D'où vient notre soudaine passion pour l'astrologie ?

Vous avez téléchargé Co-star, vous lisez quotidiennement votre horoscope Insta et vérifiez votre compatibilité astro chaque fois que vous avez un nouveau crush ? Pas de panique, comme beaucoup de jeunes, vous souffrez d'astrophilie digitale...
07/08/2019

 

@Astroetik,@Astrotruc, @les.signes.astrologiques… Autant de comptes Instagram dédiés à l’astrologie que de beauty gurus sur YouTube. Autrefois art divinatoire uniquement destiné aux illuminés, il est aujourd’hui devenu l’outil de vie indispensable des jeunes adultes sur Instagram. Focus sur un phénomène astralement étrange…

 

 

Instastro, ce nouveau format qui plait :

Qui ne se souvient pas de ces photos de médiums placardées sur les arrêts de bus prétendant pouvoir lire l’avenir selon votre thème astral ? Comme les chamans et autre sciences occultes, l’astrologie rendait sceptique…C’est sans compter l’arrivée d’Instagram, qui depuis quelques années maintenant, contribue à la décomplexisation de cet art divinatoire. Pour Sophia Mezières, astrologue confirmée : « Nous vivons dans une période où l’information circule très vite, l’informel y a donc toute sa place. »  Romy Sauvayre, enseignante chercheur & maitre de conférences en sociologie, Université Clermont-Ferrand ajoute que pour parler d’un retour, il faudrait que ce phénomène ait disparu : « Chaque génération justifie d’un rapport particulier aux croyances. Il y a 20 ans, nos parents vouaient une fascination pour le spiritisme. L’engouement dont témoigne aujourd’hui l’astrologie est d’autant plus visible grâce aux réseaux sociaux où le phénomène de diffusion y est plus fort. »

Entre « memes » à foison et compatibilités amoureuses abordés de manière humoristique, le ton est donné : l’astrologie est aujourd’hui perçue comme fun, voire même tendance !

 

 

L’astro : « L’horoscope, personne n’y croit mais tout le monde le consulte…Nayila, 25 ans »

Pour Nayila, 25 ans, passé amoureux chaotique oblige, elle dit consulter son horoscope pour se sentir rassurée : « J'aime bien consulter mon horoscope à l'année ou encore les compatibilités amoureuses. Même si je sais que c’est bizarre, ça rassure de consulter…Tu sais, autour de moi, personne n’y croit, mais bizarrement tout le monde le consulte (rires)…»

Quant à Radoine 28 ans, avoue, après quelques mois de dépression suite à un licenciement abusif, être devenu accro à la lecture de son horoscope : « je lisais mes projections sur le mois et même à l’année, en espérant que l’après soit meilleur. Il m’arrivait même de vérifier un mois après, si les prédictions du mois dernier étaient bonnes… »

«Les réponses que peuvent apporter cet art divinatoire sont présentées comme des certitudes. Chaque personne aura donc ses raisons de croire en ce que révèle son thème astral… » affirme Romy Sauvayre.

 

 

Génération « NO FUTURE » : l’avenir fait peur…

 

L’avenir fait peur…Encore plus lorsque l’on est jeune en 2019. Vacillant entre angoisses et crises existentielles, le jeune a besoin d’avoir une confirmation de qui il est, et notamment de savoir où il va dans un environnement incertain. Le manque de confiance en soi et la peur de l’avenir contribuent à l’attachement envers ces croyances. « On recherche souvent des explications. C’est notre moteur. Mais pourquoi ce genre de choses n’arrivent qu’à moi ? Les questions existentielles sont le propre de l’homme. L’astrologie permet de donner des réponses faciles à formuler mais également à accepter » explique Romy Sauvayre.

« Outre la fonction de prédilection, l’astrologie permet de mieux nous connaitre grâce aux thèmes astraux. L’astrologie est la base de tout. Elle permet de découvrir son ou ses potentiels, c’est avant tout un outil psychologique. Elle permet aussi de se reconnecter avec la planète. Les jeunes en ressentent beaucoup le besoin…» avance Sophia Mézières.

Croire aux astres en 2019, c’est certes, se plier à un certain fatalisme mais c’est aussi le besoin du petit coup de pouce, de confier son destin, sa vie (ou du moins une partie) au divin lorsque l’on est en plein brouillard.

 

 

« J’suis dans ma paranoïa »

Nouvel ordre mondial, fausse mort du célèbre Mickael Jackson, ou plus récemment les attentats de Paris…Depuis quelques années, de nombreuses théories du complot émergent et attirent les plus curieux. Explications toujours plus loufoques, tout moyen est bon pour trouver « LA vérité vraie ».

Souvent déclenchées par d’importants évènements, les théories conspirationnistes sont inexistantes sans les bribes de preuves qui crédibilisent les discours des complotistes. Une fois réunies, elles aboutissent souvent à un raisonnement audible.

 

L’Ere de la désinformation

Le manque de transparence des médias traditionnels pourrait expliquer l’engouement dont témoigne ces complots. La raison critique s’efface pour mettre en avant l’obscurantisme.Les réseaux sociaux nourrissent ces théories en les rendant virales, et surtout, en créant la psychose. Problématique…Surtout lorsque l’on sait que 46% des moins de 35 ans tendent d’abord à s’informer via internet.

 

Complotisme & croyance en la voyance : le duo gagnant

L’enquête mené par l’Ifop pour déterminer l’importance du complotisme en France, dresse le profil type de l’adepte des théories complotistes. Jeune et peu diplômé, près de la moitié des adeptes des théories du complot (51%) pensent que certaines personnes ont des dons de voyance, contre 18 % chez ceux qui n’adhèrent à aucune de ces théories. « Les personnes adhérant à ces croyances sont pour la plupart, ouverts et capables d’ entendre d’autres réponses que celles imposées par la majorité. Ils n’excluent donc aucune piste. Le parallèle fait ici est loin d’être déraisonnable. Leur champ des probables est simplement plus étendu que le nôtre. Il y a toujours eu, d’une part, des scientifiques pour délivrer des réponses construites et vérifiées. De l’autre, des pseudo-scientifiques prétendant pouvoir apporter une réponse que les scientifiques ne pourront expliquer. Cette disqualification du discours scientifique permet une émergence de propositions toujours plus diverse. 

C’est sans compter le côté cyclique dont disposent ces croyances ; il y a 20 ans, on ne cessait de parler de Madame Tessier et Madame Soleil comme étant les références absolues en matière d’astrologie. Plus récemment, c’est le développement personnel qui fait son grand retour après avoir connu son âge d’or dans les années 60 lors de la contre-culture américaine… Reste à voir si l’engouement pour ces croyances est passager. A noter qu’au plus l’adhésion pour un mouvement est forte, au plus l’engouement pourra être durable » affirme Romy Sauvayre.

La vie peut parfois nous éprouver jusqu’à nous rendre fébrile. Du chef d’entreprise à l’homme politique en passant par l’ouvrier, le doute, mais surtout le besoin urgent d’une réponse toute faite, ne semble épargner personne. Jeunes ou moins jeunes, on a tous besoin d’un allié pour avancer…

 

Par Yasmina Salakdji

 

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