Mon boss, ce psychopathe

On a tous déjà eu un boss manipulateur et borderline mais les sociotypes ci-dessous dépassent tout entendement. Prenez ces récits comme autant de messages de prévention pour vos futurs jobs.
04/07/2017

 

 

La boss « Le diable s’habille en Prada »

 

J’étais chargée d’acheter des robes au Sentier pour 120€, puis de couper toutes les étiquettes « Made in China » pour les remplacer par celles de sa marque

 

« C’était l’année dernière. J’avais absolument besoin d’un stage. N’ayant aucune expérience et aucun réseau, c’était vraiment laborieux. J’ai du envoyer une bonne soixantaine de demandes avant qu’elle me réponde (on va la nommer Catherine). Catherine dirige un magasin de robes de luxes.  On a convenu d’un entretien rapidement. Le jour-J, elle m’a fait passer l’entretien dans un salon de coiffure, pendant qu’elle se faisait pouponner. Ça aurait du m’alerter, mais j’étais bien trop désespérée face à ma propre situation pour m’en soucier. Mon profil lui plaisait, j’avais enfin un stage. Mais j’étais juste au début de mes surprises.

 

Mes tâches allaient bien au delà de ce qui est acceptable. Un jour, Catherine m’a donné les clés de chez elle pour que je mette certains de ses meubles à vendre sur Le Bon Coin. Un autre jour, j’ai du l’accompagner chez l’ophtalmologue avec son petit-fils, puis jouer au foot avec lui. Je me sentais exactement comme la fille du film "Le Diable s’habile en Prada", le coté glamour en moins. C’était aussi une islamophobe notoire.

Je devais faire taire toute once d’éthique : j’étais chargée d’acheter des robes au Sentier pour 120€, puis de couper toutes les étiquettes « Made in China » pour les remplacer par celle de sa marque, et les vendre au bas prix de 990€.  La com' constituait à peine 20% de toutes mes tâches. Le reste du temps, je m’occupais soit des clientes chiantes, soit des courses, soit des tâches administratives, soit du ménage.

 

Pourquoi ne suis-je pas partie ? Je ne sais pas. Pourtant, plus d’une fois, j’ai voulu claquer la porte et ne jamais revenir. Mais ceci impliquerait de nombreuses démarches et j’avais bien entendu la flemme. En tout cas, ça m’aura appris quelque chose : si un jour vous descellez les signes avant coureur d’une maladie mentale chez votre patron, fuyez. » Laëtitia, 20 ans

 

 

 

Le lubrique libidineux

 

"Le rédacteur en chef s’est mis à me complimenter sur ma coiffure en s’approchant de mon visage."

 

« Je venais de débarquer en stage dans un magazine people, et le rédacteur en chef, proche de la retraite, grand et élancé, me faisait beaucoup penser à Montgomery Burns dans les Simpsons. Souvent en réunion de rédaction, je sentais son regard perçant sur moi, et ça me gênait plus que ça m’intimidait.

 

Un matin devant la machine à café alors que j’avais roulotter mes cheveux bruns dans un bandeau fin et rouge (ce détail à son importance vous verrez) le rédacteur en chef s’est mis à me complimenter sur ma coiffure en s’approchant de mon visage.

 

Il m'a ensuite demandé : «  Sonia, ça vous dirait de venir un samedi après-midi chez moi déguisée en Blanche Neige pour ma fille? Elle adore Blanche Neige! "

En effet, il venait de se remarier et avec sa nouvelle femme, beaucoup plus jeune que lui, ils étaient parents d’une petite fille de trois ans. 

Je pense qu’à ce moment très précis il a pu lire dans mes pupilles : « WTF » qui clignotait comme les enseignes lumineuses des diners américains. 

 

Je lui ai évidemment répondu : « Oui, avec plaisir !» avec un air enjoué. Ben, oui, je ne voulais pas le froisser et en plus j’étais en stage et j'espérais vraiment être reconduite dans la boîte. » Sonia, 23 ans.

 

 

 

Le boss sous coke

 

"Il m’a accusé d’avoir fait un dessin raciste."

 

« Je travaillais dans un magazine parisien, et mon patron était un personnage haut en couleurs. Un jour, en revenant du festival de Cannes (où il avait consommé beaucoup, beaucoup trop de produits stupéfiants), il m’a accusé d’avoir fait un dessin raciste. Le dessin représentait une scène d’un dîner entre un patron et son employeur.

Dans le dessin, complètement absurde, la femme de l’employeur s’excusait auprès du boss parce que son mari, pour l’impressionner, décidé de jouer du saxophone avec une banane écrasée dans la bouche.

Selon lui, c’était une référence à sa femme qui est noire, et j’ai fait ça pour m’attaquer ouvertement à lui. Ca faisait quand même trois ans que je bossais pour lui et il ne savait manifestement toujours pas après tout ce temps que je n’étais évidemment pas dessinateur, donc pas vraiment l'auteur du dit dessin…» Alexandre, 23 ans

 

 

 

Le boss teenager-manipulateur

 

"C'est déjà arrivé que nous en venions aux mains, et que nous nous battions."

 

« Mon boss était très jeune. J'ai travaillé pendant un an avec lui, et il y a eu des moments un peu compliqués. A la fois, nous étions très proches, et d'un autre côté, il me traitait comme si j'étais son petit joujou. Un jour, il m'a dit que j'étais virée si je ne couchais pas avec son meilleur ami, chose que je n'ai bien sûr jamais faite. Pour se défendre, il m'a dit que c'était du second degré et que je n'avais pas le sens de l'humour. Il faisait toujours en sorte d'anéantir le peu de confiance en moi que j'avais déjà, en me répétant que j'étais grosse, que j'étais moche, que je finirais seule. Voyant que j'étais extrêmement naïve, il s'amusait à me faire croire n'importe quoi. Avec ses équipes, sa devise, c'était diviser pour mieux régner.

 

Il avait aussi la fâcheuse habitude de me demander d'envoyer une géolocalisation s'il voyait que j'étais connectée sur Facebook après minuit, pour vérifier que je ne sois pas fourrée chez un garçon.

 

Comme il n'aimait pas l'idée que je puisse avoir un mec, il stalkait les garçons que je fréquentais et menaçait de leur envoyer des messages pour faire foirer les relations que je tentais désespérément de construire avec eux. Sinon, il essayait régulièrement de me toucher les seins, à mimer des viols, soi-disant pour "rigoler"... 

 

C'est déjà arrivé que nous en venions aux mains, et que nous nous battions. Un jour, ma mère a vu mon bras couvert de bleus et m'a fait comprendre que c'était allé trop loin. J'ai voulu prendre mes distances avec lui, cesser les enfantillages, décrocher.

 

J'aurais pu me tirer plus tôt, mais il avait réussi à me faire croire que sans lui, je n'étais rien, et que je ne pourrais pas avoir mieux que ce job. 

Bref, cette expérience m'aura tout de même rendue moins crédule, plus forte, et bien endurcie. C'était mon premier contact avec le monde professionnel, et je pense être parée à tout à présent. En d'autres termes, ce job, c'était un peu comme un stage chez les spartiates. Aujourd'hui, je suis une warrior ! » Laura, 25 ans

 

 

Après avoir recueilli ces témoignages, je suis parti interroger Jean-Charles Bouchoux, psychanalyste et écrivain, auteur de plusieurs livres comme dont "Les Pervers Narcissiques - Qui sont-ils ? Comment fonctionnent-ils ? Comment leur échapper ?"(Ed Eyrolles)

 

Il m’explique le profil type des boss borderline :

 

"Le sentiment de toute puissance va l’habiter."

 

« Le boss psychopathe, comme dans les témoignages ci-dessus, est à l’origine une personne qui manque cruellement de confiance en lui. Pour contrebalancer ce manque de confiance, il va tout faire pour se prouver qu’il est fort. Le sentiment de toute puissance va l’habiter, et il prendra un malin plaisir à vérifier ce sentiment, en demandant par exemple des services à la dernière minute à son employer. C’est une situation paradoxale pour le boss : l’autre est à critiquer mais à conserver en même temps.

Pour l’employer, la situation a une double contrainte : soit il refuse de se soumettre et perds son emploi, soit il accepte et perdra peu à peu l’estime de soi-même. Le bon compromis peut être de rester en attendant de trouver quelque chose. Cependant, il faut absolument sortir au plus vite de cette relation au risque de perdre la tête. Le but, c’est de redevenir le sujet de sa propre histoire. »

 

 

Lydia Menez, 20 ans, élue employée du mois

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