Harry et moi

Durant toute son adolescence, Harry Potter a été pour Marie-Angélique une indispensable oeuvre d'apprentissage. Retour sur les petites et grands leçons de vie du célèbre sorcier.
01/12/2016

 

Durant toute mon adolescence, quand j’avais soudain peur de la société dans laquelle je vivais, je lisais Harry Potter. Mais il ne s’agissait pas de fuir un monde réel pour en investir un meilleur, imaginaire. Le monde des sorciers a beau être magique, il n’est pas mieux que le nôtre1. La magie a figé le monde des sorciers dans le temps et les a poussé à vivre reclus, totalement ignorants du monde des millions de moldus que nous sommes. Il y a également eu deux guerres tragiques, et l’esclavage des elfes n’est absolument pas remis en question dans cette société. Ce monde, au fil des tomes, ne fait que devenir de plus en plus sombre, et se plonger dans la lecture de Harry Potter n’est pas sans risque. On fait là aussi face à la mort, à plusieurs reprises, de personnages, auxquels on s’est réellement attaché au fil des années : Albus Dumbledore, le Professeur Lupin, Sirius Black, Nymphadora Tonks, Fred Weasley, Dobby, la chouette Hedwige, victimes d’une guerre dont l’issue repose sur le sacrifice de celui pour lequel ils sont morts, Harry. Alors, il est clair que ce n’est pas pour la beauté du monde des sorciers qu’on s’y réfugie. Quand j’ai appris la sortie imminente des Animaux Fantastiques, je me suis alors demandée ce qu’avait pu m’apporter les écrits de J.K Rowling, et comment elle a pu, à un moment de ma vie, me faire préférer son monde, au mien.

 

 

Une réponse s’est tout de suite imposée : l’adolescence est parfois une période terriblement compliquée, durant laquelle on se pose beaucoup de questions sur des problèmes existentiels sans forcément pouvoir en trouver les réponses. Comme Hermione Granger, moi aussi, j’ai fait partie du groupe des miss je-sais-tout, un peu plus mature que les autres, et qui agace ses camarades. Je ne comprenais pas les comportements des autres vis-à-vis de moi, ni d’ailleurs même lorsqu’ils étaient entre eux. Harry Potter m’a permis de saisir la complexité d’une personnalité qui change quand elle est seule ou en groupe, et ne pas forcément le prendre pour moi, et surtout de ne pas changer à cause de cela, de rester moi-même. Car oui, Harry Potter, malgré ses apparences de livre pour enfants (enfin, plus tellement à partir du cinq quand même…), regorge de références sociologiques et philosophiques de base comme l’a très bien montré le hors série Philosophie Magazine, « Harry Potter à l’école des philosophes »2. Le monde des sorciers est un miroir de notre propre société, et il est aisé d’y trouver des solutions à des problèmes similaires chez nous. Il est plus simple de comprendre notre propre besoin, pour grandir, de figures masculines ou féminines idéalisées dans notre vie, tout en se rappelant qu’ils ont été et sont humains, et donc imparfaits, eux aussi. Il est aussi plus aisé de comprendre la mort3 (et l’acceptation de la nôtre) et toutes les émotions qu’elle entraîne dans ce livre, que dans la réalité. D’apprendre que le monde n’est pas manichéen4, que personne n’est jamais tout blanc ou tout noir, que même Albus Dumbledore possède sa part d’ombre5, et que Severus Rogue, représentant le professeur qu’on a tous détesté un jour, a risqué sa vie pour réparer ses erreurs de jeunesse6. Que ce que nous sommes n’est pas déterminé par d’où l’on vient, mais par nos choix7, comme le montre l’histoire personnelle de Lord Voldemort, alias Tom Jedusor, dont la situation d’origine est proche de celle d’Harry Potter. Pourtant, ils feront des choix radicalement opposés dans leur vie et c’est ce qui les différenciera, permettant à Harry de vaincre le mage noir au moment venu. J.K Rowling, nous montre alors que ce qui fait de nous des êtres humains est l’empathie et l’amour dont on peut faire preuve. La mort, l’amour, le mentor, la tolérance8, la liberté, sont quelques notions parmi des dizaines d’autres abordées dans Harry Potter.

 

 

Et malgré les défauts de l’univers de J.K Rowling, il restait néanmoins un cocon réconfortant pour chaque période de ma vie où je me sentais un peu perdue, avec des adolescents, comme moi, mais qui, en manquant de se faire tuer au moins une fois par an me permettait de penser que je pourrais certainement réussir à traverser mon adolescence sans encombre. Et c’est ce qui s’est passé ! Mais, une fois adulte, j’ai dû apprendre à vivre sans mon univers favoris, car après tout, le dernier film est sorti quand j’avais 18 ans, et le trio de sorciers entrait lui aussi dans l’âge adulte. J’avoue que j’ai eu du mal à accepter l’idée. Après tout, Harry Potter est entré dans ma vie quand j’avais huit ans, et m’a accompagnée pendant dix ans. Mais malheureusement, j’ai dû me contenter de cela et me demander s’ils galéraient autant que moi avec leur vie, pour leurs études ou dans leur couple. Même si les critiques de la pièce de théâtre, Harry Potter et l’enfant maudit, qui était certes dispensable, sont mitigées, je suis tout de même rassurée sur le fait que oui, c’est normal de trouver la vie d’adulte beaucoup moins fun, et infiniment plus complexe que l’adolescence dont je me plaignais auparavant. Que la magie disparaît avec le temps, mais qu’après tout, Harry Potter fut simplement une aide précieuse à un moment de ma vie.

 

 

Enfin, c’est ce que je croyais. Car J.K Rowling’s Wizarding World a réussi un tour de force extraordinaire en écrivant le scénario des Animaux Fantastiques. En allant au cinéma mercredi 16 novembre dernier, j’ai été surprise de me voir entourée de personnes du même âge que moi, ayant le même ressenti que moi sur cette série, et espérant peut-être la même émotion qu’avant. La magie peut-elle opérer deux fois de suite, sur des adultes qui plus est ? Oui, la magie opère, mais si et seulement si vous êtes prêts à vous laisser emporter par elle. On sort hagard du visionnage, et on observe le monde qui nous entoure avec un regard différent, décalé, nous rappelant un sourire en coin que l’on ressent exactement la même chose que pendant notre enfance et notre adolescence. J.K Rowling, en réanimant une forte émotion, force votre imagination d’enfant à réapparaître, aussi enterrée soit-elle. Elle vous rappelle que la magie peut être là si vous le souhaitez et vous oblige à la laisser s’exprimer dans son monde, qu’elle étend aujourd’hui et pour les huit années à venir. Une renaissance qui vous remet en question, et qui vous pousse à accueillir avec joie le retour du réalisateur David Yates, du producteur David Heyman, et de toute la clique du studio Leavesden, pour nous raconter une nouvelle histoire, dont on avait seulement entrevue les prémices dans les livres. Mais cette fois, celle de Newton Artemis Fido Scamander (Norbert Dragonneau pour la VF), un jeune adulte, comme moi.

 

Par Marie-Angélique Rakoto, 23 ans.

 

1 Sven Ortoli, Raphaël Enthoven, « Poudlard, c’est pas si sorcier... », Philosophie Magazine, HS n°31, p.26.

2 Philosophie Magazine, « Harry Potter à l’école des philosophes », HS, n°31, 2016.

3 Ibid.

4 Tsolag Paloyan, Frédérique Leichter-Flack, « Cours de défense contre les forces du mal », op. Cit., p.43

5 J.K Rowling, Harry Potter et les reliques de la mort, « Le Miroir perdu », chapitre 28.

6 J.K Rowling, Harry Potter et les reliques de la mort, « Le récit du Prince », chapitre 33.

7 J.K Rowling, Harry Potter et la chambre des secrets, 1998, p.333. De Dumbledore à Harry Potter : «It is our choices, Harry, that show what we truly are, far more than our abilities » 

8 Sven Ortoli, J-C. Milner, « Une fable politique », Philosophie Magazine, HS n°31, p.20.

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