Mais à quoi servent vraiment les sites de rencontres ?

Auteures d'une enquête sur les vrais usages des sites de rencontres, Séphora et Marion en sont revenues avec des résultats étonnants où il apparaît que l'ennui est la première cause d'inscription sur ces plateformes. Romantisme quand tu nous tiens...
20/10/2017

 

 

TWENTY : Comment vous est venue l’idée d’enquêter sur l’utilisation des sites de rencontres ?

Séphora Talmud : Marion Herboch et moi travaillons ensemble et sommes amies. Les ¾ de nos potes, célibataires pour la plupart, utilisent ces applications et nous nous interrogions sur le but de leur présence dessus, car certains semblaient dithyrambiques, tandis que d’autres préféraient supprimer les applis ou les mettre en pause.

Ils nous racontaient leurs histoires de coeur et cela nous intriguait qu’ils aient des opinions aussi divergentes sur ces facilitateurs de rencontres.

 

 

TWENTY : Comment avez-vous procédé pour faire votre enquête ?

ST : Afin de comprendre leurs réactions, nous avons choisi la méthode empirique, c’est-à-dire tester nous-mêmes ces applications. Plusieurs questions sont venues au fur et à mesure de nos conversations online, lors de dates ou après. Ne comprenant pas forcément les comportements des gens que nous avions  “en face” de nous, nous avons eu envie de nous pencher sur ce sujet de façon sérieuse et décalée. Le concept ? Une fois le questionnaire rempli, tu remportes une carte de fidélité qui permet de t’offrir une pizza si tu es tombé(e) de nombreuses fois sur un(e) Jean(ne)-Michel(ine) Pas De Couilles, comme nous aimons les appeler. Pourquoi ? Parce qu’il faut savoir remercier les gens qui répondent à des questions taboues en laissant leurs mails (merci encore à eux ! Promis, on balancera rien à vos targets !) et parce que la bouffe italienne est un très bon remède pour les coeurs brisés.

 

 

TWENTY : Qu’est-ce que votre enquête a révélé ?

ST : Des data riches d’enseignement pour tout cœur à prendre ou méta ethnographe intéressé par ces nouvelles techniques de drague ! Pour ceux qui n’aiment pas lire, une infographie résume tout ce que nous allons vous expliquer ci-dessous.

60% des inscrits sur les applis de rencontres le sont depuis plus de 12 mois. Bon nombre d’entre eux cumulent facilement 2 applis de rencontres sur leur mobile. Celles qui arrivent dans le trio de tête sont l’américaine Tinder (82%) suivie par les françaises Happn et AdopteUnMec. Once, OKCupid et Meetic sont aussi grandement téléchargées par les hétérosexuels. Grindr et Hornet restent par ailleurs des valeurs sûres pour les gays purs et durs, même si Tinder prend une part de marché de plus en plus importante dans la communauté LGBT.

La première cause d’une inscription est l’ennui ! 64% des gens qui ont répondu à notre enquête swipent pour passer le temps. Ce geste ludique devient vite une addiction. 33% des interrogés occupent leurs mains avec leur smartphone connecté aux applis de rencontres jusqu’à 9 heures par mois et 17% accordent plus de 10 heures par mois à ce divertissement. Où le font-ils ? Au lit et aux toilettes, dans les transports en commun et au travail.

 

 

 

 

TWENTY : Ces sites de rencontres, pourquoi on y va ?

ST : Dans l’ensemble, les cœurs brisés essaient d’oublier leur précédente relation amoureuse et cherchent à avoir des relations sexuelles de façon rapide et efficace (un peu comme un forfait sans engagement 24/24 7/7). Booster son égo et trouver l’amour sont aussi de nobles causes eudémoniques mentionnées par nos interrogés au cœur grenadine. Quant aux individus en couple ayant répondu à l’enquête, ils fréquentent ces applis pour prouver à leur +1 qu’ils peuvent encore séduire !

 

 

TWENTY : Et finalement, est-ce que les sites de rencontres fonctionnent si bien que ça ?

ST : Si tu entends par là qu’il y a fornication, nous te répondons :

Oui : 32% des interviewés avouent avoir fait la bête à deux dos avec une personne en 4 semaines, reste à vérifier (ou pas) si c’est un « coup d’un soir » ou un « plan cul régulier ». Et 22% des interrogés s’acoquinent avec 2 personnes par mois. Aucune IST à confesser, des dizaines de préservatifs sont utilisés tous les mois selon les dires des interviewés.

Non : 29% font partie du cercle (vicieux ?) des récidivistes des premiers rendez-vous, qui préfèrent souvent “en rester là”. La patience est la mère de toutes les vertus, il faut bien croire.

 

 

TWENTY : Utiliser des sites de rencontres, est-ce que c’est pas aussi un moyen de ghoster ou de poser des lapins plus facilement ? Vu qu’on est souvent face à des gens qui sont totalement hors de notre quotidien.

ST : Complètement. Les Jean(ne)-Michel(ine) Pas De Couilles peuvent être des gens lâches ou qui ne savent pas ce qu'ils veulent. Les Hommes comme  les femmes, d’où la possibilité de transformer “Jean-Michel” en “Jeanne-Micheline” quand on parle d’eux. On peut les rencontrer sur les applis mais aussi dans la vie réelle, bien sûr, même si les écrans les protègent pas mal et amplifient ces phénomènes. En gros, c’est une personne adepte de la pose de lapin, de ghosting, de breadcrumbing, de stealthing ou encore d'infidélité alors qu'elle a juré être monogame à son +1. Un conseil que nous nous appliquons à nous-mêmes (sans forcément être sur les applis de rencontres) : Sois attentif(ve) à ton comportement, il se peut que tu sois un(e) Jean(ne)-Michel(ine) Pas De Couilles avec certaines targets sans t’en rendre compte.

 

 

TWENTY : Les millennials sont-ils les plus grands adeptes de ces sites ?

ST : Marion et moi sommes des millennials et notre enquête a été diffusée sur les réseaux sociaux, et moins de 10% des interrogés ont dépassé les 37 ans. La majorité des participants (82%) fait partie de cette génération. Nous répondrons donc en leur nom.

Parmi les interrogés, un quart d’entre eux renoncent sans prévenir à rencontrer quelqu’un IRL (dans la vraie vie) ou se font poser des lapins.

Alors que pour 13% d’entre eux, ils rencontrent 5 fois par mois une nouvelle personne. Peut-être souhaitent-ils s’entraîner à l’art du small talk ou du personal branding en répondant à la sempiternelle question « Tu fais quoi dans la vie ?» alors qu’ils connaissent déjà les réponses, vu qu’ils ont préalablement stalké la target sur les réseaux sociaux.

51% des sondés ont déjà mis en pause lesdites applis de rencontres. 31% comptent le faire d’ici un an, quand 19% se disent déterminés à ne jamais arrêter ! La tentation est trop forte.

 

 

 

 

TWENTY Est-ce que vous pensez que ce modèle de rencontres peut durer ?

ST : Tinder suprise ! (pardon) L’avenir nous le dira. Il y a toujours des histoires fabuleuses sur des couples formés via ces applis et comme on le sait, l’espoir fait vivre, on continue d’y croire et de se prendre au jeu en retournant dessus dès qu’on s’ennuie… Que veut-on ? Rencontrer quelqu’un, l’aimer et être aimé, se marier et/ou vivre ensemble, faire des enfants, c’est le lot de la majorité de la population. Alors, comment faire pour arriver à ses fins si l’on n’ose pas aller vers un autre être humain en soirée ou dans le métro ?

 

 

TWENTY La question que nous nous posons désormais va plus loin : Ces outils technologiques seraient-il en train de changer nos besoins, nos frustrations et nos attentes en matière de relations amoureuses ?

ST : Ce dont nous sommes sûres, c’est que les applications de rencontres redéfinissent les frontières de la romance pour mieux l’optimiser grâce à de précieux algorithmes. Certains perçoivent le choix illimité de congénères et l’absence de contraintes physiques comme des avantages, tandis que d’autres voient leur individualité marchandée, remplaçable et jetable, noyée dans la masse des millions de profils présents sur ces plateformes.

 

Propos recueillis par Alix Welfling
 

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