"Paname Underground" : voyage dans l' "upside down" parisien !

Le king de l'underground littéraire parisien, Johan Zarca, a reçu le prix de Flore le mois dernier. Une Twenty s'est penché sur son dernier roman, "Paname Underground", pour comprendre cet engouement (mérité) autour de l'écrivain !
08/12/2017

 

 

Repéré grâce à son blog "Le Mec de l'Underground", Zarca publie aux éditions Don Quichotte ses deux premiers romans "Le Boss de Boulogne" en 2014 et "Phi Prob" en 2015. En janvier 2017 est paru "P'tit Monstre" aux éditions La Tengo. Celui que l’on surnomme le « Duc du Macadam » a reçu le Prix de Flore le 8 novembre dernier pour son dernier méfait : "Paname Underground", lui valant un bon coup de projecteur médiatique. Ayant dévoré son livre en une nuit, happée par son univers et son style radicalement nouveau, j’étais particulièrement curieuse de rencontrer Zarca. Je suis donc allée à une séance de dédicace, la boule au ventre à l'idée de rencontrer l’auteur d’un texte aussi sulfureux. En arrivant, je me suis trouvée presque désapointée en découvrant un jeune homme d’apparence ordinaire, et, contre toute attente, très sympathique. 

 

 

 

 

Paname Underground raconte l’histoire de l’écrivain Zarca, pour qui les bas-fonds parisiens sont un champ d’expérience infini,  qui se met en tête de rédiger un guide sur le Paris interlope d’aujourd’hui.  Dans une oscillation constante entre réel et fiction (le personnage principal écrit à la première personne du singulier et porte le nom de l’écrivain) Zarca nous balade aux quatre coins de Paris : on commence au Club 88, dans le plus grand Sex shop de la rue Saint-Denis, puis au Love Hotel pour une nuit sous coke et poppers. L’itinéraire se poursuit au Nasty Pussy, un bar d’hôtesses à Pigalle, en passant par un combat clandestin à Aubervilliers, pour s’achever au Gouffre, le backroom le plus hard de Montparnasse (qui porte donc bien son nom). Mais l’histoire tourne  au cauchemar  lorsque sa soeur Dina meurt d’une overdose d’héroïne et que lui-même est victime d’une tentative de meurtre. Sur un fond hyperréaliste de description de la capitale, le livre est une histoire d’amitiés, de violence et de vengeance. 

 

 

Sans condamnation ni apologie, la face cachée de la Ville lumière est disséquée. Paname Underground décrit le Paris des escorts, des migrants afghans du Quai de Valmy et des toxicos de la Gare du Nord. C’est le Guide du Routard off de la capitale, le Paris peu recommandable, celui qu’on fantasme tous sûrement un peu mais qui rebute. Zarca décrit tout ce qui pullule lorsque la ville dort. Il y est à son aise et, fort de ses amitiés, il gravite entre les différents groupes où on le surnomme « l’Ecrivain ». La porte d’entrée de ces milieux marginaux et extrêmes ce sont ses potes et ses rencontres : Bambou le fumeur de crack de Marx Dormois, son pote Erik, écrivain expert du fist et du barepacking, Azad, son pote afghan qui l’introduit chez les migrants fumeurs d’opium de la Gare de l’Est, son pote Komar qui le guide dans les Catacombes, son pote Seb qui l’introduit à la FAF connexion de la Rive Gauche.

 

 

La force du livre tient particulièrement dans sa langue : le style est oral et argotique, toujours cru, parfois lyrique. Zarca parle de splif, de chibre, de zboub, de derche, de gova, de pagne, de dèche, de GBL, de chnouf. C’est la langue de la street, le langage propre à l’underground, une forme qui colle directement au fond. Le 8 novembre dernier Frederic Beigbeder remet le prix de Flore à Zarca. Cette rencontre amusante entre le Paris huppé du  fameux prix et le Paris mal famé tient probablement à  l’excitation du bobo qui découvre une réalité auquel il n’aura en principe jamais accès. En effet à la lecture de Paname Underground on satisfait une curiosité un peu malsaine mais savoureuse et on s’encanaille, le temps d’une lecture du moins. 

 

 

 

Par Alix Welfling, 21 ans, étudiante et ex khâgneuse encanaillée ! 

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