TWENTY QUARANTAINE #11 : Losing my religion ?

En cette période de quarantaine, Twenty vous donne la parole et vous permet de tout partager avec nous : envies, angoisses, rêves, coups de gueule, coups de coeur... Aujourd'hui, nous avons interrogé un athé et un croyant, au sujet du confinement.
20/04/2020

 

Depuis plusieurs semaines, la France est confinée. Chacun cherche à occuper son temps. Ménage, jeux de société ou activités créatives : tous y passent. Quelques uns font, aussi, de ce confinement l’occasion de se rapprocher un peu plus de leur foi. Ils se penchent sur des textes tel que la Bible pour trouver des explications à cette crise sanitaire. Et si tout était écrit ? Théorie soutenue par certains mais réfutée par d’autres.

Pour mieux saisir le rôle que joue la religion en cette période j’ai contacté deux twentys, Thomas, 21 ans, athé, et Yoel, 20 ans, juif religieux. 

 

TWENTY : La religion peut-elle représenter une aide essentielle en cette période de confinement ?

Thomas : C’est une aide je pense. Si j’avais la foi j’aurais pu me concentrer sur ma religion. Prier 5 fois par jour, ça occupe ! Je trouve, cependant, d’autres façons de faire passer le temps. J’essaie de me vider l’esprit en discutant avec mes amis, en jouant à des jeux en ligne. Je ne me prends pas la tête. La seule question que je me pose est : quand est-ce que ça se finit ?

Yoel : Oui, clairement ! Devoir se lever le matin pour prier et suivre un rituel chaque jour structure ma journée. Sans oublier la prière du soir qui m’offre une pause dans mon travail. La religion repose sur 3 piliers fondamentaux : la solidarité, les proches, l’étude. Le confinement me laisse du temps pour lire certains commentaires bibliques. Se recueillir dans le texte de la Thora permet d’avoir son moment d’apaisement. Ce qui est cool, c’est qu’on à beau la lire trois fois, on y apprend toujours quelque chose. Aussi, la communauté facilite l’entraide. Chacun prend soin de l’autre. On prie pour les malades et essaie d’aider les plus nécessiteux.

 

TWENTY : Est-ce que croire peut représenter une quête de sens ? 

Thomas : Personnellement, je me fie à la science. Je vis au jour le jour. Je comprends, cependant, ceux qui cherchent, à travers la foi, à donner un sens à la crise sanitaire. Ça doit aider à trouver une logique qui rassure, peut-être. J’ai eu ce débat pendant des heures avec mes potes musulmans et juifs. Certaines explications religieuses restent troublantes. Mais si des événements de la Bible semblent coïncider avec les événements actuels, c’est pour moi du hasard.

Yoel : Beaucoup de Rabins essaient de corréler les événements actuels avec certains passages de la Bible. Je ne sais pas si c’était prévu mais certaines explications m’interpellent. Le déconfinement est programmé pour le 11 Mai prochain. Cette date correspond à la fin d’une période de deuil dans la Thora. Être croyant permet de trouver un autre sens à ce qui nous entoure. Pour moi, la religion complète la science. La science combinée à la foi permet d’obtenir plus d’explications. Pourquoi ce virus ? D’un coup le monde s’effondre. L’économie s’effondre. Sans ma foi, j’aurais été, sans doute, plus inquiet. Je pense que la crise qui nous frappe aujourd’hui résulte de la volonté divine. Encore une épreuve qu’on doit surmonter. On en vient parfois à se demander pourquoi Dieu nous inflige tant de morts. Par ce confinement il essaie surement de tester notre foi.

 

TWENTY : Les mesures de confinement qui suspendent tout regroupement ont-elles des répercussions sur les pratiques religieuses ?

Yoel : C’est ce qui m’a le plus peiné, oui. J’ai l’habitude de me rendre dans mon lieu de culte 3 fois par jour. À la synagogue on prie tous ensemble. Depuis le confinement, je me retrouve à prier seul dans ma chambre. Parfois, mon frère, mon père et mon beau-frère se joignent à moi. Le temps d’un instant je retrouve cette ambiance de synagogue qui manque tant. Nous venons de passer une période de fête qui réunit la famille chaque année. De savoir mes grands-parents seuls chez eux est difficile. Pour la première fois, j’ai passé les fêtes de pessa’h sans leur compagnie. Je ne manque pas de les appeler tous les jours pour prendre de leurs nouvelles.

 

TWENTY : Sans croire, le confirment a-t-il suscité ta curiosité ? Durant ces dernières semaines as-tu effectué des recherches sur certaines religions ?

Thomas : Non, pas vraiment. J’ai un grand-père musulman et discute beaucoup de ce sujet avec mes amis. Le contexte actuel pousse aux débats religieux. Savoir ce que certains religieux pensent m’intéresse beaucoup. Jusqu’à faire des recherches, non.

 

TWENTY : Ton rapport avec la religion a-t-il évolué ces dernières semaines ?

Thomas : Absolument pas. Je pense toujours les mêmes choses. Je crois dur comme fer en mes convictions. Je me suis posé certaines questions quand j’étais plus jeune. Depuis, je n’ai jamais remis en question mes croyances. Je n’arrive pas à imaginer dans ma tête des choses qu’on ne peut pas voir.

Yoel :  Le confinement m’a permis de me recentrer sur ma religion. Avant, on était trop dans le matériel. Je m’étais perdu dans cette course contre la vie. J’en avais oublié ce qui est pour moi l’essentiel. Le confinement m’a réveillé. J’ai compris que sans ma foi, ma vie n’aurait pas le même sens. Ma religion, c’est mon identité. À toute épreuve, comme celle de devoir resté enfermé chez moi, elle m’accompagne.

 

TWENTY : Comment imagines-tu le monde d'après ?

L’athée : Je l’appréhende pacifiquement. Les choses vont se passer comme elles doivent se passer. L’ « après » sera un simple retour à la vie normale. Avec, sans doute, de nouvelles précautions. Je pense que même croyant, je n’aurais pas eu plus d’appréhension que ça. Confinement levé, on n’en parle plus et, yalah !

Yoel : Ma foi me rassure. Je sais que l’après ne peut être que meilleur. Dans la Thora, à chaque période de crise succèdent des moments joyeux et festifs. Certains évoquent le coronavirus comme une période « pré-messianique ». Je ne sais pas si le dé-confinement marque l’arrivée du Messie, mais il est sûr que l’ « après » ne peut être que meilleur.

 

À travers ces échanges, j’ai pu constater que, pour certains, la foi occupe une place non négligeable en période de confinement. Avoir une seconde source de croyance, hormis la science, rassure et permet d’être moins angoissé de l’après. Pour Yoel, sans foi on reste prisonnier de nos cinq sens. Le sixième sens qu’elle incarne s’impose comme une aide essentielle. De son côté, Thomas ne rejette par cette logique mais vit son confinement autrement. Il essaie de trouver d’autres centres d’intérêt sans ressentir ce manque que pourrait combler la foi. À chacun son confinement !

 

 

Par Aaron Raymond a.k.a AaRaym, 20 ans.

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