J.K Rowling : quand la magie ne prend plus.

Après le triomphe du premier volet de cette nouvelle saga signée par la maman d’Harry Potter, Norbert Dragonneau et sa clique sont de retour pour un second volet qui ne parvient jamais à combler les défauts du premier volet. Décryptage.
12/12/2018

 

  • L’héritage écrasant

 

Les Animaux fantastiques ou Vie et habitat des animaux fantastiques est à l’origine un court répertoire conçu en 2001 par Rowling au profit de l’association humanitaire Comic Relief, référençant toutes les créatures magiques de la saga Harry Potter ainsi que quelques inédites. À l’instar du manuel, Le Quidditch à travers les âges, conçu pour le même motif, il est présenté comme un manuel de cours pour les élèves sorciers de Poudlard. Écrit par Norbert Dragonneau, magizoologiste (spécialiste des créatures magiques) de renom, ce manuel s’échine à recenser toutes les créatures magiques, leurs provenances, leur caractéristiques et prodigue des conseils sur la manière de s’en occuper. Bref pas les prémices les plus excitants pour faire un film.

 

C’est là tout le problème de cette nouvelle franchise, qui ne répond pas à un besoin aventureux de continuer à étendre le monde magique crée par l’auteure anglaise mais plutôt à un besoin impérieux des studios de ne pas perdre la poule aux œufs d’or qu’est devenu le Potterverse. À l’heure où Star Wars devient un rendez-vous quasi annuel programmé par le tentaculaire Disney, le monde des sorciers se voit lui aussi dans l’obligation de s’étirer jusqu’à épuisement pour contenter la génération qui l’a adoubé et en a fait sa madeleine mais également pour conquérir un public toujours plus jeune.

 

 

Les Animaux Fantastiques n’est pas Harry Potter, c’est ce que cette amorce de franchise tente de nous marteler, malheureusement, elle n’arrive jamais à s’affranchir de ses origines imposantes et transgénérationnelles. Les films, en particulier ce nouvel opus, qui délaisse le New York de la prohibition et de F. Scott Fitzgerald du précédent, pour se déplacer vers le vieux continent en s’installant dans le Paris des années folles d’entre deux guerres et ne cesse de s’alourdir avec des références à Harry Potter.

 

Si le premier avait au moins l’audace d’explorer un territoire inconnu, promettant l’expansion d’un monde dont on était déjà familier, ce volet retourne aux sources pour nous conforter dans nos souvenirs de jeune lecteur/spectateur. Ainsi pendant plus de deux heures on nous propose un ballet disgracieux et incessant de lieux communs vidés de leur substance et leur magie. A l’image de cette bancale séquence à Poudlard où le passé commun des frères Dragonneau et de Leta Lestrange tente de se raccrocher aux grandes heures de la saga potterienne en évoquant le film le plus abouti et le plus total Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban, lors d’une invocation d’épouvantard.

 

Le pillage se poursuit quand de nombreux personnages historiques font leur apparition. On assiste médusé à une rencontre impromptue et superflue avec l’alchimiste Nicolas Flamel, détenteur de la convoitée Pierre Philosophale, motif principal de la quête du premier Harry Potter. La composition de la bande originale du film n’est-elle non plus pas épargnée puisqu’elle profite des allers-retours vers Poudlard pour dégainer le thème musical composé par John Williams.

 

Aucune chance de création et de respiration n’est donnée au monde de Norbert et ses compagnons, malgré quelques scènes oniriques avec ces fameuses créatures fantastiques qui sont certes dans le titre mais très peu à l’écran. L’emploi à tort et à travers de la caution Potter perd le film et ne sert qu’à couvrir le désastre structurel et scénaristique qu’est Les Crimes de Grindelwald. Ce naufrage s’explique surement par l’omniprésence de l’auteure sur ces nouvelles aventures.

 

  • Le problème J.K Rowling

 

Il semble inutile de le rappeler mais J.K Rowling est romancière et non scénariste, ce léger détail fait cependant toute la différence. Bien qu’elle ait crée un monde incroyable et des aventures épiques, en prenant soin du détail et en mettant sa facétie au service de son monde des sorciers, les films Harry Potter lorsqu’ils ont été adaptés, ont bénéficié chacun du travail de réécriture d’un scénariste de cinéma permettant une transition généralement réussie entre roman et film. On ne remerciera jamais assez le scénariste américain Steven Kloves qui a travaillé sur quasiment tous les films à l’exception du cinquième (scénarisé par Michael Goldenberg) pour le travail titanesque effectué.

 

Les Animaux Fantastiques ne créditent que Rowling en scénariste originale. Son travail aussi recherché et ambitieux qu’il soit ne dépasse jamais l’étape d’esquisse, qu’elle applique à ces nouveaux films. On se retrouve alors avec un film choral boiteux où l’anecdotique prime sur la structure. Rowling s’accroche à son style, travaillant des détails pleins de magie mais mettant de côté le squelette de son récit. Résultat : rien ne tiens et on assiste pantois à un carambolage de personnages et de situations sans queue ni tête, saupoudré d’une esthétique plate et d’une CGI triste.

Si le problème majeur du premier volet était son incapacité à trouver un sujet à exploiter, celui-ci souffre d’un trop plein de sujets et de personnages. Rowling ne sait pas écrire cinématographiquement et les diverses motivations de ses incarnations manichéennes et antédiluviennes du Bien et du Mal finissent par en pâtir.

 

La transition est si difficile que lorsqu’on reprend abruptement notre récit et qu’on retrouve nos personnages, on se rend compte qu’afin de démarrer ce deuxième volet on a maladroitement tenté de gommer les faiblesses du premier opus. Exemple : l’effacement de mémoire du moldu Jacob Kowalski, ici artificiellement guéri et de sa relation prohibée avec la sorcière américaine Queenie Goldstein ; relation ici aussi artificielle et incompréhensible.

 

Rowling tente de faire de Gellert Grindelwald son nouveau Voldemort, lui opposant pour l’occasion ; encore une fois, Albus Dumbledore figure potterienne définitive de la noblesse, de la résilience, du savoir et mentor excentrique devant l’éternel. Fait curieux, alors qu’elle avait confirmé il y a quelques années l’homosexualité de ce personnage phare, elle fait des manières lorsqu’il s’agit de traiter de sa relation charnelle avec le Grindelwald en question, au lieu d’ajouter une couche épique et romanesque à leur combat idéologique divergent, elle se contente frileuse, de qualifier le passionnel pacte de sang en promesse fraternelle et non pas en acte amoureux total de destruction mutuelle assurée.

 

C’est assurément d'un souffle épique que manque cette franchise qui, avançant à tâtons, n’avait pas prévu son plan sur le long terme pour s'étendre sur cinq films. Cette hésitation se traduit dans les choix déjà effectué notamment lors du traitement des personnages, de leurs motivations et de leurs quêtes.

 

 

  • Franchise en demi-teinte

 

Déjà bien entamées, les aventures de Norbert Dragonneau n’ont rien d’un long fleuve tranquille où la formule de la quête progressive du héros nous permettrait épisode par épisode et palier par palier d’enrichir son parcours et ses péripéties avant l’objectif final.

 

Le premier volet ne remplissait pas ce contrat et se lisait plutôt comme une longue exposition ; à grand renfort de déambulation magique dans New York, permettant au spectateur de se repérer dans un monde autre, sans toutefois y parvenir. Ce deuxième volet, lui se range brutalement du côté de ce modèle et propose un nouveau combat entre Bien et Mal lesté d’un scénario relevant plus du micmac à tiroir alambiqué que de l’épopée magique. Si le mal est lisible et incarné par Grindelwald et ses sbires, le Bien nous donne plus de fil à retordre.

 

Norbert Dragonneau, annoncé comme le nouveau protagoniste principal, n’est aux dires du studio pas garanti de revenir sur les prochains volets ou du moins pas en tant que figure principale. La faute surement à la représentation atypique du héros qu’incarne Norbert, qui n’est ni l’Élu prophétique supposé vaincre le Mal ni un protagoniste masculin forte tête et charmeur. Norbert incarne un héroïsme tranquille, attentionné et humble qui préfère communiquer avec ses créatures plutôt que de s’intégrer à un monde qu’il juge hostile et intolérant. Norbert n’est pas un sauveur, il est un guérisseur discret et patient. Norbert Dragonneau n’est pas Harry Potter, et c’est essentiel, il représente à lui seul l’opportunité d’une nouvelle direction et la possibilité d’un protagoniste masculin adulte qui ne serait ni façonné par la douleur, ni par la vengeance.

 

Au lieu de se concentrer sur ces possibilités entre-ouvertes par la magizoologiste, Rowling et David Yates (qui réalisait déjà les quatre derniers volets de Harry Potter), préfèrent préparer son éventuelle sortie en faisant apparaitre une foule de personnages secondaires, dont Thésée Dragonneau, le frère de Norbert, personnage masculin de facture plus classique guidé par un compas moral moins flou et des aspirations plus « héroïques ».

 

La cartographie de ce « nouveau » monde aurait pu satisfaire par son coté rétro mais l’Europe d’entre-deux guerres reliant inlassablement Paris à Londres, n’offre que des coins d’univers, on découvre à la dérobée un caveau secret au sein du Pierre Lachaise, un ministère de la magie Français très Art Nouveau, ou des ruelles très BBC de Londres. Curieusement les sorciers possèdent eux aussi des freak- shows, où ils peuvent observer des créatures animales magiques mais aussi des êtres métamorphes et autres animagus, alors que New York dévoilait d’un geste de baguette sa contreculture au moyen d’une séquence de rendez-vous louche dans un speakeasy, Londres et surtout Paris ne profitent pas de ce léger parfum transgressif. Dommage.

 

 

Alors qu’ils auraient pu assumer une franchise bâtie sur un château de cartes en proposant des films plus contemplatifs, moins répétitifs ou créer une sorte d’anthologie indépendante autour de ce recueil de créatures magiques, Yates et Rowling auront privilégiés la sureté de la rentabilité à la surprise, préservant leur œuvre d’un nouveau souffle et leur public d’une étincelle de magie.

 

Lisa Durand

 

 

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