"Dieu est amour" : Dans l’enfer des thérapies de conversion

Twenty a rencontré Timothée de Rauglaudre et Jean-Loup Adénor, auteurs de Dieu est Amour, une enquête très complète sur les thérapies de conversion.
03/12/2019

 

Deux ans d’enquête

 

Pendant deux ans, Timothée et Jean-Loup ont enquêté sur l’émergence des thérapies de conversion et la progression du mouvement ex-gay en Europe, donnant lieu à un documentaire, visible sur Arte replay, ainsi qu’un ouvrage, publié aux éditions Flammarion. « Le film raconte le phénomène aux Etats-Unis et en Europe, dans cinq pays dont la France. Ce sont quelques groupes américains qui ont exporté leur doctrine un peu partout. Certains groupes, par exemple, touchent de l’argent des Etats-Unis, et forment de véritables succursales » explique Jean-Loup. Le livre est venu après le documentaire, et a demandé un travail supplémentaire.  « J’écoutais les rushs de la caméra cachée, le matin, et j’écrivais ma partie l’après-midi. Les dialogues, c’est quasiment ce qui m’a été dit. Je n’ai fait qu’harmoniser, pour ce soit plus littéraire. On a fait de toutes petites modifications, pour la compréhension. Le chapitre de la confession de Ghilem, par exemple, c’est beaucoup de dialogues, et c’est quasiment exactement ce que le prêtre me disait. J’ai simplement fait quelques ellipses. », ajoute Jean-Loup.

Si le phénomène est déjà très développé aux Etats-Unis, au point d’avoir infiltré la pop-culture (avec le film Boy Erased, ou encore la série Shameless), ils n’avaient aucune assurance, avant de commencer leur enquête, quant à une éventuelle propagation de ces groupes en Europe, notamment en France. « On est parti sans certitudes », confie Timothée, « On savait qu’aux Etats-Unis c’était très développé, depuis longtemps. On s’est demandé si ça existait en France. La première semaine, on envisageait d’arrêter. Ces pratiques sont tellement occultes, tellement cachées, qu’il a fallu bien creuser ».  Ainsi, ils ont dû se lancer sur plusieurs pistes. «  On a identifié les groupes américains qui avaient des antennes en France, Torrents de Vie et Courage. Ils ont une communication hyper bien rodée. En regardant leur site Internet ou leur flyers, on ne sait pas exactement ce qu’ils proposent. Ils parlent de « guérison des blessures profondes », par exemple », ajoute Timotée. Et Jean-Loup d’ajouter : « C’est du maquillage et c’est très bien maquillé ».

 

 

Première difficulté, le manque de témoins

 

Pour les deux jeunes journalistes, une première difficulté s’est présentée : le manque de témoins. «  Nous pensions que sans témoins, nous n’avions pas de sujets », explique Jean-Loup. « C’est ce qui a justifié l’infiltration. Sans accès aux témoins, l’un de nous deux devait bien se dévouer pour infiltrer ces groupes ». Ainsi, Jean-Loup s’est glissé dans la peau de Guilhem, « un personnage conçu pour ne pas avoir de visage », comme il l’écrit. Un jeune homosexuel chrétien, en pleine crise existentielle.

 

L’infiltration

 

Pour l’infiltration, Jean-Loup a préféré capitaliser sur l’honnêteté, en mentant le moins possible. « J’ai menti sur mon prénom, sur ma foi et le malaise sur mon orientation sexuelle (et encore), mais c’est tout. On a très vite compris que je ne devais pas réfléchir à ce que je disais, au risque d’être démasqué. Je me suis juste servi de ma vie d’avant. J’étais juriste. Je parlais de moi comme si je n’avais jamais fait de journalisme après. Le plus dur, ça a été la foi… ». Cependant, il a parfois eu du mal à garder la tête froide, à se contenir et ne pas se révolter en entendant certains discours et témoignages. « Je ne vais pas te mentir, je n’ai absolument pas gardé la tête froide », confie Jean-Loup. Par chance, il pouvait compter sur son co-équipier, Timothée. «  Tim était avec moi après mes infiltrations, à Paris, pour faire un débriefe. La semaine à Chalon-sur-Saône, j’avais Tim au téléphone, le soir, dans ma tente ». Il lui est d’ailleurs arrivé de « vriller », mais à nouveau, Timothée était là pour le rassurer et l’accompagner dans son infiltration. « J’ai vrillé, et Tim m’a rappelé une chose simple : tous les questionnements que j’avais sur la foi, la religion, l’existence de Dieu pouvaient attendre. Notre règle c’était : on fait le travail et on débat entre nous après, en buvant des coups. Quand on travaille on travaille ». Et puis, ces difficultés et doutes faisaient partie du personnage. « Ma fragilité m’a aidé à l’infiltration. J’étais sincère. Parfois j’ai prié. Parfois j’ai chanté des chansons dans ma tête. Finalement, ce n’était pas hyper dur. Une fois que tu es rentré dedans, ça va. Pour la prière de renonciation au démon, j’étais révolté, c’était dur de me contenir et je n’ai pas pu finir la prière. Mais j’ai assumé mon trouble. J’en ai même parlé à une fille, qui était venue avec sa mère, en sortant ».  S’ils ont pensé arrêter, à certains moments, ils ont cependant persévéré.  

 

Comment « gérer » l’empathie ?

 

A la lecture de l’ouvrage, on ne peut qu’être ému par les différents témoignages et portraits, d’individus éloignés d’eux-mêmes, de leur sexualité, de leur identité. Ainsi, comment fait-on, lorsqu’on enquête, pour ne pas se griller par excès d’empathie ? Pour Jean-Loup, parler aux gens qu’il a rencontré au cours de son infiltration ne les aurait pas aidé. « Ce n’est pas le témoignage de ma sexualité ou de mon bonheur qui allait les changer, du jour au lendemain » explique-t-il. « Ce que j’ai essayé de faire, c’est de me mettre à leur place, pour réussir l’infiltration et comprendre ce qu’il se passait ». Il évoque par exemple un diacre rencontré lors de sa semaine à Chalon, dont il est devenu très proche. « Il devait avoir quatre-vingt et quelques années. Il avait une espèce de joie de vivre, et en même temps, un regard très cynique sur les choses. Il était en crise de foi et complètement révolté. Il contestait ce qu’on lui disait. Au début, je me suis dit que je pourrai obtenir son témoignage. Un matin, dans un groupe de parole, il a dit « je vous entend parler, c’est joli. Jésus guéri. Moi ça fait cinquante ans que j’attends ». Quand tu comprends ça, tu comprends ce que ça fait de rencontrer ces gens. Ils ont manqué leur vie, affective, amoureuse. Et en même temps, c’est la meilleure publicité pour s’accepter. Tu n’as pas envie d’arriver à soixante ans en t’étant retenu pour être seul au crépuscule de ta vie. » Ainsi, l’empathie s’est révélée être un moteur essentiel, pour mener l’enquête, en comprendre les enjeux. Pour Timothée, l’empathie s’est exprimée différemment. « Moi j’ai rencontré des victimes, des gens qui ont été blessés par des abus psycho spirituels, c’est très aisé d’avoir de l’empathie pour eux », dit-il, avant d’évoquer un cas plus complexe, celui d’une mère repentante, ayant envoyé son fils dans des thérapies de conversion avant de se rendre compte de son erreur et chercher le pardon de son fils. « Benoît a été envoyé par ses parents dans des thérapies de guérison. Sa mère, élevée dans une foi chrétienne très conservatrice, a fréquenté les communautés charismatiques. Quand son fils a fait son « coming out », elle est allée prendre conseil auprès de ses proches, des prêtres, et on lui a dit qu’il existait des cessions de guérison des blessures, ce qu’on appelle l’anamnèse. Elle l’a envoyé là-bas et s’est rendu compte que ça ne marchait pas. Son fils en est sorti à dix-huit ans, il est parti faire sa vie à Paris, a eu une relation amoureuse avec un garçon et elle a complètement changé de regard sur l’homosexualité. Benoît dit d’ailleurs « j’ai transformé ma colère en témoignage de mon bonheur ». Aujourd’hui, elle est presque devenue militante anti thérapies de guérison. C’est une histoire magnifique. J’étais obligé d’avoir de l’empathie pour elle. » Et puis, il y a encore une forme d’empathie, conclut Jean-Loup, celle, très paradoxale, qu’il a pu ressentir par exemple pour certains organisateurs, persuadés de lui venir en aide et de faire le bien, bien qu’ils soient trompés par leurs croyances.

 

 

Une rhétorique solide ?

 

L’idéologie ex-gay et les thérapies de conversion prônent la guérison psycho spirituelle de l’homosexualité.  Si les deux journalistes s’entendent à dire que ces groupes vendent « un mensonge » et avancent masqués, l’une de leur tache principale a été de déconstruire leur rhétorique et leur sémiologie. « Ils jouent constamment sur les mots. Ils ne disent pas qu’ils guérissent l’homosexualité, mais qu’ils guérissent les blessures qui provoquent l’homosexualité » dit Timothée, avant d’ajouter « ils rattache tout au lexique de la chrétienté, pour qui guérison signifie autre chose, comme abomination et péché », et Jean-Loup de conclure « Ils profitent de l’ignorance de la population sur les questions religieuses ». 

Et puis, ils ont su moderniser leur discours, limiter au maximum "les exorcismes et parler en langue", afin de ne pas s’ostraciser une clientèle plus jeune et plus habituée aux nouveaux modes de communication. «  Les sites de Torrent de Vie et de Courage ressemblent aux sites d’une start-up. D’ailleurs, Torrent de vie a utilisé une agence de communication chrétienne et Courage a un site de crowdfunding chrétien. Ils sont dans l’esprit du monde sur la forme, mais contre l’esprit du monde sur les valeurs », explique Timothée. « A les écouter », nous dit Jean-Loup, « les homos ont gagné le combat. Mais le vrai problème, c’est que ce que proposent ces groupes, c’est du charlatanisme. Ils peuvent dire et penser ce qu’ils veulent, ce qu’on attaque, nous, c’est le mensonge qu’ils vendent. Et ils le vendent à des gens qui vont passer trente ou quarante ans de leur vie à prier et essayer de changer en vain ».

 

Le combat d’une vie

 

Pour les thérapies de conversion, et c’est là la pierre angulaire de leur discours, le combat à mener est celui d’une vie. « Certains de ces groupes, notamment Courage, se calquent sur les alcooliques anonymes, où tu es alcoolique à vie » explique Thimothée, « Mais ces groupes se prennent les pieds dans le tapis de leur propre rhétorique, parce qu’à partir du moment où ils considèrent que les comportements homosexuels sont une addiction, il est impossible de s’en débarrasser complètement. Et il faut rappeler que l’homosexualité n’est pas une addiction. » Jean-Loup ajoute : «  Torrents de Vie et Courage sont une arnaque. Ils nous vendent la guérison miraculeuse par le Christ, mais disent qu’ils ne sont pas sûrs que ça puisse marcher. Ils se maintiennent, malgré la faiblesse absolue de ce qu’ils proposent, à savoir « un parcours à vie » pour « résister à ses attirances naturelles ». Il n’y a délivrance que dans la mort. »

 

 

Dieu le père, Dieu l’amant

 

Dans la plupart des groupes, la solution proposée est l’abstinence, permise par un étrange déplacement de la figure érotique masculine à la figure divine. Un transfert d’ailleurs appuyé par l’iconographie chrétienne, sanctifiant le corps du Christ et présentant des images aux accents légèrement SM (corps masculins dénudés et bien souvent blessés, portant les stigmates de tortures diverses et variées). « Je ne l’avais pas vu comme ça, mais c’est vrai que je me suis mangé ça en pleine tête. A cette érotisation s’ajoute également la relation parentale entretenue avec Dieu. En gros, tu te débarrasses de tes problèmes avec tes parents en te tournant corps et âme vers Dieu ». Il nous confie d’ailleurs une anecdote, pour illustrer la chose. « Dans le documentaire, on entend un homme de Courage, autrefois en couple avec un homme, expliquer qu’il avait besoin d’une relation honnête avec Dieu. Il a donc annoncé à son copain qu’ils pouvaient être chastes, avant de le quitter, pour « aller plus loin » dans sa relation avec Dieu ».

 

Tu seras un homme, mon fils

 

La question de la paternité et d’une éventuelle déficience parentale, permet à ces groupes de trouver des causes pseudo-psychologiques, pour attribuer des "facteurs" à l’homosexualité. « Il y a une confusion entre identité sexuelle et identité de genre. A leurs yeux, si tu es homo, c’est que tu ne te sens pas assez homme et que tu vas chercher une part de masculinité chez l’autre », dit Jean-Loup. « La communauté d’Emmanuel, qui est une communauté charismatique qui a accueilli Courage en France, a aussi organisé un camp de « revirilisation » des hommes, le camp Optimum », ajoute Timothée. « Aux Etats-Unis, ils ont même des programmes comme « A journey into manhood ». Ce sont des hommes qui partent camper un week-end, faire de l’escalade, chasser… Ce qui est paradoxalement très homo érotique… », s’amuse Jean-Loup, avant d’opérer un parallèle entre combats féministes et homosexuels. « Pour eux, si tu es homo c’est que tu n’es pas assez masculin, et donc que tu es féminin, et être féminin, c’est mal… ». Une posture intersectionnelle assumée.

 

Les thérapies de conversion : un « upside down » civilisationnel ?

 

En un sens, les thérapies de conversion, et c’est ce que l’on sent dans le livre, présentent une relecture de l’air du temps, à la lumière de leur propre système de valeur. Ils parviennent ainsi  à exploiter toutes les grandes tendances actuelles et se les réapproprier : communautarisme, crise identitaire, posture victimaire, déconstruction du féminin et du masculin… « Ils sont complètement dans l’esprit du monde », dit Jean-Loup, « Il y a quelque chose de très moderne et de très actuel dans leurs discours, mais on évite de le dire, de peur que ce soit mal compris ». « On est dans un monde où les identités se crispent. Eux sont dans cette logique identitaire. Ils inversent les valeurs », ajoute Timothée.

 

Si, nous vivons en effet dans « une société de droit », pour reprendre une formule de Jean Baudrillard, alors il serait naturel que la posture victimaire soit confondue avec une posture de pouvoir.  Un fait qui ne semble pas avoir échappé à ces groupes. « Andrew Comiskey dit, à la fin du livre, qu’il n’a pas été complètement libéré de l’idolâtrie parce qu’il vit dans un monde idolâtre. Ils ont l’impression d’être anticonformistes et ça les conforte dans leurs croyances. Ils se victimisent, se disent visés par les associations et les médias, parce qu’ils pensent différemment. Finalement, ils retournent un peu les discours des militants homosexuels, dans les années soixante-dix, qui se disaient contre la société hétéro-normée. Eux, c’est comme s’ils étaient contre la société homo-normée », explique Timothée.

 

A cela s’ajoute une dimension plus « show-bizz », héritée des Evangéliques « C’est une des raisons pour lesquels les évangéliques marchent aussi bien et progressent le plus en France. Ils sont capables d’organiser des grands rassemblements, avec des écrans géants, de la musique pop rock, où tu fais chanter les gens avec les mains levées… Ils reprennent à leur compte la culture du show bizz », démontre Timothée.  

 

Bulles cognitives et enfermement

 

L’enquête met également en avant un autre enjeu : ceux qui participent à ces groupes évoluent dans un système de bulles cognitives (ou bulles de filtres), à l'instar des groupes conspirationnistes, dont il est souvent compliqué de s’extraire. « Ces jeunes et moins jeunes restent dans des circuits fermés. Ils sont toujours confrontés à des gens qui pensent la même chose. », nous dit Timothée. D’ailleurs, confronté accidentellement, après deux ans d’enquête, à un psy « normal », Jean-Loup s’est trouvé bien en difficulté. A la fin de leur enquête, les deux jeunes journalistes cherchaient à s’infiltrer chez un thérapeute possédant un diplôme de médecine. La boite de production avait évoqué un psychiatre de la communauté des Béatitudes, à Carpentras, ayant publié des écrits relayant l’idéologie ex-gay. Ce dernier venait de partir à la retraite, et les avait redirigés vers un de ses collègues. « Ce n’est pas dans le livre, mais on l’a faite cette infiltration. Je suis rentré dans le cabinet et je lui ai expliqué que mon prêtre m’avait conseillé de voir un psy, pour changer d’orientation sexuelle. Là, j’ai vu le psy écarquiller les yeux. Il ne comprenait pas du tout mon problème. Je me suis rendu compte que le mec était juste un psy. J’ai dû tenir quarante-cinq minutes de séance. C’était la première fois que je tenais le personnage devant quelqu’un qui ne comprenait pas son délire. C’était horrible. J’avais l’air d’être fanatique, très malheureux, et contre l’esprit du monde », raconte Jean-Loup.

 

 

De nouveaux modèles

 

L’une des « solutions » proposées par l’enquête consiste à mettre en avant des individus arrivant à s’épanouir dans leur foi et dans leur homosexualité.  « Moi je suis athée, donc ça me touche un peu moins, mais pour Timothée, c’est essentiel », explique Jean-Loup, « Des gens qui considèrent qu’il faut bien qu’il y ait une place pour eux dans l’Eglise… pas une demi place, pas une place au rabais, mais une place où ils puissent vivre leur homosexualité et leur foi… C’est un combat très dur. L’association David et Jonathan, par exemple, est incroyable. Dans le prologue on dit bien que nous n’avons pas fait un livre contre l’Eglise, mais pour les croyants. ». Timothée, quant à lui, évoque d’autres histoires, de leaders ayant renoncé à l’idéologie ex-gay. « Deux leaders d’Exodus se sont rendu compte qu’ils étaient amoureux. Ils se le sont dit dans l’avion, alors qu’ils devaient présenter ensemble une conférence. Le soir, à l’hôtel, il y a eu une erreur et ils se sont retrouvés avec un seul lit. Ils ont pris ça pour un signe de Dieu. Quelques années plus tard ils se sont mariés ». Pour lui, ces témoignages restent encore les plus efficaces. « Ce qui est encore plus efficace, c’est les ex-ex-gay, les gens qui étaient leaders de ces organisations et qui, au bout de décennies à accompagner les homosexuels vers l’hétérosexualité se sont rendu compte que ça ne marchait pas et ont commencé à militer contre ces thérapies ».

 

L’Eglise Catholique serait-elle en train de vivre son moment #MeToo ?

 

Pour les deux jeunes journalistes, l'Eglise Catholique est encore loin de vivre son moment #MeToo. « Il faut séparer les victimes déclarées de l’Eglise Catholique, qui se battent pour faire reconnaître leur traumatisme, des victimes des thérapies de conversion. Face au problème systémique de la pédophilie, les thérapies de guérison, c’est bien peu » explique Jean-Loup. Timothée, lui, préfère parler d’abus « psycho-spirituels ». Et puis, à nouveau, se pose le problème des victimes, qui trop souvent s’ignorent. « En cherchant dans le code pénal, on pourrait trouver des éléments qui permettraient de sanctionner ces groupes. Mais le vrai problème, c’est que les victimes ne se considèrent pas telles », dit Jean-Loup, « Dans le livre, nous avons deux témoins, un mec qui est passé par les Béatitudes et un autre, par une autre organisation. Pour Torrent de vie et Courage, personne ne se pense en victime. Si une loi devait sortir, elle devrait s’orienter sur la manière de considérer ces individus et de les accompagner. »

 

Et demain ?

 

« Aux Etats-Unis », explique Timothée, « Ça fait trente ans qu’ils en parlent et rien ne bouge vraiment. La semaine dernière, des groupes pro-thérapie de guérison sont allés à Washington faire du lobbying contre les mesures anti-discrimination LGBT. D’ailleurs, il faut rappeler que le Vice-Président proposait d’utiliser l’argent de la lutte contre le Sida pour faire financer ces groupes. Pareil au parlement polonais, où une députée, sorte de Christine Boutin locale, voulait, elle, les faire financer par la sécurité sociale. » Et en France ? Pour Jean-Loup, il faut agir, pour ne pas laisser ces groupes proliférer. Il ajoute également : « Pour les homosexuels, dans l’Eglise, le combat à mener est encore long. Il faudra bien cinq papes et deux cent ans pour faire changer les dogmes. On n’y est pas du tout. ».

Cependant, Timothée se montre relativement moins pessimiste que Jean-Loup, évoquant quelques récents évolutions positives, au sein de l'Eglise Catholique. « L’Eglise Catholique, plus que les protestants, évolue très lentement et n’expose pas ses changements. Depuis la manif pour tous, entre un tiers et la moitié des diocèses  ont mis en place des parcours pour accueillir les homosexuels. Et puis, la conférence des Evêques de France a demandé à la communauté d’Emmanuel de ne plus accueillir Courage. Ainsi, c’est quelque chose qui vient de l’Eglise. Si ces groupes jouent aux victimes, prétendent être les seuls à porter la vraie parole de l’Eglise, L’Eglise est néanmoins soumise à la marche du monde ».

 

 

Pour voir le documentaire : https://www.arte.tv/fr/videos/086135-000-A/homotherapies-conversion-forcee/

Et pour acheter le livre : https://editions.flammarion.com/Catalogue/hors-collection/documents-temoignages-et-essais-d-actualite/dieu-est-amour

 

 

Propos recueillis par Carmen Bramly

 

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