The Leftovers : véritable chef d'oeuvre dramatique

La troisième saison de The Leftovers produite et diffusée par HBO a débuté, et pourtant elle passe encore assez inaperçue. Il est temps de lui rendre justice. Une analyse garantie sans spoilers !
03/05/2017

 

 

 

Le pitch de départ : 2 % de la population planétaire disparaît sans explication, et une petite ville doit faire face à la montée d’un mouvement sectaire.

 

« – Vous étiez où ? Quand ça s’est passé, vous étiez où ?

– Chez moi, à la maison. Je nettoyais les gouttières

– Oh.

– Et vous, vous étiez où ?

– J’étais au… parking de la laverie automatique.

– Hey, on est encore là nous.

– Oh, je sais. »

(S01E01, 58min38)

 

Le vrai pitch : Quand 1 personne sur 50 sur la Terre disparaît soudainement sans laisser de trace, sans aucune explication, quelle est notre réaction ? Vers quoi se tourne t-on quand on se rend compte que les gouvernements traditionnels ne peuvent nous protéger contre quelque chose d’invisible, qui n’est ni une attaque d’origine humaine, ni une maladie ? La série offre deux pistes en particulier, assez réalistes à mon sens : la religion et la débauche à outrance. Les religions millénaires évidemment, mais surtout les nouvelles religions et mouvements sectaires qui surfent sur l’apocalypse et les extra-terrestres, et qui paraissent si convaincantes lorsqu’un tel événement se produit. Et quand on préfère ne plus croire en rien, il ne reste plus qu’à se mettre à l’envers H24 pour oublier. 

 

L’oublie. Est-ce vraiment possible dans ces conditions ? Car The Leftovers s’intéresse également aux sentiments les plus profonds de l’être humain face à la perte : le gestion de la tristesse, la colère, le sentiment d’impuissance, la fatigue nerveuse, ou la curiosité perverse pour la mort. La série pousse l’étude du syndrome du survivant à son maximum, étendu à une population et à un système tout entier, ses dérives compris. Où, lorsqu’un tel épisode arrive, le ressentiment face à la mort d’un animal est décuplé avec violence, comme la perte de son propre enfant. Où tout dans notre vie passe alors pour n’avoir aucune importance quand des membres de notre famille disparaissent : l’école, le mariage, les lois, la vie même.

 

 

On pense souvent aux disparus, qu’on hisse en héro peu importe leur vie passée. Mais la question abordée dans cette série est : et les survivants ? Ne dit-on pas que le plus difficile est de rester, de se reconstruire après un événement traumatique ? Car ce qu’on voit dans cette série finalement, c’est un équivalent d’un après-guerre. Quand les survivants rentrent, quand on les regarde d’une étrange manière, et qu’on leur demande de reprendre leur vie d’avant comme si rien ne s’était passé. The Leftovers n’est pas un deuxième Under The Dome ou Lost. Il va bien plus loin dans la réflexion philosophique de la perte et de la violence qui en découle dans les moindres recoins de notre intimité, du trauma d’un survivant qui culpabilise d’être toujours là, et à qui on reproche d’avoir changé.

 

Avec une musique signée Max Richter (Vladimir’s Blues et The Twins) qui vous déchire l’estomac et la contemplation d’une folie collective progressive, la série The Leftovers entre dans le catalogue des réussites qui s’enchaînent de HBO, poussant loin la réflexion sur un sujet hautement philosophique et pourtant si personnel.

 

 

Par Marie-Angélique RAKOTO, étudiante en histoire geek.

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