South Park Gonzo #3 : La sécurité contre la liberté

Cet été, South Park fête ses 20 ans. L’occasion pour Twenty de rendre hommage à la série, en s’attardant sur les phénomènes et syndromes sociétaux que South Park décrit mieux que toutes les armadas de journalistes, sociologues et ethnologues réunis. 22/08
26/08/2017

 

 

"Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux."

South Park, a sa façon, s'est approprié le célèbre aphorisme de Benjamin Franklin. 

 

 

La critique du renforcement de la sécurité est un thème cher aux deux réalisateurs de la série. Dans l’épisode 1 de la saison 16, la mère de Clyde tombe dans les toilettes et meurt. Depuis cet accident, une société installe dans toute la ville des ceintures de sécurité, désormais obligatoire pour chaque passage sur le trône. Des caméras sont installées dans chaque toilette chez les particuliers. Les WC publiques ne sont pas mieux : les habitants doivent passer un scanner, puis subir une fouille rectale pour accéder aux pipi room. La police n’hésite pas à rentrer dans les propriétés et à mettre des amendes à ceux ne respectant pas les règles du port du harnet. La sécurité ici devient oppressante, anxiogène. L’absurdité de la situation fait écho à l’état d’urgence dans lequel nous vivons depuis maintenant presque 2 ans. En 2012, South Park a prédit le futur et savait que les normes de sécurité ne feraient que s’accentuer. A la fin, Cartman décide de mener la révolutions contre cette loi absurde « Pourquoi avons nous abandonner notre liberté si ils ne peuvent pas nous protéger ? ». Après visionnage de  l’épisode, un dilemme vieux comme le monde s’est posé : faut-il échanger sa liberté contre un peu de sécurité ? La réponse de Trey Parker et Matt Stone est clair : non.

 

Dans l’épisode 4 de la saison 19, c’est une tout autre sécurité que la série aborde : la sécurité qu’offre les applications type Yelp, TripAdvisor and co.

 

 

A South Park,  tout le monde devient « critique gastronomique » grâce à l’application Yelp. Les « Yelpers » n’hésitent pas à abuser de leurs postures en exigeant un traitement de faveur. Si les restaurateurs refusent de se soumettre, un chantage à la mauvaise note s’applique. Une guerre s’installe entre restaurateurs et Yelpers. Les yelpers se sentent importants, puissants. Cartman explique que « les gens méritent de savoir où ils mangent » : un habitant, lui « j’ai une ville à protéger ». Le problème avec ce genre d’applications, c’est que plus rien ne se fait au feeling : tout est checké au préalable, vérifié, normé. La surprise et l’inattendu ont disparu au profit du safe space. Cet épisode est peut-être un clin d’œil à l’épisode « Nosedive » de Black Mirror, où la société du futur est régulée par le rating. A la fin de l’épisode, les restaurateurs se vengent des Yelpers en leurs réservant un traitement « vraiment spécial » : crottes de nez et sperme dans leurs plats.

 

 

Lydia Menez, 21 ans

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