Twenty X Ecole W#4 : L'art de la féminité, pas qu'une affaire de femmes ?

Et si l'art de la féminité concernait aussi les hommes ? Reuben s'est penché sur une nouvelle tendance, le make up art masculin, interrogeant les frontières du genre. La non binarité serait-elle notre avenir ?
25/05/2018

 

 

« Les garçons en bleu et les filles en rose » est une absurdité non-communément admise. Au Moyen-Age, le bleu, divin, était associé aux filles et le rose, plus vif et voyant, associé aux garçons. Et les enfants portaient la robe, sans distinction, jusqu’à la fin de l’enfance. Mais les normes s’inversent au fil du temps, se distordent, jusqu’au moment où les individus se réapproprient leurs goûts et leurs envies. Qu’il s’agisse du maquillage ou de certains vêtements, les moeurs se délient et paradoxalement la haine et l’incompréhension augmentent. Aujourd’hui le genre se fluidifie, se déploie et les griffes du patriarcat se desserrent, lentement mais sûrement. Si la binarité homme-femme persiste, une faille se creuse au sein de ce schéma. Les individus « non-binaires », ne se retrouvant pas dans une norme préétablie, se révèlent aujourd’hui et les normes emprisonnant le genre s’érodent.

 

Comment le concept de « féminité »se détache du corps féminin ?

 

 

 

Depuis l’enfance, Raphaël est fasciné par l’art, la mode et la beauté. « Je voulais devenir créateur de vêtements. J’ai toujours voulu sublimer les femmes. ». Pour lui, la féminité est un art qui dépasse le corps. Il y a trois ans, une amie lui demande de le maquiller. « C’est en la voyant s’admirer dans le miroir, se trouver belle, que j’ai compris. A partir de ce moment là, j’ai su ce que je voulais faire de ma vie. ». Les hommes qui appliquent les codes associés au genre féminin sont de moins en moins rares et on observe une montée en flèche des ventes de soins masculins. Depuis 2015, les ventes sur l’e-shop MrPorter.com ont bondit avec 300% de croissance. Les hommes prennent soin d’eux et le lien privilégié entre les femmes et la féminité s’érodent. « Une femme peut ne pas être féminine et un homme peut l’être. » (Raphaël) Mais le parcours de Raphaël a été compliqué et il n’a pu exprimer sa passion qu’assez récemment.

 

« J’ai été malheureux toute ma vie jusqu'au jour où j’ai eu des pinceaux entre les mains »

 

Pour sa famille, accepter un garçon efféminé n’a pas été évident. « J’ai commencé à vivre il y a trois ans. » Le jeune homme admet avoir été malheureux durant son enfance et son adolescence, brimé par une pression sociale et familiale qui nous persuade que le maquillage est genré, qu’il n’existe que pour les femmes. Mais pour Raphaël, « ce masque de beauté, c’est une perfection, une force et un art. Le maquillage me donne une confiance en moi inimaginable. » On confond souvent superficialité et coquetterie mais les heures passées à perfectionner son teint et son apparence sont une prouesse, qui dépasse le simple physique.

 

 

Vers une démocratisation du ma(n)ke-up

 

 

Cependant les normes emprisonnant la féminité ne sont pas prêtes de disparaitre. Les hommes aujourd’hui prennent soin d’eux, mais avec des produits estampillés « pour hommes ». « Ce n’est que du marketing » insiste Raphaël. « Il s’agit du meme produit, avec la même composition; mais les hommes ont besoin d’être rassurés, de conserver leur virilité. » De nos jours, les hommes ressentent la pression physique qui a toujours uniquement concerné les femmes. Mais les stéréotypes de genre n’ont jamais été aussi marqués. « Les femmes considérées aujourd’hui comme des modèles sont hyper féminines : regarde Kim Kardashian. » remarque Raphaël. « Et les hommes n’ont jamais autant pris soin de leur barbe ». Apres les années 90 où l’androgynie faisait fureur, les corps fins et dé-genrés s’estompent. Pour Raphaël, « on revient aujourd’hui à une opposition très marquée, les femmes biches et les hommes virils, et je suis certain que cela restera comme ça. » Raphaël se maquille tous les jours et les compliments fusent, sur les réseaux sociaux comme dans la réalité. S’il se fait souvent appeler Mademoiselle dans la rue (« Je préfère Mademoiselle à Madame, quand même »), les regards sont l’immense majorité du temps bienveillants.

 

« Tous les jours j’ai des sourires, des femmes qui viennent me voir pour me dire que je suis beau, que j’ai de l’art sur le visage. Un jour, un garçon a dit à sa copine « il est plus belle que toi » ! »

 

Lorsqu’on demande à Raphaël s’il a un conseil à donner aux jeunes garçons désireux de se maquiller mais trop timides pour se lancer, il répond avec beaucoup d’humour : « sois ce que tu as envie d’être, porte autant de maquillage que tu veux mais apprend à courir très vite ! » Ce à quoi il rajoute qu’il a toujours été le premier en sport dans son collège! « J’étais le premier garçon a porter un skinny dans mon collège, crois-moi que j’ai appris à courir vite! ». Les temps changent et la liberté d’être soi pourrait bien devenir une norme tout aussi acceptée que l’opposition homme-femme. Dégenrons-nous. La distinction entre les concepts de sexe, de genre et d’identité est encore un débat houleux mais qui progresse. L’humanité s’extirpe peu à peu de ses schémas et les identités auparavant bridées exultent. La féminité est un ensemble de codes, d’exigence et de beauté que chaque individu est libre de s’approprier. L’objectif étant que chacun puisse exprimer son identité, au-delà des normes imposées, dans une société prônant la bienveillance et le respect.

 

 

Par Reuben Attia

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