Clito et Climat, même combat ?

Face à la prolifération de pancartes féministico-écolo lors de la marche pour le climat, Twenty s’est interrogé sur l’étrange corrélation entre ces deux combats.
19/03/2019

 

Impossible de passer à côté. Ce week-end, les réseaux sociaux étaient envahis d’images de femmes portant à bout de bras des pancartes mêlant nouvelles revendications sexo-féministes et défense de l’environnement. Au-delà d’une course évidente à la punchline, les deux seraient-ils liés ? Plus d’orgasmes produirait-il moins de déchets ? Chez Twenty, la chose nous a quelque peu interpellés.

 

Mal baisées par le patriarcat ?

 

 

Et oui, encore une fois, il semblerait que le patriarcat soit le grand responsable. L’homme blanc serait ce monstre égoïste et insatiable, une machine capitaliste dévastatrice, forant avec la même indifférence puits de pétrole, gaz de schiste et concavités intimes de leurs amantes. Autrement dit, un être de culture face à nous, les femmes, êtres de nature. Et oui, ces panneaux semblent implicitement faire l’amalgame entre féminité et naturalité. Après tout, nous sommes un écosystème à nous seules : nous enfantons et notre fertilité dépends des cycles lunaires. La nature est en nous. Dans l’imaginaire collectif, la femme est d’ailleurs davantage rattachée au domaine de l’organique (les règles, les humeurs, l’hystérie, etc.). Il existe également une théorie expliquant que l’homme, en associant la femme à un état de nature et en la dominant, aurait pu s’élever et accéder, lui, à la culture. En gros, nous avons été soumises et asservies pour le bien de l’humanité, au nom d’un soi-disant progrès technique. L’ennui, c’est que ce soi-disant progrès est arrivé à saturation. Si l’homme a exploité nos ressources, dévasté nos océans, rasé nos forêts, les femmes comptent bien reprendre la situation en main et inverser le rapport de force. Prenant le contre-pied de la marche du progrès occidental elles imposent un retour aux sources, dans le respect de Gaïa. Face à un patriarcat coupable, en fin de course, morbide et débandant, le matriarcat s’impose comme la solution, celle qui permettra à l’humanité de se relever et entrer en phase de résilience. Et le sexe dans tout cela ? La révolution sexuelle a permis aux femmes de s’appartenir, de revendiquer des droits fondamentaux, et ainsi de s’affranchir (du moins partiellement) du joug de leurs pères et frères. Pas étonnant qu’elles se servent à nouveau de ce levier pour manifester en faveur du climat. A la fois Eros et Gaïa, les femmes annoncent un nouveau tournant (comprenez une bonne grosse tournante), celui où l’écho de leurs multiples orgasmes fera reverdir les déserts et retiendra la fonte des glaces.

 

L’orgasme, un droit ?

 

 

Autre élément intéressant, beaucoup de panneaux semblent revendiquer un certain droit à l’orgasme. Dans l’idée, pourquoi pas ? Après tout, l’orgasme c’est sympa ! L’ennui, c’est que ce n’est pas automatique, et surtout, le réclamer implique une relation contractuelle, faisant des amants deux parties adverses. L’homme et la femme (parce qu’ici on ne parle que d’hétéros, excluant d’office les homos comme s’ils ne vivaient que d’orgasmes et d’eau fraîche) seraient liés par un pacte implicite, celui de se procurer mutuellement un orgasme, de manière presque servicielle. L’orgasme viendrait en quelque sorte valider l’acte d’amour, le rendre acceptable aux yeux de la société, le sortant alors du domaine de l’intime. En outre, cela implique un rapport de domination et de soumission entre hommes et femmes, défini a priori. En réclamant ce droit, la femme peut discréditer voire culpabiliser son partenaire s’il n’a pas su lui faire atteindre l’orgasme, quant à l’homme, il se retrouve réduit au statut de simple prestataire et devient l’unique responsable du plaisir au sein du couple. Si la femme n’atteint pas l’orgasme, il est automatiquement désigné comme fautif (il n’avait qu’à faire de meilleurs cunis, il n’avait qu’à passer plus de temps à faire ci ou ça, bref, il n’avait qu’à être plus performant). Un orgasme dont les ressors demeurent cependant encore mystérieux, unissant en un tout complexe corporalité et spiritualité. Revendiquer le droit à l’orgasme, sans prendre en compte toutes les nuances et subtilités qui forment l’acte d’amour peut en conséquence paraître relativement binaire, voire stérile. Pourquoi ne pas simplement s’éduquer, au sein du couple, afin de comprendre à deux les rouages du plaisir, sans forcément faire étalage de ses frustrations sur la place publique ? De la même manière, il serait intéressant de réinventer un nouveau pacte, une nouvelle charte éthique, entre l'Homme (la femme) et la planète ! Ce nouvel échosystème du couple, visant à l'harmonie et au plaisir mutuel pourrait également s'appliquer à notre rapport à la nature. Au lieu de nous en faire "comme maîtres et possesseurs", accordons-lui des droits fondamentaux et inaliénables, afin d'entrer dans une relation d'égalité, hors tensions consuméristes. Considérons la nature comme un être à part entière avec laquelle faire commerce de manière apaisée et sans volonté de domination (de viol, disons-le franchement). A quand le #MeToo de Mère Nature ? 

 

Vers une société de démonstration ?

 

crédit photo : Carmen Bramly

 

Société du spectacle, société de consommation, culture du narcissisme et finalement, société de démonstration ? Pourquoi ce besoin permanant de prouver au monde que nous existons, que nous sommes engagés, en se retrouvant autours de marches festives et militantes ? Un engagement superficiel, comme une réactualisation ludique de la théorie de la dérive situationniste ? C’est à n’y rien comprendre. Notre obsession pour les marches semble trahir le besoin de noyer notre individualité dans la foule, afin d’épouser une cause commune et d’en ressortir encapacités par une illusoire prise de conscience collective. Pourtant, marcher au nom d’une cause a rarement agi sur cette même cause. Un constat défaitiste, certes, mais qui appelle à sortir de ce besoin de démonstration, d’imposture, tellement Insagramable. Se réunir, faire du bruit, créer un effet de foule ne sert finalement qu’à rendre légitime un engagement de carnaval, un engagement bouffon et malheureusement, dans beaucoup de cas, hypocrite. On se prend en photo avec un joli panneau tout en ignorant ces fameux « petits gestes du quotidien ». Bref, on vide l’engagement écologique de sa substance au profit d’une valorisation égotique, d’un genre de green washing pour tous !  

 

 

Par Carmen Bramly, 24 ans, écrivain 

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