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Anna Delvey : bienvenue dans l'ère du hacking social

Vous avez peut être entendu parler d’elle dans les médias. Et pour cause ! Shonda Rimes, notamment à l’origine de Grey’s Anatomy, préparerait une série Netflix sur l’histoire d’Anna Delvey. Retour sur un hacking social dans les règles de l’art.
07/07/2018

Depuis que j’ai découvert son histoire dans un article du New York Magazine, cette jeune femme m’intrigue et j’essaie de comprendre comment elle a pu arnaquer autant de monde sans que personne ne s’en rende compte. Les dictons « Les apparences sont trompeuses » et « L’habit ne fait pas le moine » prennent ici tout leur sens. C’est Neffatari Davis, la réceptionniste de l’hôtel 11 Howard, dans le quartier de Soho, à New York, devenue amie avec Anna Delvey, qui a raconté une grande partie de l’histoire de notre protagoniste, enfin, ce dont elle a été témoin… Anna Delvey a été arrêtée en 2017, entre autres, pour vol qualifié, escroquerie sur plusieurs personnes ainsi que des hôtels. Selon le bureau du procureur de Manhattan, les dommages s’élèveraient à 275 000 dollars. La jeune femme qui encoure jusqu’à 15 ans de prison a bien évidemment plaidé « non coupable ». Aujourd’hui, elle dort en prison en attendant son jugement et son histoire a suscité un tel intérêt que Shonda Rhimes, derrière des séries comme How to get away with murder, Scandal ou encore Grey’s Anatomy, envisagerait d’adapter cette histoire pour une série Netflix. Affaire à suivre et en attendant voici ce que vous devez absolument savoir sur la mystérieuse « wannabe socialite ».

 

 

Who’s that chick ?

 

Anna Delvey, vraiment ? C’est ainsi qu’elle s’est présentée la première fois qu’elle a parlé à Neffatari ou Neff pour les intimes. Lunettes Céline sur le nez et chevelure flamboyante, la jeune femme qui avait prévu de loger un mois à l’hôtel 11 Howard cachait bien des choses. Anna Sorokin, de son vrai nom, aurait 27 ans et serait née en Russie en 1991. Elle aurait ensuite emménagé en Allemagne en 2007 alors qu’elle avait 16 ans. Son père, d’abord conducteur de poids-lourds puis cadre dans une entreprise de transport, a fini par ouvrir une entreprise de chauffage et climatisation. Il a avoué être surpris par la hauteur des dettes de sa fille et s’est dédouané afin de ne pas en être tenu pour responsable. Il a même confié « Until now, we have never heard of any trust fund. » Pourtant, elle a prétendu pendant des mois être une riche héritière allemande pour qui l’argent coulait à flot et dont les fonds issus d’un héritage seraient débloqués à ses 25 ans. Anna, c’était le genre de fille à vous laisser 100 dollars de pourboire, à connaitre du beau monde, à aller dans des bars et restos huppés de New York et à porter des vêtements de grands créateurs. Anna, c’était aussi le genre de fille à ne payer qu’en espèces, ce qui aurait d’ailleurs pu mettre la puce à l’oreille de certains. Du genre hautaine et pas forcément au point niveau politesse, Neff insiste sur le fait que Anna était néanmoins l’une des clientes les plus généreuses de l’hôtel et elle ajoute même « People would fight to take her packages upstairs. Fight, because you knew you were getting $100. » Autrement dit que les membres du staff de l’hôtel se disputaient pour savoir qui allait monter ses paquets dans sa chambre. Pourquoi ? Parce que c’était 100 dollars assurés à l’arrivée. Concernant la provenance de son argent, certains pensaient que l'argent venait de sa famille, d’autres que son père travaillait dans le pétrole alors que quelques-uns affirmaient qu'il était un diplomate russe. Bref, aucune certitude et puis dans le fond, son entourage s’en fichait du moment qu’elle payait. Mais jusqu’à quand ?

 

Neff Davis et Anna Delvey

 

« Maybe she had so much money she just lost track of it. »

 

Anna Sorokin est devenue Anna Delvey au cours d’un stage à Paris au sein de la rédaction du magazine Purple. Son père explique « We always paid for her accommodations, her rent, and other matters. She assured us these costs were the best investment. If ever she needed something more at one point or another, it didn’t matter. The future was always bright. » Sauf que ce que ses parents lui payaient en loyer et autres ne suffisaient pas à la jeune femme, elle voyait plus grand, avait de l’ambition mais tout ça à quel prix ? Elle voulait lancer son affaire, un club où l’art serait l’épicentre. C’est d’ailleurs Neff qui faisait office de secrétaire et qui organisait la plupart de ses rendez-vous d’affaires. Cette dernière a même quitté son petit-ami, par pour Anna, non, mais plutôt pour ce qu’elle représentait en terme d’opportunités puisqu’elle connaissait du beau monde. Neff voulait devenir scénariste et un soir, lors d’un diner organisé par Anna, elle s’est retrouvée assise juste à côté de Macaulay Culkin, a.k.a., Kevin McCallister dans « Maman, j’ai raté l’avion. » C’est simple, Anna réussissait à être dans les bons endroits avec les bonnes personnes en se faisant passer pour celle qu’elle n’était pas.

 

 

Du génie et du hacking social pur, vous dis-je. On lui présente Michael Xufu Huang, un riche collectionneur d’arts et fondateur d’un musée à Pékin à qui elle propose d’aller ensemble à la Biennale de Venise. Elle lui demande de réserver les billets d’avion et la chambre d’hôtel avec sa carte bancaire (souvenez-vous Anna ne paye qu’en cash, jamais en CB) et lui promet de le rembourser plus tard. Il trouve ça louche mais s’exécute pour au final ne jamais revoir la couleur de ses quelques milliers d’euros. Elle demandait aussi à des amis de lui payer des taxis pour aller à l’aéroport, logeait chez d’autres en leur promettant de payer le loyer sans jamais le faire mais comme le souligne la journaliste qui a écrit l’article publié sur The Cut, peut-être qu’elle avait tellement d’argent qu’elle en avait tout simplement perdu la notion…

 

« She didn’t pay her bill. »

 

Bref, Anna enchaine les sorties mondaines, organise des anniversaires jusqu’au jour où l’un des restos fait le rapprochement entre elle et Michael Xufu Huang. Elle n’a pas payé l’addition et le responsable demande au jeune homme s’il sait comment la contacter. De là, il commence à se dire qu’il y a anguille sous roche, il n’a pas tort et the best is yet to come ! Avant de vous raconter la conclusion de toute cette histoire, revenons-en à son projet de lancer son club à New York. De fil en aiguille, elle rencontre un architecte qui l’aide à repérer des baux pour son potentiel club. Bingo ! Il lui trouve un 4200 mètres carrés sur plusieurs étages dans un quartier plutôt cool de la Big Apple. Autre détail sympa, le proprio de l’immeuble et également celui à qui appartient l’hôtel 11 Howard où loge la « socialite ». Anna affirmait que sa riche famille financerait tout sauf qu’il fallait quand même avoir un capital de 25 millions de dollars pour pouvoir prétendre à un tel projet. Se voir accorder un prêt était donc nécessaire et pour ça elle avait besoin de contacts. C’est l’avocat Andy Lance qui la met en relation avec plusieurs banques dont la City National Bank, à Los Angeles, à qui il explique que sa cliente a besoin d’un prêt car une grande partie de son capital personnel se trouve à l’étranger. Le prêt est finalement refusé et les soucis d’argent d’Anna commencent à se faire sentir comme le soir où cette dernière invite Neff au resto et que sa carte est refusée. La réceptionniste explique qu’elle a commencé à transpirer quand elle a compris que ça serait à elle de payer les 286 dollars d’addition. 

 

 

Puis, comme les soucis n’arrivent jamais seuls, il s’est avéré qu’Anna n’avait jamais payé sa note d’hôtel de 30 000 dollars depuis qu’elle s’y était installée. Alors que le gérant commençait à s’impatienter, un virement voit finalement le jour mais les frais continuant de s’accumuler et l’argent pour payer ne pointant pas le bout de son nez, les affaires de la jeune femme sont mises dans une réserve en attendant son retour d’un soi-disant voyage d’affaires. C’est d’ailleurs au cours d’un autre voyage que les doutes sur la fortune d’Anna se confirment. La jeune femme réserve un riad à 7000 dollars (la nuit) à Marrakech et propose à Rachel Williams, une iconographe chez Vanity Fair, devenue son amie, de l’accompagner ainsi qu’à sa coacheuse perso. Cette dernière qui était retournée plus tôt que prévu à New York a eu une grosse surprise quand la direction de l’hôtel où séjournait Anna l’a appelée en lui disant qu’elle était sur le point d'être arrêtée par la police parce que ses cartes bancaires ne passaient pas. Coup de chance ou pas pour la coacheuse aucune de ses cartes ne passent non plus mais Anna lui demande quand même de lui prendre un billet d’avion pour retourner aux States et attention en première classe, please. La note de l’hôtel ? 62 000 dollars que Rachel Williams, l’iconographe de Vanity Fair s'est retrouvée contrainte de payer… Evidemment, Anna avait, comme à son habitude, promis de les lui rembourser à son retour ce qu’elle ne fit… jamais ! Aujourd’hui, Anna Delvay/ Sorokin ne séjourne pas dans un hôtel huppé de la Grosse Pomme mais entre les murs de la prison de Rikers Island et puis il faut voir le bon côté des choses, elle n’a plus de frais d’hôtel à payer et elle aurait même dit à Neff lors d’un parloir que la prison ce n’est pas si mal et qu’elle prend ça plutôt comme une expérience sociologique. Une vraie "ciné-xistence" en somme...

 

 

 

Par Kahina BOUDJIDJ, 23 ans

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