Splendeurs et misères de la vie de bureau

Dans son «Syndrome de la Chouquette » paru aux éditions Anamosa, Nicolas Santolaria décortique tous les travers de la nouvelle vie de bureau 3.0. Twenty vous en donne un petit aperçu.
17/03/2018

 

 

Avec un humour pince sans rire, Nicolas Santolaria, journaliste, s’est amusé à passer en revue toutes les nouvelles problématiques de l’entreprise d’aujourd’hui. Dans cet ouvrage, il compile soixante-neuf chroniques (mhhh… sexy) parues dans le Monde sous le titre « bureau-tics ». Twenty a sélectionné cinq syndromes, auxquels vous ferez (ou faites déjà) face, une fois vos études finies. De quoi vous donner envie de ne jamais quitter les bancs de la fac !

 

 

 

1-    « Lettre de motivation : quand l’audace paie »

 

 

Commençons par le commencement. Avant de décrocher un stage ou une première mission en tant que free-lance (ne vous mentez pas, vous n’aurez pas de CDI avant d’être quadra), il vous faudra bien rédiger cette fameuse lettre de motivation. Pour Nicolas Santolaria, l’audace est fortement encouragée, histoire de ne pas tomber dans les clichés de la lettre « ready made ». Ainsi, il prend l’exemple d’un jeune aspirant caviste, qui a souhaité mettre en avant sa profonde connaissance des festivités éthyliques, allant jusqu’à énumérer ses faits d’armes : fêtes de la bière et routes des vins. Une démonstration bien plus efficace qu’un paragraphe entier sur l’importance du « métier passion ». Comme disait Borgès, en littérature, on ne dit pas « j’ai peur » mais on fait peur. De la même manière, une lettre de motivation ne doit pas dire « j’ai envie » mais donner envie. 

 

 

2-    Requiem pour le costume cravate

 

 

Attention, pour votre premier jour, pas d’excès de zèle vestimentaire ! Se pointer au bureau en costume trois pièce ou tailleur cintré n’aura qu’un effet : vous faire passer pour le réac de service. Un original tendance normcore aux idées aussi étriquées que ses vieux oripeaux. Que Don Draper nous le pardonne, mais aujourd’hui, l’uniforme et le dépouillement sont encouragés, une manière d’affirmer sa supériorité en s’affranchissant des diktats de la mode. Notez qu’il est conseillé d’adopter une tenue à l’image de la profession pratiquée. Comme le souligne l’auteur : « si Zuckerberg a toujours l’air d’être en train de sortir les poubelles, c’est qu’il est le promoteur zélé de la société de transparence ». Adeptes des « bullshits jobs », nous vous conseillons donc une tenue molle et maronnasse.

 

 

3-    Et le stagiaire de l’été a débarqué…

 

 

Le stagiaire de l’été, c’est vous. Un être candide, naïf, compétent et profondément heureux de faire ses premiers pas dans l’univers impitoyable de l’entreprise. Cependant, « Surdiplômé et polyglotte, maîtrisant le code informatique et la gestion de clientèle via les réseaux sociaux » vous êtes perçu comme une menace par vos collègues, qui, au lieu de s’émouvoir, chercheront à vous tenir le plus éloigné possible de leur abnégation productive. Jeune Maassaï privé de guide, d’initiateur, dans la savane de l’open space, ne baissez pas les bras et continuez d’entretenir ce bel entrain, cette soif de « faire », preuve d’une aliénation précoce anticipant votre premier « burn out ».

 

 

4-    La hiérarchie du baby foot

 

 

Ne vous leurrez pas, le management vertical a encore de beaux jours devant lui. Votre boss a beau porter les mêmes Stan Smith pourries que vous et vous faire la bise tous les matins, il n’a pas complètement cédé aux bacchanales d’une entreprise à l’horizontale. Comment ? A travers un nouveau terrain d’expression, où exercer sa domination : le babyfoot. Plus expérimenté que vous, il n’hésitera pas à vous remettre à votre place en trois tirs experts. « Face à une jeune génération biberonnée aux joysticks, le renard des surfaces qui a travaillé son coup de poignet dans l’arrière-salle des bistrots a un avantage concurrentiel indéniable ». Un conseil, ne cherchez pas à vous entraîner, pour le terrasser. Continuez à jouer de la roulette, conservez une défense lâche. Maintenez votre supérieur dans l’idée qu’il lui reste encore un semblant d’autorité, si vous ne voulez pas le voir changé en ectoplasme, errant entre les bureaux, vidé de sa substance. 

"Whatever"... perso je préfère le pinball (et je suis une vraie wizard) ! 

 

 

5-    Pour être crédible, parlez en « ing »

 

 

La première fois que j’ai mis les pieds dans une agence de communication, l’élève de prépa que je fus un jour s’est sentie meurtrie dans sa chair. Attaquer la langue, c’est attaquer mon être, dans ce qu’il a de plus intime. Entre barbarismes et anglicismes absurdes, un an plus tard, j’ai toujours du mal à m’y faire. Quand on me demande de ré-écire un texte « de façon plus top down » ou de « spreader un message propriétaire sur tous les points de contacts », j’en ai des sueurs froides. Un phénomène qui n’a pas échappé à Nicolas Santolaria, qui s’est amusé à répertorier ces nouveaux mots, les mots en « ing » : « mentoring », « growth hacking », « free sitting », « reporting » ou encore « brainstorming ». Autant d’affronts à notre si belle culture et des termes qui enjolivent bien souvent, sous couvert de « californian cool », des réalités peu glorieuses. Bienvenue dans un monde sisyphéen, en cours de téléchargement, le « ing » exprimant une activité en train de se faire, continue, à l’image d’un temps de travail élastique, étendu à l’infini.

 

 

 

Bonus : "Sexe corporate, le fantasme ultime"

 

 

Journaliste intrépide, Nicolas Santolaria s’attaque ici à l’un des plus grands tabous de l’entreprise : le sexe entre collègues, cet inceste incompris. Si le « No zob in the Job » (en français : « on ne chie pas là où on mange ») est de rigueur, certains arrivent à surmonter cette « castration chimique corporate » pour reprendre les mots de l’auteur, en forniquant dans le plus grand secret (sinon ce n’est pas rigolo). Vous qui fantasmez une chevauchée fantastique à travers l’open space, en bons cowboys lubriques, vous devrez cependant vous rabattre sur un « quicky » maladroit et gluant, expédié dans le local poubelle ou les toilettes condamnées du rez de chaussée.

Pour ma part, j’aimerais conclure sur la complexité de la drague intra bureau. Depuis plusieurs mois, j’ai rejoint une grosse boîte, Zombieland pour les intimes. Très vite, j’ai repéré ce type, trentenaire sexy, qui me lance des regards charmés et des sourires, à chaque fois que nous nous croisons. Amusée, je me suis prêtée au jeu, lui renvoyant la pareille. Hier, quand il m’a ajoutée sur Linkedin, je m’attendais donc à ce qu’il se montre un peu plus aventureux, au lieu de répondre « ça va » à mon « bonjour » frétillant d’espoir. C’est comme si l’architecture Bauhaus brutaliste des lieux avait déteint sur nos interactions, bétonnant les cœurs et vitrifiant les esprits.

 

 

Par Carmen Bramly, 23 ans, écrivain, qui préfère les open-spaces aux grands espaces ! 

Rechercher

×