Twenty débat : Quelques réflexions sur le gauchisme et la gauche de pouvoir

Un Twenty a souhaité prendre la plume, pour répondre à Aurélio Koskas, qui publiait lui aussi un article cette semaine dans Twenty au sujet de la gauche et de son rapport complexe au pouvoir. Qui a dit que le débat politique était mort en France ?
05/04/2018

 

 

Je viens de lire l’article d’Aurelio Koskas « pourquoi le gauchisme ne mène nulle part » (1) 
J’y ai vu des choses justes, et d’autres qui me semblait être des erreurs (ou des imprécisions dû à une méconnaissance). C’est pourquoi, je souhaitais y répondre.

 

 

 

 

Alors qui suis-je pour apporter une réponse ? Comme Aurelio, je suis moi-même un étudiant de 24 ans. Pour ce qui est de mes opinions politiques elles sont qualifiées par le grand public de « gauche radicale » et je ne vote pas parce que je pense que le changement doit passer et passera par le bas. Je me suis donc reconnu des similitudes avec les gens décrit dans l’article. Je viens donc apporter une réponse qui n’engage que moi. J’espère qu’elle vous semblera construite et constructive car c’est dans un esprit de respect et de débat que je l’ai conçue.

Tout d’abord un constat que je partage avec Aurelio : on ne peut pas créer un mouvement de masse (et un nouvel ordre plus juste) durable en comptant simplement sur la spontanéité des foules pour maintenir celui-ci. Cependant, considérer que l’on doit forcément rentrer dans les institutions existantes ou tenter de prendre le pouvoir pour structurer ce mouvement de masse est pour moi une erreur de l’auteur.

Ensuite,  Il existe d’autres moyens que la conquête du pouvoir pour renverser l’ordre établi. Par exemple les travaux de James Holloway (notamment dans son livre Changer le monde sans prendre le pouvoir ) montrent que sans prendre d’assaut le pouvoir il est tout à fait possible de créer de nouveaux espaces avec leurs propres structures et institutions. On pourrait imaginer que celles-ci seraient beaucoup plus adaptées à des pratiques démocratiques et autogestionnaires qu’un Etat normé par une hiérarchie forte. L’expérience des différentes ZADs et des squats militants sont déjà des ébauches de ce genre de stratégies.

 

 

 

Aussi, Certains penseurs comme Bookchin (2)  s’oppose à la fois au réformisme gnangnan et au millénarisme du grand soir en proposant le gradualisme révolutionnaire(3).
Cette doctrine  développe « 
des revendications immédiates tout en construisant les fondements d'une société future ». C’est-à-dire qu’elle propose à la fois de prendre le terrain des luttes pour la conservation/le gain des droits et à la fois engage la construction d’une contre société (en l’occurrence pour Bookchin celle-ci se forme autour d’une fédération de communes libre) pour sortir du modèle actuel. Cette tactique permet donc à la fois la lutte contre le système en place et la création d’un nouveau système structuré plus égalitaire et plus démocratique sans pour autant passer par la prise du pouvoir (que ce soit par des élections libres ou par un putsch révolutionnaire).

Enfin, ce type de société n’est pas seulement issu du rêve de quelques gauchistes. Il y a ici et là des modèles qui ne sont pas régis par un principe de hiérarchie et qui ne se sont pas non plus établies par une conquête du pouvoir.
Commençons par le passé :
De 1936 à 1939 l’Espagne est en guerre civile avec d’un côté les républicains et de l’autre la phalange, dont fait partie Franco. C’est dans cette période que l’Aragon et une partie de la Catalogne font l’expérience de villages autonomes, d’espaces autogestionnaires où le peuple décide de lui-même de son destin et où l’adage « de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins » fait force de loi (4).

 

 

 


 

 

Ensuite, depuis 1994, dans le sud du Mexique, l’EZLN (5) tente une expérience égalitaire et autogestionnaire dans laquelle « le peuple décide, le gouvernement obéis » via une pratique que les zapatistes appellent « le bon gouvernement ». Ce mode d’organisation se base sur l’envoie de délégués a un conseil pour coordonner les gestions des villages.

Enfin, depuis 2012 au Rojava (le Kurdistan syrien), une utopie concrète est impulsée par le mouvement Tev-Dem et l’YPG. Fortement liée au confédéralisme démocratique (6), elle pose les bases d’une société nouvelle ou le cœur de la démocratie se situe au sein des villes et des villages, où la femme à autant de droit que l’homme.
Cette dernière est cependant menacée depuis le début janvier par l’attaque du canton d’Afrin par l’armée Turque (7).

Il a donc existé et existe toujours des exemples de changements par le bas vers des mondes plus égalitaires et plus démocratiques sans pour autant prendre le pouvoir (ou utiliser des « méthodes de droites »).  

Comme je l’ai lu quelque part « au paradis des gauchistes nous auront tout le temps d’avoir des positions inattaquable sur le plan moral et inapplicable sur le plan concret ». Il est donc nécessaire de dépasser une forme de pureté idéologique et les dérives infantiles qu’elle entraine. Par contre, les conditions de la victoire dépendent elles de l’objectif que l’on souhaite remplir.

 

sources :

1 : http://www.twentymagazine.fr/articles/hate-love/mon-avis/pourquoi-le-gauchisme-ne-m%C3%A8ne-nulle-part

2 : https://fr.wikipedia.org/wiki/Murray_Bookchin

3 : https://fr.wikipedia.org/wiki/Municipalisme_libertaire#Gradualisme_r%C3%A9volutionnaire

4 : https://youtu.be/yExEm_lA0Z0?t=47m19s

5 : https://fr.wikipedia.org/wiki/Arm%C3%A9e_zapatiste_de_lib%C3%A9ration_nationale

6 : https://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9d%C3%A9ralisme_d%C3%A9mocratique

7 : https://moulinnoiretcaferouge.wordpress.com/2018/03/11/afrin-vers-un-nouveau-guernica/

 

 

Par Windmill, 24 ans. 

Rechercher

×