Twenty débat #1 : les jeunes sont-ils (vraiment) écolos ?

Tous les mois, retrouvez le compte-rendu de notre grand débat. Pour cette première édition, nous nous sommes intéressés à l'écologie. Qu'en pensent les jeunes ? Se sentent-ils concernés ? Que font-ils concrètement pour changer les choses ?
18/01/2019

 

Une génération vraiment éco-responsable ?

 

 

Refrain régulièrement répété : les jeunes d'aujourd'hui seraient enfin sensibilisés aux enjeux écologiques et se préparaient à changer le système. Une réalité ? Oui, nous répond une Twenty, pour qui la nouvelle génération est hautement concernée par la question, « On ne ne peut plus faire comme si ces problèmes n'existaient pas. Que ce soit la pollution des sols, l'épuisement des ressources, la biodiversité ou le réchauffement climatique, personne de nos âges, du moins je pense en France, ne se permettraient de le nier ou de le remettre en question. » Si la prise de conscience semble, sur le mode déclaratif, bien réelle, (même s'ils occultent les effets négatifs de leurs usages des nouvelles technologies numériques), ces sombres perspectives ont-elles pour effet de déclencher de nouveaux comportements plus vertueux ? Là, les réponses sont plus que mitigées, au point que l'on pourrait parler de flexi-écologie « Si j'essaye de faire mes courses de façon éco-responsable en achetant des produits de saison, il peut m'arriver de craquer en allant m'offrir un double Wooper chez Burger King » avoue un autre Twenty. Idem manifestement sur le front des sapes où une virée en friperie peut tout à fait côtoyer un détour chez H&M. Comme si l'écologie faisait désormais partie du domaine de l'intime, notre panel semble tiraillé par sa conscience, entre élans de bonnes volonté et craquages honteux.

 

Que sont-ils prêt à faire ?

 

 

En théorie beaucoup, en pratique un peu moins. Surtout, nos témoins n'ont évidement pas le même d'exigence envers eux-mêmes. Quand certains trouvent que la France en fait déjà beaucoup et devrait servir de modèle aux pays en développement, d'autres pensent au contraire que cette personnalisation des enjeux (et la culpabilité individuelle qu'elle tente de faire peser) est une manière de sous traiter un problème collectif et étatique aux seuls individus. Concrètement, le zéro déchet leur semble être une utopie néo-bab. Ils ne semblent pas non plus prêts à tirer un traits sur les produits carnés, encore moins sur les téléphones portables, quant aux voyages en avion, ils ne peuvent pas s'en passer « Difficile, d'aller à Cuba en train, hein ». Une chose est sûre, pour eux, l'écologie est moins une idéologie qu'une politique économique qui doit concerner tout le monde, par delà les préférences électorales. A ce titre, la démission de Nicolas Hulot au poste de ministre de la transition énergétique leur a semblé un signal extrêmement négatif, au point de tirer larmes aux plus sensibles. 

 

Les marques à la rescousse ?

 

 

S'ils ont bien conscience de leur impuissance à titre individuel, qui peut dès lors se positionner comme un élément moteur de changement ? Pour certains de nos Twenties, les marques devraient donner l'exemple. La grande distribution, responsable d'un gâchis immoral, devrait à leurs yeux instaurer un système de redistribution solidaire des invendus. Idem, l'industrie de la mode, au lieu de détruire ses stocks devrait plutôt voir à la baisse sa production (la fashion week une fois par an, ça suffit). En outre, écologie et éthique se mêlent dans leur représentation d'une production consciente et d'une force de travail rémunérée à sa juste valeur. Ce qui leur tient à cœur, lorsqu'ils regardent la composition d'un produit ou lisent une étiquette ? Le cruelty-free (en VF : quand t'es gentil avec les animaux), le Bio, le made in Europe, le DIY... mais avant tout, le prix. En résumé, si longtemps le green-washing a été perçu comme une stratégie opportuniste, il est aujourd'hui envisagé par les plus jeunes comme une nécessité, eut égard à la puissance économique et symbolique de ces multinationales.

 

Demain, une démocrature écologique ?

 

 

Contrôle de la production, de la consommation, des déplacements, des naissances... aussi étonnant que cela puisse paraître de nombreux témoins ont admis que selon eux le nouveau monde écologique ne pouvait survenir qu'avec un changement de régime politique. Lequel ne pourrait selon que prendre une forme autoritaire « C'est sûr qu'il va falloir forcer les gens à changer de mode de vie, ça ne marchera pas que sur la bonne volonté. » Un constat qui fait totalement (et de façon un peu inquiétante) écho au processus de déconsolidation démocratique observé chez les plus jeunes générations, qui n'ont paradoxalement vécu que dans des démocraties libérales. Ils ne seraient pas contre un contrôle des naissances ou une sorte de taxe verte pour les individus, notamment pour leurs déplacement en avions. Seul problème notent-ils, ce système serait à terme inévitablement inégalitaires car offrant un permis de polluer aux plus nantis. Pour conclure, les plus jeunes semblent tout aussi tiraillés et conscients des contradictions entre les efforts qu'exigent une remise à plat de notre système et sa mise en pratique. Bref, pour les jeunes l'avenir s'annonce plus sombre que vert.

 

Twenty Magazine 

Rechercher

×