C'est quoi être une femme en 2018 ?

Avec « MEUFS - Être une femme en 2018 », Josépha Raphard parvient à capter les nouveaux enjeux du féminisme et de la féminité, à travers les témoignages d'une génération optimiste et battante. Un documentaire décomplexant et nécessaire.
13/02/2019

 

Le 24 janvier dernier arrivait sur vos écrans un reportage de Josépha Raphard, intitulé « MEUFS - Être une femme en 2018 ». Ce documentaire de 20 minutes donne la parole à une génération de femmes : celles qui baignent dans les mouvements #MeToo et #BalanceTonPorc. Une caméra posée dans un coin, onze femmes se succèdent, confortablement installées, chancelantes parfois : elles parlent de liberté, de body-positivisme, d’homosexualité, d’avortement aussi. Les sujets s’enchaînent, l’intimité demeure.

 

 

« Aujourd’hui, j’ai compris la beauté d’être une femme » lance Camille, 30 ans. La voix tremble de temps à autre, mais l’idée est là : « être une femme, c’est cool » conclut Juanna, 28 ans. Ces femmes, ce sont vos amies, vos soeurs, vous aussi. Devant votre écran, le casque ou les écouteurs sur les oreilles, vous ne pouvez que vous reconnaître en elles. Lorsque l’on écoute ces témoignages qui abordent l’homosexualité, l’IVG, ou l’acceptation de soi, on ne peut s’empêcher de penser au dernier commentaire dénigrant que l’on a vu passer sur Instagram, ou à cette remarque désobligeante qui est arrivée à nos oreilles le jour où l’on a mis une petite jupe. Mais c’est aussi pour ça qu’elles s’expriment, pour rappeler qu’être une femme, ce n’est pas seulement ça. Le projet est l’initiative d’une parisienne de 24 ans : d’abord attachée de presse dans la musique, Josépha Raphard a décidé de se consacrer au documentaire. « L’idée est venue progressivement, j’ai toujours beaucoup filmé mes ami.e.s et un soir, j’ai commencé à filmer une discussion que j’avais avec des copines, et c'est parti de là. J’avais envie de raconter ce que les femmes pensent, ce qu’on se dit entre nous. C’est cool la génération #MeToo, mais nous sommes bien plus que des êtres qui se font harceler et embêter dans le métro. » confie la réalisatrice. Alors, après avoir passé une annonce sur Instagram, Josépha Raphard a pris sa caméra, et s’est lancée dans le projet de raconter le vécu féminin en donnant la parole aux premières concernées.

 

 

À travers leurs témoignages, ces femmes de 25 à 33 ans redéfinissent ce que représente, selon elles, la féminité : « Je n’ai pas besoin d’avoir des longs cheveux, d’être tous les jours en robe ou en talons pour me sentir féminine » dit Cécilia, 25 ans. Être une femme aujourd’hui, c’est être « singulière », « unique », ça rime avec « indépendance ». Mais malgré un optimisme assumé et revendiqué, elles ne nient pas les difficultés qu’elles rencontrent encore : « C’est un challenge au quotidien » confie Cécilia, 30 ans ; « On est vite enfermées, il faut correspondre à un critère » déclare à son tour Romerlyne, 26 ans. Certains témoignages posent alors une question essentielle : comment s’accepter si la féminité reste définie selon les mêmes critères ? Ce qui a forgé chacune d’entre nous, ce sont les messages véhiculés par la société : « Comment vous épiler cet été ? », « Les meilleures recettes minceur », ou encore « Comment cacher ses protections hygiéniques comme une ninja ? » Et si on laissait les femmes décider pour elles ? Et si on les laissait assumer leur corps, leurs poils, et leurs menstruations ? (Parce que oui, c’est naturel). Ainsi, Léa aborde les complexes, Cécilia parle du rejet de sa mère face à l’homosexualité, et Pia évoque la difficulté de l’avortement. « Pour filmer tout ça, il a fallu établir un climat de confiance et ne pas tomber dans le “Raconte-moi tes malheurs“ » déclare la réalisatrice. « Les sujets sont venus au cours des discussions que j’ai eues avec les filles, comme deux amies qui se racontent ce qu’elles ont vécu et surtout comment elles l’ont vécu. »

 

 

Le parti pris est clair : ces femmes racontent leurs ressentis, leurs envies, leurs objectifs, leurs peurs également. Alors, comment se positionner face à des témoignages si différents les uns des autres, et surtout si personnels ? « Toutes les journées de tournage se sont passées différemment » répond Josépha Raphard, « Je me suis adaptée aux filles et j’ai surtout fait selon le feeling qu’il y avait entre elles et moi. Pour Johanna par exemple, je l’ai contactée sur Instagram, on s’était déjà croisées et quand je lui ai présenté mon projet, elle a accepté. Je suis allée chez elle et je l’ai filmée directement. Le feeling est passé tout de suite, c’était vraiment naturel. Je suis restée trois heures chez elle, parce que même si le feeling passe vite, il faut un peu de temps pour qu’un climat plus intime s’installe. Mais pour d’autres, Camille par exemple, c’était différent. Elle avait entendu parler de ma démarche et s’était portée volontaire. Je l’ai filmée deux fois, et ce sont les prises de notre deuxième entretien que j’ai gardées. Le feeling est passé rapidement aussi, mais il a fallu que l’on s’apprivoise, que je la filme longtemps avant qu’elle oublie la caméra. Chacune est différente, et il faut à chaque fois que je m’adapte, c’est génial ! » Toutes différentes certes, mais toutes optimistes.

 

 

Plus le documentaire avance, plus l’intimité s’installe. Une identification se crée alors entre nous, devant notre écran, et les femmes qui défilent. Inès, un sourire en coin, parle du jour où son copain a proposé de payer la moitié de sa contraception. Événement rare — voire inexistant — pour nous toutes, mais pourtant bienvenu et nécessaire. Cécilia, 30 ans, nous fait part du jour où elle s’est mise en couple avec une femme, et évoque avec émotion l’incompréhension et le rejet de sa mère. D’un autre côté, Johanna, 28 ans, met le doigt sur un point sensible, l’acceptation de soi et la mode du body-positivisme : « On ne dit pas vraiment que tous les corps sont biens. On dit que les courbes sont biens, mais quelles courbes ? Pas toutes. […] T’es à la plage, t’es un peu mal épilée, t’as ta cellulite et ton bourrelet… c’est mignon ? Peut-être que ça l’est, mais moi, on ne m’a pas appris que c’était mignon. » On ne lui a pas appris, et être une femme aujourd’hui, c’est apprendre ce qu’il faut être : ni trop grosse, ni trop maigre, ni trop grande, ni trop petite… les critères n’en finissent pas. Entre les publicités et les photos qui défilent sur les réseaux sociaux, il est parfois difficile de trouver sa place et de se sentir légitime dans un corps qui sort d’une normativité établie arbitrairement. Sur le même ton, Léa, 25 ans, raconte la pression quotidienne qui tourne autour du corps : « Maintenant, avoir des formes, c’est presque plus de pression qu’avant parce que tu dois être absolument bien dans ta peau. » Un challenge supplémentaire, donc. « J’espère simplement que ce n’est pas un phénomène de mode » poursuit-elle.

 

 

Parce que les sujets sont parfois délicats à aborder, la réalisatrice se doit d’installer un climat de confiance : « Face à ces témoignages, mon rôle était d’en faire quelque chose de bienveillant. Je voulais que les filles soient à l’aise avec ce qu’elles confiaient, et avec leur image » affirme-t-elle. Pia, 25 ans, aborde le sujet de l’avortement et dit que « Ce qui est important, c'est de ne pas se sentir coupable. » À l’heure où certains estiment légitime de relancer le débat sur l’avortement, un rappel semble (malheureusement) nécessaire : l’IVG est un droit fondamental. Et soyez tranquilles, on ne vous forcera pas à avorter si ce n’est pas votre choix. Par conséquent, il serait peut-être bon de laisser la décision à celles que cela concerne. À ce propos, Camille confie qu’elle a avorté deux fois, et admet que c’est « Un sujet qui n’est pas simple à aborder dans la société », mais elle continue : « Parler, c’est exorciser ». Et c’est tout le but de ce documentaire, car comme le dit Louise, 25 ans, « L’individualisme, ça ne marche pas. »

 

Les combats ont beau s'additionner, aucune ne baisse les bras : « On continue la bataille que nos mères, nos grands-mères et arrière-grands-mères ont lancée » déclare Johanna. Finalement, être une femme aujourd’hui, c'est pouvoir « être libre ». Assumez donc vos choix, vos envies, et vos insécurités. Et si vous cherchez de nouveaux témoignages touchants et emplis de vérité, Josépha nous dit que « “MEUFS“ sera une série documentaire, je suis actuellement en train de tourner le prochain épisode ! »

 

YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=6cyUCrBavpw&t=6s

Facebook : https://www.facebook.com/MEUFSDEJOSEPHA/
Instagram : https://www.instagram.com/josepha_bianca/

 

 

Par Kenza Helal--Hocke

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