Nintendo addict

A l'occasion de la sortie d'Animal Crossing sur Smartphone, une Twenty est revenue sur la manière dont le jeu l'a aidé à grandir et a évolué avec elle. Un texte sincère et bouleversant sur l'addiction aux jeux vidéos.
27/12/2017

 

 

Le 21 novembre dernier sortait Animal Crossing sur Smartphone, un jeu de simulation de vie réapparu après plusieurs années d'absence. Etant née dans les années 90, j’ai grandi avec un biberon dans une main, une Nintendo dans l’autre. J’ai passé de longues heures devant ma Nintendo, à dresser des chiens virtuels, à faire des courses de voiture dans des paysages hallucinés, jusqu’au jour où j’ai découvert Animal Crossing, dans un supermarché. Tout me poussait à l’acheter, de sa popularité au design de sa boîte. Il me fallait ce jeu à tout prix. 

 

A l’âge de sept ans, mes premières nuits d’insomnies se sont manifestées. Animal Crossing s’est présenté comme le remède miracle, un jeu capable de m’apaiser. Un genre de Xanax à même de canaliser mes angoisses. Je pouvais y passer des heures, à promener mon petit avatar à travers un univers graphiquement rassurant, ultra léché et mignon.

 

Finalement, on pourrait évoquer un terrain addictif, intrinsèque à ce jeu, au même niveau que Minecraft ou Candy Crush. Mes amies et moi étions si atteintes que nous avions toutes créé un blog afin de relater l'ensemble des péripéties que vivaient nos personnages, substituts existentiels de nous-mêmes. Nous avions déjà un skyblog, mais cette fois ci, l’entreprise était différente, nous étions allés par delà les portes du réel, nous avions personnifié nos personnages. Nous aimions les prendre en photo, tant bien que mal (les smartphones n’existaient pas encore), et nous nous empressions, dès que retentissait la sonnerie, de rentrer chez nous pour nous connecter, afin de rendre compte des dernières informations concernant nos délicieux refuges virtuels (par exemple, l'arrivée de nouveaux fruits dans le village, la découverte d’un fossile, l’arrivée d’un nouvel habitant…). Jouer à Animal Crossing était notre échappatoire. Nous aimions jouer aux grands, choisir notre maison, faire les boutiques et ce, sans jamais être soumis à aucune autorité. Une espèce de pseudo-autonomie avant l’heure. Finalement, c’était sans doute ça, le moteur de l’addiction. Nous étions libres d’aller où nous voulions, de faire ce que nous voulions. Nous avions le choix, celui de choisir nos terres, de planter des arbres, de donner un nom au village et au personnage. Rares étaient ceux qui se prénommaient de la même façon dans le jeu et dans la vraie vie. Si à un moment donné le nom nous lassait, ou notre apparence, aucun soucis, nous pouvions changer du tout au tout. Exerçant nos pouvoirs prométhéens sur un univers Kawaï relativement aseptisé, il faut bien l’avouer. Quoi qu’il en soit, pendant des heures, je m’exerçais au stand de chute libre, comme pour ressentir par procuration un peu de ce frisson artificiel.

 

 

 

 

Ma folie était telle que j’avais réclamé à mes parents le livre Animal Crossing. Peu de gens étaient au courant de son existence, et j’étais extrêmement fière d’en avoir fait l’acquisition. On pouvait y découvrir toutes collections du jeu, des vêtements aux noms des fossiles, des fruits aux poissons… absolument tout. J’étais devenue incollable sur le jeu. Mes parents ne savaient plus comment m’arrêter, si ce n’est en me confisquant ma console, ce qu’ils jugeaient particulièrement cruels (on pourrait d’ailleurs, a posteriori, leur reprocher un tel laxisme).  

 

 

En 2008 sortait la nouvelle édition d’Animal Crossing sur la Wii. Cette fois ci, de nouvelles fonctionnalités été proposées : la possibilité de voyager en bus, de se déplacer du village à la ville, d’aller chez le coiffeur, acheter des vêtements de luxe, de se faire offrir un ballon par un passant, et même de se faire cirer les chaussures plusieurs fois par mois. À cette époque, j’avais, tout comme mon personnage, murît. En trois ans, le jeu et moi avions tout deux évolués. Nous avions davantage de liberté et davantage de moyens à notre disposition pour parvenir à nos fins. Je m’empressais de me rendre chez le coiffeur, pour y couper mes cheveux en carré. Deux jours plus tard je me faisais une frange. Un mimétisme inquiétant ? Jocker !

 

 

Plus tard est apparu une sorte de micro, qui permettait de communiquer avec d’autres joueurs à travers le monde. En s’échangeant nos identifiants nous pouvions nous déplacer de ville en ville, discuter, oralement ou par message. J’ai rencontré grâce à ce système une multitude de personnes, vivant dans la France entière, et même à Nouméa.  C’est d’ailleurs de cette façon que j’ai rencontré Mathilde - la seule rencontre dont je me souvienne du vrai prénom - mais aussi Louna, Chantilly, Myrtille, Clémentine, Louise… et tant d’autres. Nous avions des meilleures amies en primaire, au collège, mais aussi dans nos villages Animal Crossing. Je pouvais passer des heures à bavarder, nous avions même réussi à trouver un stratagème un peu honteux, consistant à, si on peut le dire, « cracker » le jeu (de véritables génies informatiques, je ne vous le fait pas dire). Pour cela nous devions être plusieurs, l’un éteignant sa wii pendant que l’autre restait connecté. Bilan : nous parvenions à doubler nos clochettes, enrichir nos terres, multiplier nos meubles à valeur inestimable. Parfois, je culpabilisais et relançais une partie à zéro. Finalement, je me suis rendu compte que je préférai le processus au résultat. Ce qui comptait, c’était de travailler pour obtenir les choses, et non de feinter (désolée les SIMS #MOTHERLOAD).

 

 

 

 

J’ai lâché l’affaire pendant quelques temps. Manque de temps, manque d’envie. L’insouciance et le plaisir avaient disparu faut-il croire. Et pourtant, je persistais à dire qu’Animal Crossing demeurait meilleur divertissement technologique de mon existence. À la sortie de Pokemon sur smartphone, le goût du jeu semblait peu à peu me revenir. J’aimais Pokémon à la télévision, j’aimais Pokémon sur ma Nintendo DS, et je l’aimais aussi dans les cartes. Mais rien ne pouvait combler le manque d’Animal Crossing. J’enviais les Australiens, qui furent les premiers à pouvoir tester le jeu. Quoi qu’il en soit, à sa sortie en France, j’ai eu quelques interrogations. Dois je le prendre ? Ne serais je pas déçue ? Il a fallu attendre ce week end pour m’y mettre.

 

 

J’ai d’abord choisi mon prénom. « Marine ». Rien d’original, puisqu’il s’agit de mon véritable prénom, preuve d’une volonté de désengagement. J’ai ensuite dû choisir mon physique (yeux, cheveux, couleur de peau), ce qui n’était autrefois pas permis. Nous devions nous accepter comme nous étions, ou changer à tout jamais. Enfin, on ne m’a pas demandé de choisir un nom pour mon village. Cette fois ci, je détenais des terres qui n’étaient pas les miennes et je n’avais alors qu’à obéir ou éteindre le jeu. De toute façon, il ne s'agissait même pas d'un village, mais un camping. Je me retrouvais à présent patronne d’un village vacances, avec tout ce que ça implique de contraintes.  Les règles avaient changé. Ce n’était plus à moi de planter mes fruits. Pomme, poires, et noix de coco étaient déjà là, à ma portée, sans que je n’ai rien à faire. J’avais en ma possession une canne à pêche, sans l’avoir acheté, un filet, sans l’avoir acheté. Le jeu me donnait des missions. Ainsi, je devais emprisonner diverses espèces volantes, capturer des poissons, ou nourrir les habitants. Le temps de l’innocence serait il rompu ? En deux jours de jeu, ma cagnotte s’élevait déjà à 31 160 clochettes. On me donnait de l’argent car j’étais  « gentille »  et on visitait mon camping quand j’offrais des coquillages et de la nourriture.

 

 

 

 

Alors voilà, il semblerait que l’Animal Crossing 2.0 soit devenu le temple du caprice. Voilà deux jours que je joue de manière intensive, et les montées en niveau ne me satisfont point (j'en suis déjà à mon 14 ème, permettez moi de vous l’assurer). Auparavant, chaque départ d'un habitant de ma ville était un déchirement. Je pense par exemple à Napoléon, qui avait fait ses cartons sans un au revoir.  À présent, on pose ses valises, on s’en va et parfois on revient, et on n’a même plus le temps de se connaître. La vérité est là. J’ai grandi avec le jeu et le temps de l’insouciance est révolu. Adieu frivolité, bonjour calculs, doutes et responsabilités.  

 

 

Par Marine Sabourin, 18 ans, animal crosser devant l'éternel 

Rechercher

×