Computer Grrrls : quand technologie et féminisme ne font qu’un

Du 14 mars au 14 juillet 2019, l’exposition Computer Grrrls s’invite à la Gaîté Lyrique. À travers différentes activités et un parcours participatif, vingt-trois artistes et collectifs revisitent la technologie par un prisme féministe. Un beau programme..
26/04/2019

 

 

 

 

 

Depuis le 14 mars 2019, des visiteurs s’engouffrent à l’intérieur de la Gaîté Lyrique pour découvrir une exposition originale et novatrice. Vingt-trois artistes et collectifs internationaux — majoritairement des femmes — explorent et révèlent le rôle trop méconnu des femmes dans l’informatique, depuis ses balbutiements jusqu’à aujourd’hui. Le panneau qui fait face aux visiteurs à l’entrée explique d’emblée que le titre de l’exposition fait référence à un article publié dans le magazine Cosmopolitan en avril 1957. Cet article décrivait le milieu de l’informatique comme un secteur favorable aux femmes, alors que la profession commençait d’ores et déjà à se masculiniser. En s’appropriant des technologies anciennes (la stéréoscopie par exemple) ou modernes (les visiteurs sont invités à utiliser un casque de réalité virtuelle), les artistes et collectifs dévoilent les liens étroits qu’entretiennent femmes et machines.

Le parcours est façonné de manière à ne rien laisser au hasard. Dès le début, le visiteur a la possibilité de s’isoler dans une petite salle où une vidéo proposant de l’ASMR — Autonomous Sensory Meridian Response — est projetée (misophones s’abstenir !). Une fois pleinement entré dans l’exposition, une frise chronologique a pour but de rappeler quels ont été les temps forts de l’informatique et quel rôle les femmes ont joué dans ces avancées technologiques. Quelques affiches constituent même un petit manuel de vocabulaire si l’on s’y penche d’un peu plus près : « cyberféministe », ou encore « cyborg » sont explicités et replacés dans leur contexte originel. Puis, ce sont des vidéos colorées qui se présentent : rose, violet, orange, bleu, les couleurs frappent aussi fort que les vidéos en elles-mêmes. Humoristiques, psychédéliques, expérimentales, les installations explorent toutes les facettes de la technologie en mettant en avant les figures féminines.

Dans une petite salle plongée dans le noir, le travail artistique de Caroline Martel « Le fantôme de l’opératrice » est diffusé. Le spectateur remonte aux origines de la téléphonie, guidé par la voix d’une opératrice qui chuchote son histoire. Le documentaire de soixante-cinq minutes questionne le rôle de la voix féminine aux heures de la technologie. Ici, Simone C. Niquille présente « The fragility of life », qui mêle une installation vidéo et des gonflables. Là, Zach Blas et Jemima Wyman présentent « I’m here to learn so :)))))) », une installation vidéo où ils redonnent la parole à Tay (un programme informatique de Microsoft qui simule une conversation textuelle). Plus loin, le visiteur est totalement plongé en immersion dans un décor futuriste grâce à « NeuroSpeculative AfroFeminism » de Hyphen-Labs, une installation en réalité virtuelle de quatre minutes. Au premier étage, l’installation interactive « Wikifémia - le réseau des Computer Grrrls » de Roberte La Rousse propose de contrer le sexisme intégré dans la langue française en invitant le visiteur à une navigation d’article en article sur Wikipédia, grâce à des mots clés.

Mais ce ne sont pas les seules créations proposées par l’exposition. En effet, des week-ends sont consacrés à des séries de performances, de rencontres, d’ateliers ou même de concerts. De la lutte contre les biais sexistes du langage à la femme mécanique, en passant par la découverte des mouvements techno-féministes, Computer Grrrls propose de nombreuses activités à la fois enrichissantes et pédagogiques. À travers tous ces supports, l’exposition — dont les oeuvres sont uniquement contemporaines — revisite un pan de l’histoire trop méconnu et change les récits dominants sur les technologies, considérées encore comme masculines. Rendez-vous à la Gaîté Lyrique jusqu’au 14 juillet 2019 pour s’immerger dans une exposition hybride où les femmes réinventent un univers techno-féministe.

 

Par Kenza Helal--Hocke

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