TWENTY QUARANTAINE #2 : Relancer le débat

En cette période de quarantaine, Twenty vous donne la parole et vous permet de tout partager avec nous : envies, angoisses, rêves, coups de gueule, coups de coeur... Aujourd'hui, nous vous proposons de relancer le débat : le cinéma est-il en crise ?
24/03/2020

 

Avant d’avoir commencé cette phrase, celle ci même que vous lisez, j’ai lu les journaux, j’ai regardé la télé, enfin j’ai essayé. Emotions, malaises, feu brûlant et bouleversement. J’ai 23 ans et j’ai grandi avec Despentes sur la table de chevet et Polony chez Ruquier.

 

Qui a vu King-Kong ? Je ne parle pas ici du King-Kong Théorie de V. Despentes essai « féministe » écrit en 2006; je parle des films : des « King-Kong » il y en a plusieurs, l’histoire est la même à chaque fois, depuis la première sortie en 1933. C’est un film accessible aux enfants, du moins aux pré-ados, c’est de la pop culture, du grand cinéma qui en met plein la vue.

 

 

L’actualité sociale cinématographique m’a vaguement rappelé la jungle de King-Kong : le gorille vient d’une île qui n’aurait pas évoluée depuis la préhistoire, lorsque des producteurs de cinéma viennent le chercher pour tourner un film avec une jolie blonde qu’il est censé enlever, Kong découvre notre société, il se réfugie en haut d’un gratte ciel, c’est la panique, ça bouge.

 

Aujourd’hui, King-Kong est loin, sa théorie en feu. Et la blonde, la star de cinéma en robe blanche et talons paillettes, elle hurle. Ca y est, les projecteurs sont ailleurs que sur son corps, le cinéma fait du bruit, crée son propre mythe.

 

Cérémonie ! Les Césars et ses prédateurs, les Césars et ses micros, cérémonie oui, peut être aussi tsunamie, une nouvelle vague de lumière sur la pellicule du cinéma Français, sur l’encre, sur ces statues d’or, sur les chattes de ses actrices qui arrêtent de saigner pour parler, sur le silence de ses hommes qui commencent à saigner, (pas tous, mais beaucoup). Des symboles nommés Adèle, des plumes signées Virginie et Natacha, puis des Cahiers qui brûlent, des pages de toujours consumées dans des flammes nouvelles… Donc oui, une nouvelle vague de lumière sur la pelloche pour faire de nouvelles images; tiens parlons-en de la nouvelle vague ! Flash/splash : Mais que voulez-vous, Anna, François, Agnès, Michel, ils sont tous morts, le prochain c’est certainement Jean-Luc, et finalement c’est pas plus mal, on va peut être pouvoir  commencer à arrêter de produire majoritairement de la merde et laisser un peu d’oxygène à la nouvelle génération, oublier les génies et leurs époques si petites pour les femmes, avec leur monologue à la con sur le cul et Mai 68; ils ne savaient parler qu’aux petits garçons, l’essentiel étaient dans leur cinéma. Sauf qu’ils en font plus du cinéma, et depuis longtemps.

 

Oublier les hommes, ces Hommes qui (par extraordinaire ?!) ressemblent à Dieu, oublier que c’est lui même qui fut censé crée la femme, créer Brigitte, les perruques blondes et les traces de maillots à Saint Tropez ça a été chouette mais on peut peut être commencer à trouver la porte de sortie de toutes ces salles obscures, s’autoriser à déphaser et marcher de l’avant en pantalon ou en robe de soirée « à la guerrière » comme dirait l’autre… Peu importe, tant que le moteur tourne et que les idées ne sont plus potables mais magnifiques…

 

 

Il n’y pas vraiment de hasard, ou alors, toute situation est magique, puisque le hasard est ennemi du destin. C’est, dans l’histoire du féminisme, la première fois que la société réponds de ses actes avec autant d’honnêteté (notons notamment les 23 ans ferme de notre ami H. Weinstein), et c’est, avec cet homme ou encore Polanski que les Cahiers du cinéma démissionnent, que les Césars foutent le camp, c’est presque en suivant Adèle Haenel, ça fout le camp tellement vite qu’ils en marchent sur sa robe de soirée…

 

Parce qu’un génie peut maintenant être UNE, que Femme peut être autre chose qu’une chose, autre chose qu’une pute, et un Homme encore autre chose qu’un fils de pute. Bizarrement, je n’ai presque pas d’avis ni sur Polanski, ni sur Adèle ou les Cahiers, si ce n’est que je repense à l’idée du hasard : les 23 ans de taule de Weinstein j’y pense tiens, ça me fait penser à mon âge, 23 ans que je suis enfermée dans cette société où Dieu ressemble à un gentils gars et que les bouches des femmes servent plus à sucer qu’à parler. C’est ce qu’on nous fait comprendre tous les jours, dans la pub, dans la rue, partout, et surtout dans le métro.

 

Les Césars ils étaient sur les monstres, pas ceux des films comme dans King-Kong et les créatures de son île, non, soyons fidèles au scénario, ils sont sur les producteurs et les réalisateurs , on est pas sur du prédateur en carton, non, c’est du calibre en chair et en os, plus besoin de dessins pour le comprendre, ni de story-board, encore moins d’effets spéciaux. On est sur du lourd, et pourtant jusqu’ici la fiction semblait plus croyable, plus acceptable que la réalité. Le cinéma, au début, c’est du feu dans une grotte, une chimère, un effet visuel alors que nous étions encore au temps des « sauvages », à l’ère de la préhistoire, où les Hommes peignaient de sang et de pigments les grottes, aidés de torche. Le relief sur les parois humides, l’écho des gouttes d’eau qui s’y glissaient : déjà l’appel du mouvement des images.

 

 

Alors parlons-en des cavernes, celle de Platon par exemple. Le boîtier de la caméra et ses stars, ces lumières qu’on a violentées, qu’on a passée sous silence, à qui on a gentiment demandé de rester dans le monde sensible, silencieux, entre deux trois marionnettes faisant de l’ombre dans ce qui a de plus beau sur les parois. Oui les filles, rester bien au chaud dans la grotte, taisez-vous, la promotion sur canapé tous le monde est passé par là, au fond t’as eu un rôle non ? Un oscar ? Et puis après tout, les actrices sont des putains, et l’intelligible c’est un truc de mec.

 

En 2020, les femmes se font philosophes, elles se regardent de l’extérieur, coincées dans ce monde sensible, dans cette caverne poisseuse et elles décident d’arrêter de constater que c’est pourri, elles décident juste d’en sortir, de se tenir la main, et de trouver la porte de sortie, comme Adèle sortant de la salle Pleyel. J’en ai parlé précédemment, il n’y a pas de hasard, juste des destins hasardeux, des cavernes, des mondes, illusoires et sensibles.

 

La genèse du cinéma, devint la camera obscura, « machine à métamorphoses », durant la Renaissance, puis la lanterne magique… Embryon de la caméra. Cet appareil est l’oeil médiateur de la pensée au physique, de la projection d’une idée, sur quelque chose ou quelqu’un. Ne l’oublions pas dans le contexte actuel où l’on questionne la séparation de l’esprit et de l’art chez Polanski par exemple : il a violé, mais il a fait de grands films ? Donc ? Ces grottes à images, ces cavernes à rêves, ont autre chose à apporter aux femmes, autre chose que de la chair et de la peau, du cliché en boîte. Les femmes méritent mieux, les hommes aussi d’ailleurs.

 

La sensibilité des hommes fut trop longtemps illusion, celle des femmes fut trop extrapolée. J’ose, oui, je me permet de nous féliciter de sortir de la préhistoire et de la caverne. Que notre évolution serve au moins à autre chose que de détruire la Terre par ailleurs. Il est effectivement facile de constater les ombres et de cracher dessus, c’est peut être ce que je fais entre ces lignes, mais si vous êtes attentifs, vous comprendrez que, comme beaucoup, j’aime le cinéma, et sa lumière. Pas celle qui crée l’illusion de la caverne avec ses marionnettes glauques prisonnières d’Hollywood, non celle de la connaissance et de l’éducation, c’est celle-ci qui mérite d’être bien utilisée. C’est peut être ce qui entrain de se passer, la presse, le cinéma, ça parle, ça gueule, ça réagit. Comme King-Kong en haut de son gratte ciel.

 

Et ça, c’est le mouvement, pas seulement #metoo ou #balancetonporc, le mouvement des femmes et des hommes qui les soutiennent, des hommes qui ouvrent les yeux et tendent leurs oreilles. Alors voilà, King-Kong va peut être enfin pouvoir pleurer tranquille, sans sacrifier ses poils et ses muscles, la blonde se défendre en regardant droit dans la caméra sans avoir recours aux yeux de biches, et les prédateurs, couler, faire naufrage avant d’arriver sur l’île sacrée du tournage. Oui, les Cahiers du cinéma continue de brûler mais le monde d’avancer.

 

Mila Kiss.

Rechercher

×