Mykki Blanco : "La culture queer est à la fois radicale et progressive !"

De passage à Paris pour le festival Loud and Proud, le rappeur et activiste Mykki Blanco a accepté de répondre aux questions de Daphné sur les nouveaux enjeux de la culture queer.
16/07/2017

On ne présente plus Mykki Blanco, mais pour celleux qui seraient passés à coté, Mykki Blanco est un artiste et activiste américain, rappeur queer, afroféministe, descendant direct des Riot Grrls et pionnier de la scène hip-hop queer new-yorkaise. Twenty l’a rencontré à l’occasion du festival Loud and Proud, dédié aux cultures queers, qui s’est tenu à Paris du 7 au 10 juillet à la Gaité Lyrique à Paris.

 

Note : Cet article utilise le langage inclusif (ielle, celleux, etc… pour plus de renseignements, http://dessinssansgluten.com/?page_id=770ou bien http://simonae.fr/militantisme/feminismes/les-bases/ecriture-non-sexiste/)

 

Twenty : Nous sommes au festival Loud and Proud, qui est dédié aux cultures queers, et tu y joues parce que tu es une des figures de proue de la scène queer new-yorkaise. Selon toi, que représente le concept de « culture queer » aujourd’hui ?

 

Mykki : Aujourd’hui, je pense que cela signifie être dans une culture qui est très accueillante, et remplie de personnes à la fois radicales et progressives, dont le but est vraiment de faire en sorte que les sociétés, nos sociétés, soient plus égalitaires et acceptantes des différentes sexualités, des différentes identités de genre. Je pense que le coeur du concept de cultures queers est d’autoriser les gens à comprendre qu’il y a plus que les stéréotypes et les rôles genrés traditionnels, et qu’ielles n’ont pas à s’y conformer, que nous devrions avoir une attitude beaucoup plus compréhensive et ouverte.

 

Twenty : Et en quoi est-ce différent de ce que tu as vécu quand tu avais 20 ans, soit il y a une dizaine d’années ?

 

Mykki : Une bonne partie des problèmes de l’époque, qui étaient des tabous, sont devenus assez « mainstream », et c’est super parce que ça permet à toute une nouvelle génération d’avoir un contexte et un vocabulaire pour se définir qu’on avait pas vraiment au moment où j’ai commencé à explorer ma propre identité quand j’avais une vingtaine d’années.

 

Twenty : En tant qu’artiste, pourquoi penses-tu que la scène et l’art sont aussi importants dans la communauté queer ?

 

Mykki : Quand il est question de performance, je ne peux pas vraiment parler pour une communauté entière, mais je sais que la performance artistique est la chose que je fais le plus naturellement, c’est ce qui me vient le plus facilement, et je me suis rendu compte au fur et à mesure que c’est ainsi, à travers le théâtre et la musique que j’arrive le mieux à communiquer ces idées, c’est esthétiques et ces concepts aux gens, d’une manière très condensée tu vois ? Pour moi, c’est la meilleure des plateformes pour ces idées.

 

Twenty : Aujourd’hui, on peut te voir dans une campagne de prévention du Sida de l’amFAR dont le nom est « Epic Voices », et à ce sujet tu as déclaré que la chose la plus importante était que l’art provoquait le changement. En quoi l’art peut-il aider à surmonter les difficultés et les discriminations, quelles qu’elles soient ?

 

Mykki : L’art est une excellente manière de comprendre, en tant que personne queer notamment, que son identité, qu’elle soit de genre ou sexuelle, est normale ; c’est une excellente manière de normaliser ces différences pour beaucoup de personnes, alors qu’elles les feraient généralement se sentir exclues et différentes.

 

Twenty : Concernant ton apparence physique, tu ne t’intéresses pas aux stéréotypes de genre, et tu as utilisé plusieurs pronoms durant ta vie. En quoi penses-tu que les pronoms soient aussi importants concernant l’identité d’une personne, voir même plus que l’apparence ?

 

Mykki : Je pense que c’est très important parce que, c’est un peu un cliché mais c’est très vrai tu sais, on ne peut pas juger un livre à sa couverture, en clair l’habit ne fait pas le moine, et l’apparence de quelqu’un ne signifie pas forcément que c’est la façon dont ielle s’identifie. Il est très important de respecter les pronoms et l’identité d’une personne.

 

Twenty : L’année dernière, tu as récité « I Want a Dyke for President » de Zoe Leonard pour Dazed, qui est un texte très politique, te vois-tu comme un personnage politique ?

 

Mykki : Je pense que je suis très véhément au sujet des choses qui sont très importantes pour moi, et ces choses sont des changements que je veux voir se produire dans la société, qui affectent les gens que j’aime ou juste que je connais, et qui feront, je l’espère, du monde un endroit plus agréable. Cela doit en quelque sorte faire de moi un personnage politique, mais je suis bien loin d’un politicien !

 

Twenty : Dernière question, quel est selon toi l’oeuvre la plus iconique de la communauté queer, tous supports confondus ?

 

Mykki : Le Cirque du Soleil ? Je les ai toujours aimé-es, et ce depuis que je suis enfant, je les trouve assez queer !

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