Attention, la mode s'embourgeoise !

Si le streetwear a encore de beaux jours devant lui, depuis quelques temps, une mode bourgeoise et enfantine semble s'être emparée des catwalks...
21/01/2020

 

Prada vous m’avez bien fait rire avec vos « bandeaux ». Moi, j’appelle ça des serre-têtes, et j’en portais quand j’avais huit ans, ma mère me les calait dans les cheveux en les glissant derrière les oreilles et prenant bien tous les cheveux du haut de mon crâne pour que tout soit bien lisse avant de –paf- ramener le serre-tête d’un geste sec et faire bouffer le haut des cheveux comme un petit dos d’âne. Ces serre-têtes - car j’en avais toute une panoplie, du velours rouge, au vert, au rose plus fin avec un petit noeud - il est dans l’armoire mentale de mes vêtements souvenirs, avec les robes à smocks et les cols roulés qui grattent. Du coup c’est assez drôle de voir cet accessoires, qui me rend mi-nostalgique, mi-bien contente de pouvoir me coiffer comme je veux (ou plutôt, comme dit encore ma mère, de ne pas me coiffer) sur les podiums et copié partout dans les boutiques d’accessoires un peu cheap. 

 

 

Surtout, il est fort en symbolique. C’est d’ailleurs l’argument de Valérie Pécresse pour se départir de son image de neuillysarde conservatrice “Je n'ai jamais mis un serre-tête de ma vie et ça fait longtemps que j'ai abandonné les jupes plissées” dans son livre Et c'est cela qui changea tout. Abandonner le serre-tête à l’adolescence, c’était aussi pour moi abandonner une certaine idée de la convention. No judgement please : chaque époque a son corset… 

 

Quoiqu’il en soit, après le retour des Birkenstock - adoptés sans peine par tout le Faubourg-Saint-Denis - ma seule référence en termes de catwalk- encore une réminiscence horrifiée de mon enfance, et des cols roulés et autres sous-pulls, je me demande ce que l’avenir fashion nous réserve. Tant qu’il n’y a pas de smocks, j’en serai sûrement ! 

 

 

Et, à l’inverse du retour des traumatismes d’enfance, il y a le retour des attributs d’un autre temps. D’abord, les chouchous en velours, qui étaient à la queue de cheval de ma mère dans mon enfance ce que le serre-tête était à ma chevelure : essentiel. La veste Barbour, ensuite. Les carrés de soie, Hermès ou chinois.

 

 

Mais le meilleur exemple reste la banane : j’en cherchais une depuis des semaines quand ma génitrice préférée a extrait de son placard en grommelant « mais à mon avis c’est pas DU TOUT ce que tu cherches » une banane Longchamp, tout droit sortie des années 80, en cuir vert sapin, avec porte-monnaie assorti. Jubilation dans mon esprit, elle n’y a rien compris. Depuis, je la porte tous les jours. Parfois, avec le pull marin en grosse laine de mon grand-père, et avec un trench Zara qui est le petit cousin fast-fashion de celui qui habille ma grand-mère depuis des années. 

 

 

Et du coup, je me dis : après avoir fait une guerre symbolique et lourde de sens aux serre-têtes en velours, après avoir erré vestimentairement tout le collège (et même au-delà en réalité), l’heure est sans doute à la réconciliation. Avec mon héritage, les générations de femmes avant moi, la petite fille que j’étais. 

 

Par Anne-Charlotte Peltier 

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