Twenty X Golden : Le couple fait-il encore rêver ?

Dans les locaux de Golden, douze twenties se sont retrouvés pour parler d’amour. L’amour en 2019, l’amour à vingt, trente, quarante ans, l’amour sous toutes ses formes. Un débat vif et animé, ici retranscrit.
08/05/2019

 

Il est 19h, installés en rond sur des canapés, les twenties se sourient et le débat va commencer. Les participant.e.s ne se connaissent pas nécessairement et la bienveillance est de rigueur.

 

« Aime t-on différemment en 2019 ? »

Pour l'un des membres de notre panel, « le sentiment reste le même mais le contexte qui entoure la relation a changé, on rencontre différemment par exemple. » Un autre nuance « aujourd’hui être célibataire, c’est assez mal vu. Dans les années 70, c’est le je libre qui l’emportait. Pour moi on est moins libre aujourd’hui » Et un troisième ajoute « D’ailleurs c’est mal vu parce qu’avec toutes les applis de rencontre qui existent, t’es presque nul si tu n’arrives pas à rencontrer quelqu’un ». Le débat part sur un constat mitigé. Pour une de nos Twenties, «  les choses ont  beaucoup évolué. Avant on se mariait parce que c’était obligatoire. Aujourd’hui on a des couples passionnels, qui durent moins longtemps mais les relations sont plus intenses » Pour un sujet aussi personnel que l’amour, chaque remarque est le fruit des experiences personnelles de chacun.

 

« Est-ce qu’on aime de la même façon à tous les âges ? »

Un de nos Twenties répond spontanément à la question. « A l’adolescence, on a des fantasmes et des projections et plus on grandit plus on fait le tri » Pour une autre, « qu’on soit adolescent ou non, à tous les âges de la vie on a ce sentiment » Et elle ajoute « on cherche à former une équipe, comme une colocation ++ ! » L’expression fait sourire les autres Twenties.

 

Le couple : quel le premier mot qui vous vient à son évocation ?

Les réponses s’enchainent mais chacun développe sa réflexion derriere le mot qu’il prononce. « Confiance » pour l'une, « parce qu’on ne peut rien construire sans. », « amour » pour une autre. « Je pense qu’il peut y avoir un couple sans confiance même si c’est compliqué». Une autre part « à contre courant » et répond « liberté » Mais est-ce qu'il y a une « dimension anxiogène ? Est-ce que le couple est toujours soumis aujourd'hui à la pression sociale et familiale dont parlait une de nos Twenties au début du débat ? Pour certains, oui mais pour d'autres, pas du tout. « Je n‘ai jamais ressenti de pression parce que je suis célibataire ». « Certains pensent que l’amour doit suivre une suite logique, je le ressens dans les films ou autour de moi ». Pour un de nos Twenties, cette pression est hétérocentrée, c’est-à-dire qu’elle cible les relations hétérosexuelles et plus précisément les filles. « Mes amies ressentent ça alors que mes amis hétérosexuels pas du tout. Cette pression existe et elle est sexiste. »

 

« Le couple fait-il selon encore rêver ? Qu'a t-on à y gagner ? Se vit-il forcément à deux ?

Les Twenties se regardent entre eux avant de prendre la parole. L'une explique que "le couple ne fait me pas rêver car j’ai l’habitude de découvrir de nouveaux corps. J’aime la nouveauté". "J’ai vécu avec quelqu’un et je pense encore à elle.s". Le couple ne fait donc apparemment pas rêver les Twenties. L'un d'entre eux confirme « On peut très bien s’en sortir en étant célibataire et l’amitié comble beaucoup. Je pars en vacances avec mes amis plutôt qu’avec un mec et ca me va très bien. »

 

Un couple, c’est uniquement deux personnes ?

« On peut vivre une relation, à deux, à trois, être un trouple mais je ne pourrai pas. » raconte une Twenty. Le mot « trouple » fait sourire les participant.e.s, preuve que la vision du couple reste duelle pour la majorité. L'un d'entre eux explique qu'il veut faire « la distinction entre désir et amour. Si je suis amoureux, je ne peux aimer qu’une personne mais je peux ressentir du désir pour d’autres sans forcément penser à le concrétiser. » Une autre complète : « Si je suis amoureuse, c’est un sentiment tellement fort que je ne pourrai pas éprouver le meme pour plusieurs personnes. » Cependant il y a des dissentions au sein du groupe. « Le sentiment et le désir sont complement liés. Si j’aime quelqu’un, je peux pas coucher avec un autre. » explique une participante. Une autre, pour qui le mot confiance évoquait le couple, explique qu’elle peut séduire d’autre garçons tout en étant en couple et que ça ne pose pas de problème. « Ca fait trois ans que je suis en couple. Je peux draguer en soirée et quand je rentre et que je retrouve mon mec, je sais que je plais à d’autres et que lui plait à d’autres et on s’aime encore plus. » Sur quoi un autre répond spontanément qu’il peut comprendre mais qu’il ne pourrait pas l’appliquer. « En théorie, je suis ouvert et pas jaloux, en pratique pas du tout. »

 

Si on trompe l’autre, faut-il lui dire ?

Pour une de nos Twenties la réponse est oui ! "mais je préfère qu’il me le dise avant".  Un autre explique : "Nous on s’autorise à faire des choses mais on se le cache », avant d'ajouter « je l’ai fait, elle l’a fait et elle est tombée amoureuse de l’autre. ». Enfin, un troisième Twenty souligne dimension érotique que peut revêtir la chose "Pour moi c’est de l’excitation et pour lui c’est un fantasme que je le fasse avec un autre, que je lui raconte". Ouvrir le couple et laisser l’autre libre serait un jeu dangereux si les règles ne sont pas préétablies, d’où les notions de contrat et de confiance évoquées par les Twenties au début.

 

Mais si les règles fixées parlent de fidélité ou non, quels sont les autres engagements qu’impliquent le couple aujourd’hui ?

« Netflix a apporté plein de problèmes » affirme une Twenty en souriant, et en faisant sourire tout le monde par la même occasion. « On vit et on imagine ensemble le truc et si l’autre a regardé un épisode sans toi c’est compliqué... » Pour une autre, « le couple implique des efforts et aujourd'hui ça se perd pour moi. Avec l’émergence des sites de rencontre, on perd la notion d’effort parce qu’au moindre obstacle on peut en trouver d’autres plus facilement. » Une Twenty lui répond qu’« à un moment il faut faire des efforts pour que la relation tienne. » Elle poursuit avec un exemple personnel : « Mon copain et moi rédigeons nos mémoires en ce moment et il travaille beaucoup. J’ai proposé qu’il prévoie une soirée dans la semaine pour qu’on puisse se voir parce qu’il gérait mal son temps. » Des efforts sont évidemment à fournir mais, d’une part, il ne doivent pas être subis et d’autre part, ils ne doivent pas venir à chaque fois de la même personne. Certains vont plus loin dans cette répartition des efforts, jusqu’à les comptabiliser. « Nous on a un contrat d’efforts. On note toutes les choses qui se sont faites et qu’on faire et on doit avoir un projet commun par mois. Une expo, un moment de partage. » Si les twenties réagissent en souriant gentiment, elle précise ensuite qu’il s’agit d’une relation à distance et que cela permet d’apporter plus de libertés par la suite. Un autre rebondit en expliquant qu’il « trouve ça très sain. On se concentre sur le fantasme normalement et je trouve très bien de ramener un peu de factuel » Mais il nuance : « il faut que les deux aient le même mode de vie pour que les efforts soient comparables. ».

 

De quoi le couple nous prive-t-il ?

Pour une Twenty, qui vit avec son copain et leur bébé, la privation peut se ressentir lorsqu’on comprend qu’il faut toujours rassurer l’autre. « Une responsabilité émotionnelle ».

 

L’espace territorial est-il facile à partager à Paris.

Une Twenty réagit : « A Toulouse on vit dans un 65m2 et chacun a son espace. A Paris on vit dans un 20m2 et c’est terrible de ne pas avoir d’espace à soi. ». Un autre confirme « Réduire l’espace réduit les libertés ». Une Twenty estime que c’est le fait de s’être installé avec son ex qui a détruit leur relation. « Si c’est intense dans 20 m2, t’en prends que 1. On serait surement encore ensemble si on s’était pas installé à Paris. » Pour les Twenties, on peut tout à fait être en couple sans vivre ensemble. L'un d'entre eux prend l’exemple de son père qui est en couple « avec une femme depuis 9 ans. Ils ne vivent pas ensemble et ils vont très bien. ». Pour une de nos Twenties, par contre, les deux vont ensemble. « Je ne pourrai pas ne pas vivre avec mon mec. Je suis très indépendante mais ile manquerait trop. » « Mais tu n’as pas peur de te lasser si tu l’as toujours sous la main? » lui demande un autre. « Non, il a des horaires compliqués et on est pas collé au quotidien. Et le weekend chacun fait son truc, aucune routine ne s’installe ».  Les Twenties semblent considérer le couple de manière factuelle et la vision onirique de l’amour dans tout ça ? Pour l'un d'entre eux, « le fantasme ne peut pas être viable sur un plan concret. Plus on a tendance à s’oublier dans le couple plus ça a des effets dévastateurs » Il ajoute qu’il faut, selon lui, « une vision idéalisée et la ramener sur un plan factuel pour que ce soit viable sur le long terme ». Une autre va plus loin. Pour elle, « il y a une vision unifiée dans la passion et on vit aujourd'hui une ère individualiste. Le « nous » peut être compliqué à comprendre et pour être une équipe, les deux ou plusieurs doivent être distincts. »

 

Le mariage a t-il encore un sens ?

Plusieurs paires d’yeux se lèvent vers le ciel. « Non, ça n’a plus de sens. » Pour l'une, c’est nuancé. « Mon mec a 20 ans de plus que moi et on a un bébé qui a le nom de son papa. J’ai parfois l’impression que je n’ai pas ma place en tant que mère vu que je ne porte pas son nom. » Et elle ajoute « et je n’ai pas trouvé de nom pour décrire mon mec mon mec ». X répond « si vous avez un enfant, c’est ton concubin. » « Mais c’est moche ! Je dis mon mari parce que c’est le terme le plus joli mais il est faux et je ne sais pas comment l’appeler. » Une autre prend l’exemple de ses parents qui ne sont pas mariés et qui s’appellent entre eux « mon mari, ma femme ». « On peut tout à fait être en couple sans se marier. »

 

Mais pourquoi est-ce que ça ne nous excite plus ?

Selon une Twenty, si un mariage sur deux finit en divorce ce n’est pas pour rien. « Avant c’était une symbolique, c’était pour la vie mais là plus du tout. » « C’est un truc ringard » renchérit une autre. « On a pas besoin de se marier pour s’aimer ». Une autre nuance la vision du mariage en ajoutant : « il y a toujours eu autant d’envies de divorces et le nombre de mariages réussis et ratés sont les memes aujourd'hui qu’avant. » Ce à quoi on lui répond : « on se lassait deja à l’époque mais on le montrait en couple et pas dans la vie publique. ». Mais le principal problème pour d'autres, c’est le fait que le mariage porte une vision très archaïque du couple. « Tu jures fidélité à vie alors que tu ne peux pas être sur. J’ai déjà entendu à l’église pendant un mariage « heureux l’homme qui a une femme qui sait se taire », et ce n’est pas possible. Une autre rajoute : « pourquoi ne pas inventer un autre rite? Pour célébrer la relation ou l’autre... »

 

Comment jugez-vous la place qu'occupe aujourd'hui la sexualité dans le couple ?

Silence parmi les Twenties qui se regardent.  Un premier prend la parole « Je ne couche plus. Ca n’a pas été un choix mais dans les faits, je constate que je n’ai rien fait depuis 10 mois. L’envie est parti mais mon sentiment est toujours là. Aujourd’hui je suis amoureux mais je n’ai plus de désir ». Il ajoute : « on peut faire des efforts au quotidien mais pas sur le plan de la sexualité. » Une autre rebondit : « pour moi c est indissociable. Je ne pourrai pas rester. » Les Twenties semblent s’accorder sur le fait qu’il y a toujours un rapport à soi lorsqu’on couche avec l’autre. Une affirme qu’ « on grandit avec le porno, avec la société sexualisée, mais si au début on reproduit ce qu’on voit, on le déconstruit ensuite. » Et la pression est comme toujours associée aux femmes. Une autre rappelle l’image popularisée de « l’homme qui a besoin de se vider. On nous apprend qu’il jouir pour que le couple soit heureux et on oublie nos besoins en tant que femme. » Cette image de l’homme qui a des besoins et la femmes des envies se retrouve confrontée à l’emergence des idées néo féministes. Une Twenty explique qu’avant, « la sexualité tournait autour du plaisir de l’homme et on ne connaissait pas le clitoris par exemple. » Elle ajoute que si la jouissance est mécanique pour les hommes, elle l’est aussi pour les femmes. « La sexualité des femmes est niée et mystifiée. On apprend que c’est plus compliquée pour les filles que pour les garçons alors que c’est une autre mécanique » Cette mystification vient des médias selon certains de la société et de l’éducation selon d'autres. « Pour moi le clitoris, il y a encore quelques mois, c’était juste un petit bouton. On ne nous apprend pas qu’on peut en parler doc on on l’apprend pas pour nous-memes. De mes 16 à 22 ans j’ai eu deux orgasmes parce que je ne parlais pas de mes envies. » On parle plus aujourd’hui de la sexualité féminine (merci Instagram) mais si les discours sont pluriels, ils restent encore insuffisants. Pour une Twenty, « beaucoup de femmes ont une vision occulte de leur corps mais ça avance très vite et ça devient facile de s’auto- éduquer. Le problème c’est pour les garçons. » Un dernier conclut en résumant : « Un bon partenaire c’est quelqu’un qui est à l’écoute du plaisir : réciprocité et réceptivité. »

 

Oser parler, de soi et de son rapport à soi. Faire en sorte que la parole se libère et que la sexualité, féminine entre autre, ne soit ni un tabou ni un sujet risible : merci Golden et merci Twenty.

 

 

Par Reuben Attia

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