TWENTY QUARANTAINE #4 : Nostalgie et réseaux sociaux

En cette période de quarantaine, Twenty vous donne la parole et vous permet de tout partager avec nous : envies, angoisses, rêves, coups de gueule, coups de coeur... Aujourd'hui, nous vous parlons du dernier challenge social media.
03/04/2020

 

Ce confinement, pause sociale bien méritée, est un terrain plus que fertile pour une véritable crise de la quarantaine. 

 

Faire face au temps que l’on se plaint de ne jamais avoir

En bon introverti qui se respecte, ce confinement s’érigeait en véritable aubaine. Plus d’excuse à inventer pour ne pas sortir, l’Etat s’en est chargé. Ellipse. Cela fait plus d’une semaine que je suis confiné seul et je me décerne le prix du pire colocataire qu’il m’ait été donné d’avoir. Toutes ces choses que je me plains au quotidien de ne jamais avoir le temps de faire…. J’ai tout mon temps ! J’ai tout simplement la volonté d’un coquelicot cueilli. La liberté n’aurait donc rien à voir avec la capacité de mouvement. Elle réside dans la possibilité de transporter n’importe quel contexte un écosystème enchanté. Et j’en suis loin. Ma liberté nécessite un carcan duquel me défaire. Seul et sans contrainte, je ne suis pas libre mais stagnant.

 

Le retour à l’enfance

Le mioche est un animal en captivité qui perçoit son enfermement sans possibilité de s’en défaire. Pas étonnant qu’un des premiers réflexes de notre espèce (après ce merveilleux remix ‘Confinement’ par Aya Corona, oui) fut de lancer un challenge sur Instagram. Si la fin du monde est proche, l’humanité fait preuve d’un instinct de survie pitoyable. (Vous croyez que les dinosaures reviendront sur Terre après notre départ ?).  L’idée ?  Poster nos jeunes bouilles. Intérêt ? Zéro. Symbolique ? Limpide. Entre des appels à ma mère et des coquillettes au ketchup, je fais du coloriage et j’écris des poèmes. J’ai à nouveau huit ans, comme si ma liberté de mouvement était une condition sine qua non de ma maturité. Je profite de ce moment pour embrasser sur le front le petit garçon joueur et insupportable que j’étais. Quelle belle vie que celle de l’enfant privilégié. On devrait prescrire cela plus souvent pour guérir les dépressions. Amis dépressifs, mettez vous dans les bottes en caoutchouc d’un enfant blanc du seizième arrondissement parisien. (Je finis de tracer ma marelle sur mon parquet et je file breveter ce traitement). Coincé à la maison, je me tourne vers Papa-Etat en attendant qu’il m’autorise à sortir. Cette position, que je m’inflige seul, me contraint mentalement à taper du pied par caprice.

Or je ne sors pas pour l’interêt commun. Ce fameux intérêt commun qui devrait guider tous nos gestes et paroles dans l’espace public. Ce trop oublié intérêt commun lorsqu’on glisse un nom dans l’urne. Et cette situation est ainsi une merveilleuse occasion pour reconsidérer notre rapport à l’autre. La société est une cour de récréation où des gosses de tout âge devraient plus souvent jouer tous ensemble et se tenir la main. Avec des gants ces derniers jours, mais tout de même.

 

Un second confinement « cure de désintox Instagram » sera nécessaire

Ma plus grande crainte de ce confinement est de m’y habituer. Je frémis à l’idée de devoir remettre des chaussettes, de reprendre les transports en commun, de voir mes collègues quasiment dès le réveil, de me doucher tous les jours. Une semaine que je suis en peignoir-chaussons, avec mes 16 repas par jour et mon super pouvoir qui consiste à transformer le moindre légume en sextoy. Au diable le préservatif, le confinement  reste la meilleure contraception.

Mais je ne peux nier que mon téléphone est devenu l’extension de mon poignet et mon ordinateur, mon unique champ de vision. Je me perds sur Instagram, quitte l’application et y retourne dans la seconde sans explication. J’enchaîne les épisodes sur Netflix à tel point que je m’auto-juge. J’ai vu tout Youtube. Je profite de cet article pour me promettre solennellement (et que tout lecteur fasse de même) : je relève le menton, baisse mon écran et redeviens productif. Ecrire un roman, s’entrainer à faire le poirier, plonger dans les tréfonds de la philosophie ou se remettre au tricot. Comme vous le préférez tant que vous prenez soin de vous et de vos proches.

 

 

Par Reuben Attia

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