Une femme qui brise les règles

Nadya Okamoto est la fondatrice de l’association Camions of care, qui distribue gratuitement des produits hygiéniques pour les menstruations. Portrait d’une fille engagée à briser un tabou.
30/11/2016

 

« Le 26 décembre 2010, juste avant de partir pour l’aéroport avec ma famille, je ressentis une envie soudaine de faire pipi. J’arrive aux toilettes, enlève ma culotte, m’assieds et aperçois du sang. J’avais eu mal au ventre toute la semaine, alors je me suis mise à pleurer et j'ai couru voir ma mère pour lui dire à quel point je l’aimais, à quel point j’étais désolé de partir si jeune. » C’est par cette anecdote surprenante à propos de ses premières règles, que Nadya Okamoto, entame sa conférence pour TEDx Talks, organisé en mai dernier.

 

Du haut de ses 18 ans, Nadya s’exprime avec aisance et maturité sur scène. Elle y développe l’initiative de son association à but non lucratif Camions of care, qui fournit aux jeunes filles et aux femmes des produits hygiéniques pour leurs menstruations. Mais son parcours pour en arriver là n’a pas été si facile.

 

L’année de ses 15 ans, elle voit sa mère perdre son travail et ne plus être en mesure de financer leur maison. S’ensuit alors plusieurs mois durant lesquelles Nadya et sa famille déménagent beaucoup, vivent chez des amis ou dans des centres pour sans abris. Loin de ses repères et de son école, la jeune fille fait de nombreuses rencontres. Elle discute notamment avec des femmes en situation bien plus précaire que la sienne et cherche à savoir quels sont leurs besoins primaires. Avec surprise, elle apprend que beaucoup de ces femmes manquent cruellement de produits hygiéniques pour leurs menstruations.

 

Nadya ne comprend pas pourquoi le sujet est tellementtabou. Elle dénonce ce cercle sans fin qu’elle voit se former partout dans le monde, entre l’absence d’associations fournissant des besoins aux femmes démunies et le malaise des ces dernières pour être disposée à en parler.

 

« Selon FEM-international, les menstruations sont la première raison pour laquelle les filles ne vont pas à l’école dans les pays en développement » souligne-t-elle durant sa conférence. Et ce n’est qu’un fait parmi tant d’autres.

 

Aux Etats-Unis, pas moins de 40 États imposent une taxe sur les tampons hygiéniques. Le président Barack Obama, qui était invité à éclairer ce problème lors d’une interview en début d’année, affirme n’avoir jamais été averti de la situation et ne comprend pas l’obstination de ces États.

 

Alors comment peut-on être si ignorant et silencieux sur un sujet qui concerne plus de 3,5 milliards d’êtres humains, et ceci sur près de 40 ans de leur vie ?

 

Pour son dévouement, Nadya reçu ce mois-ci le prix Woman of Worth Honoree par L’Oréal Paris. Elle continue de diriger Camions of care tout en poursuivant ses études à l’Université d’Harvard. 

 

Par Samil Oberman, 20 ans, étudiant en journalisme. 

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