés sur la génération Y: Sexe, Drogue et Rap.

La représentation de la sexualité chez les adolescents est beaucoup plus marquée ainsi que l'émergence de personnages homosexuels comme Diggy l'illustre dans Dope.

Ce thème est également mis à nu dans 120 Battements pas Minute de Robin Campillo. Le réalisateur s’inspire de son engagement au sein d’Act-Up, lors des années Mitterrand, pour illustrer une jeunesse engagée et protestataire face au silence de l’État sur la multiplication du nombre de victimes du sida.

Ce film, bouleversant et sensationnel, souligne les envies principales de ce groupe de jeunes hédonistes militants : vivre et aimer !

 

 

En 2008, lorsque sort Lol (Laughing Out Loud) de Liza Azuelos, sur la jeunesse des années 2000, le thème du film s’inscrit dans la lignée de la saga La Boum. Il s’agit de l’histoire d’une lycéenne et de son groupe d'amis « bobos parisiens » alors à la recherche d’expérimentations. Liza Azuelos apporte néanmoins un regard sur la complexité des relations parentales au sein d’un couple divorcé.

La réalisatrice montre également un nouveau mode d’expression qui se déploie rapidement au sein de la génération Y, avec les évolutions technologiques : l’utilisation de la plateforme de communication msn. Et non ce n’est pas si vieux !

En 2012, sort l’hymne de tout les excès ! Je parle évidemment de Projet X, film produit par le réalisateur de Very Bad Trip. Tous les ingrédients du film sur la jeunesse américaine des années 2000 sont amplifiés. L’alcool coule à flot et des filles, ultra sexy, se collent aux mecs défoncés à toutes sortes de stupéfiants.

Projet X est un scénario similaire à Dope. Trois amis se retrouvent empêtrer dans une situation les dépassants totalement. Par ailleurs, cette jeunesse accros à la weed et autres psychotropes est un concept marketing multiplié ces dernières années au cinéma : Spring Breakers, The Bling Ring ou encore Nos pires voisins 2, pour ne citer qu’eux.

En France, La Crème de la crème de Kim Chapiron sorti en 2014, joue également sur les codes de la débauche au sein d’une des plus prestigieuses écoles de France, HEC et va même plus loin. Les trois protagonistes vont, pour servir leurs propres intérêts, mettre en place un véritable réseau de prostitution au sein de cette haute école de commerce. Les corps de ces jeunes femmes recrutées deviennent alors de la valeur marchande et un business à faire développer.

 

Au cinéma la jeunesse hédoniste a donc toujours été illustrée en quête de nouvelles sensations et d’émancipation. Cependant, cette représentation a évolué. Fini les jeunes mecs avec des blousons en cuir, nous sommes passés à une bande de potes mixte en proie à l’insouciance où sexe et drogue s’entremêlent lors de beuveries.

Le cinéma se libère et devient un porte-parole des questions de société en traitant des thèmes tels que l’homosexualité, la dépendance, les précarités sociales et économiques dont certains cherchent à s’extraire.

 

Par Soline Carbillet, 20 ans.

 

 

©La Crème de la crème [en ligne]. Voir à Lire, 01/04/2014.

Disponible sur : https://www.avoir-alire.com/la-creme-de-la-creme-la-critique-pour-du-film

 

©La Fureur de Vivre : Affiche [en ligne]. Allociné, 18/01/2012.

Disponible sur : http://www.allocine.fr/film/fichefilm-1945/photos/detail/?cmediafile=20000207

 

©La Chinoise [en ligne]. Lisa says gah, 02/10/2015.

Disponible sur : https://www.lisasaysgah.com/film-friday/2015/10/1/film-fridays

 

©Dope [en ligne]. Forest Whitaker's Significant Productions, Allociné, 05/12/2015.

Disponible sur : http://www.allocine.fr/film/fichefilm-233845/photos/detail/?cmediafile=21159407

 

 

 

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