Rétro Ciné #1 : Monika, une love story dans l'air du temps

Alix, 21 ans, est déjà une cinéphile confirmée... pour Twenty, elle exhume des films du passé et nous montre en quoi ils sont toujours aussi actuels, dans ce qu'ils racontent de la jeunesse...
26/10/2018

 

Il aurait eu 100 ans le 14 juillet 2018. A cette occasion, Bergman est célébré à travers de nombreuses rétrospectives. Le spécialiste du drame psychologique suédois est considéré comme l’un des plus grands réalisateurs de l’histoire du cinéma mondial, ses thèmes de predilection sont la religion, la culpabilité, le pêché, la maladie, l’amour. Retour sur son film le plus sensuel et estival, Monika, sorti en 1953. Cinquante-cinq ans plus tard ce film n’a pas pris une ride car ce qu’il dit de l’amour est universel et intemporel.

 

UN ETE BRULANT

 

 

Harry, un jeune coursier, rencontre Monika (Harriet Anderson) jeune ouvrière. Il a 19 ans et elle 17. Dans la première scène Monika taxe une cigarette à Harry, ils tombent amoureux. Ils vont au cinéma voir un mélodrame américain, Monika pleure tandis qu’Harry baille. Très vite après cette première rencontre les deux protagonistes vont s’enfuir, s’échapper en bateau pour  aller vivre leur histoire sur l’île d’Orno. Ils s’aiment loin de la ville et de la triste banalité de leur vie respective. C’est l’été, ils font l’amour et dansent. Ils construisent des châteaux en Espagne, se projettent ensemble dans un avenir heureux avec naïveté et maladresse. Bergman, par sa mise en scène, sublime les corps et les paysages marins. De toutes ces scènes tournées sur l’île d’Orno se dégage une grande sensualité qui donne envie de vivre et d’aimer comme ils le font, avec insouciance et légèreté.

 

LE DECLIN

 

 

Bergman n’étant pas un grand adepte du feel good moovie, ce bonheur est bien évidemment condamné à disparaître : très vite c’est l’amour en fuite. L’été s’achève ainsi que la passion amoureuse. Ces quelques semaines n’auront été qu’une parenthèse enchantée dans leur existence. Les deux adolescents déchantent vite, dépassés par des contraintes matérielles, et cherry on the cake, Monika est enceinte. Le regard de Bergman sur eux est tendre et cruel : ils se sont aimés trop vite, ont cru leur amour éternel mais ont été rattrapés par la trivialité du quotidien et le fantôme de l’adultère. Bergman donne à voir l’impossibilité d'aillier la passion à la vie domestique. Cette vision désabusée de l’amour n’est pas très étonnante quand on sait que Bergman s’est marié cinq fois.

 

POURQUOI C’EST CULTE

 

 

Les scènes d’amour sur la plage, les épaules dénudées de Monika, l’érotisme d'Harriet Anderson qui campe dans ce film une véritable Brigitte Bardot suédoise. Mais la scène la plus culte c’est certainement celle où Monika, avant de tromper Harry, adresse un regard frontal à la caméra, Jean-Luc Godard a commenté ce regard en ces termes : « Il faut avoir vu Monika rien que pour ces extraordinaires minutes où Harriet Andersson, avant de recoucher avec un type qu'elle avait plaqué, regarde fixement la caméra, ses yeux rieurs embués de désarroi, prenant le spectateur à témoin du mépris qu'elle a d'elle-même d'opter volontairement pour l'enfer contre le ciel. C'est le plan le plus triste de l'histoire du cinéma. ». Bergman, par son incroyable modernité, a inspiré toute la génération de la Nouvelle Vague.

 

CA FAIT PENSE A

 

 

Moonrise Kingdom, le film de Wes Anderson (2006) qui raconte l’histoire de deux enfants de 12 ans qui tombent amoureux et décident de s’enfuir. Disons que Moonrise Kingdom est une version pop et édulcorée du drame bergamnien

 

Par Alix Welfling, 21 ans, étudiante en cinéma 

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