Le défi Twenty : ma semaine sans musique

Avant toute chose, je dois vous expliquer ma relation avec la musique. En fait c'est assez simple, je rêve secrètement de pouvoir être seule toute la journée pour pouvoir écouter de la musique non stop.
30/12/2016

Journal de bord

 

Jour 1

 

6h30 : Passer de System of a Down, au réveil, à un truc qui s'apparente au bruit bizarre de gouttes d'eau, ça change ! Première conséquence de ce chamboulement, je suis en retard dès le premier jour.

7h30 : Le moment le plus redouté de mon expérience arrive, prendre le métro sans musique, être obligé d'entendre les conversations des gens, les enfants pleurer et le conducteur nous annoncer toutes les 3 minutes qu'il faut attendre « pour régulation du trafic ». Prise de panique je demande de l'aide à mon entourage :

 

15h : Je m'installe dans un café pour travailler et on me fait vite comprendre que je ne suis pas la bienvenue. Qu'à cela ne tienne, je sors les boules Quies et passe donc l'après-midi à me demander pourquoi j'ai décidé de faire ce pari.

 

 

20h : Faute d'écouter de la musique, j'en fredonne, beaucoup, à tel point que mes proches veulent me tuer. Et ce jour, impossible d'enlever cet air de Cloclo de ma tête.

La chanson que j'aurais aimé écouter : Belles belles de Claude François, je n'ai aucune explication.

 

Jour 2

 

8h : J'ai envie de tuer chaque personne qui monte dans le métro avec des écouteurs. Le mec à coté de moi écoute Jul hyper fort. Je me bouche les oreilles et maudis ce chanceux jeune homme (parce qu'il a des écouteurs, pas parce qu'il écoute Jul hein).

 

18h : En rentrant chez moi, j'ai très envie de regarder une série. Je découvre alors un nouveau sentiment en moi, le doute. Au moment où j'allume Netflix, je me surprends en train de penser « Est-ce que j'ai le droit de faire ça ? Ah mais oui, c'est la musique que je ne peux pas écouter ». En introduisant un nouvel interdit dans ma vie, j'ai bouleversé mes habitudes. A chaque fois que je faisais quelque chose qui me plaisait, je me demandais si j'en avais le droit (séries, films et chocolats).

 

La chanson que j'aurais aimé écouter : I'm so Excited de The Pointer Sisters, sous la douche, parce que oui, chanter sous la douche c'est vital voyez-vous, c'est mon moment Diva de la journée.

 

Jour 3

 

8h : Avant, ma vie était un peu comme un clip. Je pouvais choisir, sur mon trajet, si je voulais être une rockstar des années 80 ou une chanteuse de country en pleine rupture amoureuse. Mais maintenant, non. Mes trajets sont rythmés par le doux son de la capitale qui s'éveille, avec ses bruits de klaxons, de voitures et de chantiers.

 

15h : Le devoir m'appelle, je dois commencer mes cadeaux de Noël. Un détail m'avait échappé : les magasins, en décembre, se transforment en jukebox de Noël. Impossible d'entrer dans une boutique sans entendre la douce de voix de Mariah nous fredonner que tout ce qu'elle veut pour Noël c'est toi. Ne vous méprenez pas j'adore (Louxor ?) les chansons de Noël, j'ai une playlist de Noël prête dès septembre du coup. Que ça soit la douce voix de Mariah qui m'oblige à sortir d'un magasin c'est un peu un comble.

 

19h : Je réitère l'expérience du café. Deuxième échec, le barman a décidé que mettre NRJ à fond était le meilleur moyen de s'attirer une clientèle jeune. Je quitte les lieux sur un air de M. Pokora, qui me narguait depuis le poste de télévision.

 

La chanson que j'aurais aimé écouter : Last Christmas de Wham !

 

Jour 4

 

13h : Je me découvre une nouvelle passion : appeler mes proches dans la rue, en prétextant avoir un truc à raconter. En fait, je comprends que j'ai besoin d'avoir les oreilles occupées quand je marche, que ça soit par la musique ou le téléphone. 

 

17h : Je commence mes révisions pour le lendemain, petit bémol, je travaille aussi en musique. Rien de mieux qu'un fond de piano pour apprendre ses cours. Et bien non, voyez vous, je me retrouve seule face à mes 40 pages de fiches et j'abandonne très vite.

 

Ce que j'aurais aimé écouter : La marche funèbre de Chopin (vous avez dit pessimiste ?).

 

Jour 5

 

Premier jour de mes examens. J'ai besoin d'écouter la douce voix de Bob me dire que Everything is gonna be alright.

 

14h : Je rentre de l'épreuve, sans musique, triste et seule dans le métro. J'entends alors deux ados discuter, et l'un d'eux dit : « Tu sais, la musique, ça sauve des vies ». J'avais envie de me lever et de l'embrasser, mais non parce que un, non, et de deux, il avait à peine 14 ans.

 

La chanson que j'aurais aimé écouter :

- Avant l'épreuve, Eye of the Tiger.

- Après l'épreuve, Don't Cry de Gun's n Roses.

 

Jour 6

 

19h : J'arrive dans un bar, et qu'est-ce que j'entends ? Ils passent une chanson de Led Zeppelin. Je décide alors de rester, consciente d'enfreindre les règles mais heureuse de pouvoir revivre.

 

22h : Je rentre. Le constat est là, j'ai abandonné, et ça m'a fait bien un fou. J'ai passé une semaine à broyer du noir, dans le métro, à écouter les gens parler de leurs cadeaux de Noël ou pire, de la météo.

 

La musique que j'aurais aimé écouter (avant de craquer) : Ibrahim Maalouf, Kalthoum (alf leila wa leila)

 

 

 

Bilan de cette semaine : petite réflexion sur la musique

 

 

Cette expérience m'a poussée à réfléchir un peu plus sur la place qu'occupait la musique dans nos sociétés modernes. C'est en enlevant mes écouteurs que j'ai remarqué qu'absolument tout le monde autour de moi écoutait de la musique. Du temps de mes parents, la musique s'écoutait exclusivement en groupe, on se réunissait autour du poste de radio ou du 45 tours pour partager le moment d'écoute. Il ne s'agit pas d'une critique de nos pratiques actuelles, juste d'un constat. Bien sûr, on écoute toujours autant de musique à plusieurs, que ce soit lors de concerts, de fêtes ou autres, mais on a désormais la possibilité de profiter de ce moment seul. Si il y a 30 ans on regardait de travers le moindre énergumène qui se baladait avec un walkman dans la rue, cela fait désormais partie de notre quotidien le plus banal. Pour moi, ce moment où l'on décroche de la sphère publique pour mettre notre casque et profiter de la musique est le plus beau de la journée. Si cela est jugé comme triste pour certaines personnes qui y voient un individualisme croissant moi j'y vois un moment d'épanouissement pour chaque individu. C'est là la force de la musique, elle peut à la fois être un moment de partage comme un moment privé. Et c'est là qu'arrive un paradoxe évident, on écoute de plus en plus de la musique seul mais force est de constater que l'on écoute de plus en plus la même chose.

Il faut savoir que ce qui n'est qu'une simple habitude chez nous, est considéré dans certains pays comme un crime. La musique permet au corps de se libérer, de s'exprimer, notamment à travers la danse. Dans certaines sociétés, encore très religieuses, la danse, en ce qu'elle permet un lâché prise total, est considérée comme un crime, car elle serait synonyme de luxure. Cette idée avait déjà été évoquée dans Footloose de Herbert Ross, film sorti en 1984, qui relate l'histoire de la ville de Beaumont, où la danse et la musique sont proscrites (ce résumé est des plus synthétique je m'en excuse, mais allez voir le film si vous avez le temps, en plus, la bande originale est géniale).

La musique éloigne du religieux, voire pire, serait une invocation au diable. On pense notamment au métal, un style de musique particulièrement critiqué par les religieux, qui y voient un culte satanique inacceptable.

En tout cas, une chose est sûre, cette expérience m'a permis de prendre conscience de mon addiction à la musique, mais cela ne veut pas dire que cette addiction m'est néfaste, bien au contraire.

La musique me rend plus productive et de meilleure humeur, et n'a pas à ma connaissance d'effet secondaire comme d'autres drogues, donc à quoi bon arrêter ?

 

Par Myriam Attia, 19 ans, étudiante. 

 

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