Gilets jaunes : les chaînes d'info en continu ont-elles touché le jackpot ?

BFM TV, CNews, LCI... ce week-end, comme les deux derniers, les chaînes d'info ont réalisé leurs meilleures audiences, en grande partie grâce aux derniers rebondissements du mouvement des Gilets Jaunes. Décryptage.
06/12/2018

 

Samedi 17 novembre, samedi 24 novembre et samedi 2 décembre dernier, les « gilets jaunes » ont manifesté dans toute la France contre la politique fiscale menée par Emmanuel Macron. Un événement qui, télévisuelement parlant, a captivé l’attention des français.

 

 

Le dimanche 25 novembre à 9h, les audiences sont tombées. Et comme prévu, les chaînes d'info ont cartonné. BFM TV était la troisième chaîne de France, attirant jusqu’à 2,3 millions de téléspectateurs à 12h50. C’est le deuxième meilleur score historique de la chaîne derrière le débat des 11 candidats à l’élection présidentielle de 2017. Cnews est arrivé 4ème entre 7h et midi. Comme LCI, Cnews a réalisé le meilleur score de son histoire. A côté de ça, les talk-shows d’actu du week-end de Thierry Ardisson et Laurent Ruquier ont eux connu des baisses d’audience.

 

Mais que retenir de ces chiffres  ?

 

Réponse : l’importance grandissante du direct à la télévision. Si l’avenir de la petite lucarne était une équation, le live en serait le facteur X. Voici la preuve par trois qu’il est même actuellement la dernière attraction du petit écran pour les futurs adultes.

 

 

Déjà, même si cela semble évident, la vraie force du direct c’est qu’il te permet de découvrir en même temps que tout le monde les images qui passent à la télé. Dans un monde globalisé mais paradoxalement atomisé, cette impression d’interconnection procure ainsi le sentiment de re-créer une sorte de lien communautaire par l’évènement chaque découverte (des invités, des nouvelles du front etc.) se fait collectivement.

 

Comme tous les français devant leur écran, vous avez  pu ressentir cet étrange sentiment d’ubiquité en suivant minute par minute ce qu’il se passait sur les Champs-Élysées sans n’y avoir mis ne serait-ce que le début d’un pied. Confortablement installé dans son canapé, l’évènement se regarde alors comme la dernière série Netflix à la mode

Puis vient l’heure de matérialiser ce sentiment de communion en réagissant sur les réseaux sociaux. Vous allez sur Twitter et vous donnez votre avis sur ce que vous voyez, ou alors vous tentez l'humour. On note d’ailleurs en grande majorité deux types de réaction face à ces évènements : ceux qui s’indignent des casseurs et ceux qui les vannent. Enfin, survient parfois le sentiment de s’extraire de la mêlée télévisuelle quand différents tweets sont lus à l’antenne et que, soudain, un journaliste lit votre tweet devant des centaines de milliers voire des millions de téléspectateurs. Oui, votre tweet est lu devant « la France en entière ». En plus d’avoir économisé du diesel en restant tranquille chez vous, vous avez ainsi l’illusion que votre avis compte autant que ceux d’experts. Ô, magie du direct !

 

 

Passons maintenant au deuxième point. A savoir, le témoignage en temps réel. A l’heure des fake-news, une parole qui passe à la télé en live générera toujours plus d'émotions qu’un témoin dont l’analyse ou l’avis sera coupé ou modifié au montage. Quand une personne exprime en direct son mécontentement, sa colère ou ses revendications, le spectateur est obligé de choisir son camp, de prendre position, de s'engager émotionnellement. On peut être choqué et s’en offusquer, ou alors être d’accord avec la personne et même avoir de la compassion pour ce qu’elle vit. Samedi, plusieurs « gilets jaunes » présents sur les Champs-Élysées donnaient leur avis sur la situation. Une parole destinée à infuser et aider les spectateurs à se forger leur propre opinion, contrairement aux interviews montées qui laissent inévitablement planer le doute d’une légère forme de « propagande », aucun témoignage de ce type n’étant diffusé par hasard.

 

Enfin, le direct permet de redonner de la nuance au réel. Si les gilets jaunes ont pu s’exprimer sans filtre, le live a permis également de montrer les dérives du mouvement.

 

 

Les chaînes infos ne montrent pas uniquement le côté pacifique du mouvement, elles donnent également à voir toutes les scènes de violences qui se sont déroulées sur les Champs. Des envoyés spéciaux se sont rendus sur le terrain afin de fournir l’information la plus fiable possible. Dans certains cas, ça prête à rire, comme lorsqu'on voit des jeunes journalistes qui essaient de se faire entendre en direct alors que des dizaines de « gilets jaunes » viennent perturber le direct en criant comme s’ils étaient dans un stade de foot. Par contre, quand certains se font agresser physiquement, comme cela a été le cas pour le jeune journaliste de BFM TV le 17 novembre dernier, ça fait évidemment moins rire. On comprends alors que si certains manifestants sont là pour revendiquer leurs droits, d’autres sont simplement venus pour en découdre avec les forces de l'ordre, voire carrément les provoquer. Rien de mieux que le direct pour pénétrer la zone grise de l'actu. 

 

 

Pour cinq minutes ou cinq heures, vous avez certainement fait partie de ces spectateurs, branchés sur les chaînes info, recherchant avidement le frisson du live. Vous avez donc permis à ces chaînes d’exploser leurs audiences, ce qui, de fait, valorise éditorialement l’importance du direct à la télévision. Les talks d’Ardisson et de Ruquier étaient d’ailleurs bien en peine. Une semaine plus tard, Ardisson a gardé la même formule avec un débat d’une trentaine de minutes sur les gilets jaunes, et le reste de l’émission sur des sujets plus légers. Résultat : son audience a baissé. Ruquier a lui fait le choix d’en parler plus longuement avec, notamment, un débat avec Olivier Besancenot. Résultat : il a passé le million.

 

 

Bilan : si le direct a certes joué un rôle dans l’audience des chaînes info, il ne faut pas non plus négliger le fait que le mouvement « gilets jaunes » est aussi très attractif à la télé actuellement. Les deux combinés et c’est le carton assuré.

 

 

Par Milan Argelas

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