Le top ciné de 2018 : amour toujours

Meurtrier, masochiste ou perdu, l'amour était partout cette année sur le grand écran, contrastant élégamment avec une réalité toujours moins romantique. Voici notre top 10 des plus belles déclarations cinématographiques de l'année.
31/12/2018

 

 

De l’amour, il en aura beaucoup été question cette année. Le cinéma et l’amour sont évidemment deux thèmes immémoriaux et intimement liés, il n’empêche qu’en regardant notre liste et rétrospectivement cette année cinématographique, on se rend compte que malgré les difficultés et l’état changeant et fourmillant du monde, l’amour parvient toujours à s’insinuer dans les coins les plus reculés et les plus secrets de nos mondes. Qu’il soit meurtrier comme dans Burning, où éternel et masochiste comme dans Phantom Thread ou Cold War, l’amour est irrévocablement présent dans les chemins obsessionnels que retrace Sam dans Under The Silver Lake où dans les doutes d’Elio prodige musical adolescent et arrogant, surpris par cette nouvelle variable imprévue. L’amour sous toutes ses formes se glisse dans nos imaginaires et donne à cette année 2018 ces fières couleurs. On est impatient de découvrir ce que 2019 nous réserve.

 

1) Call Me By Your Name

Les années 80,quelques part dans le nord de l’Italie, c’est ainsi que s’amorce la solaire romance du jeune Elio et de l’étudiant Oliver. Luca Guadagnino convainc enfin avec un film généreux et chaleureux, où habile il retranscrit les écrits de l’auteur André Aciman avec l’aide du scénariste James Ivory (Howards End) mais surtout où il arrive avec recréer un été méditerranéen caniculaire et poisseux presque palpable permettant à un premier amour renversant d’éclore. La bande son est un tube de l’été gracieux s’offrant un savant mélange de hits eighties, de morceaux classiques et de la voix mélancolique de Sufjan Stevens.On peut compter sur les performances solides et inoubliables d’Armie Hammer et de Timothée Chalamet ; la révélation de l’année. Le film recèle la plus belle scène de l’année où le sobre et immensément juste Michael Stulbarg offre à Timothée Chalamet ; son fils de fiction, un grand moment de tendresse, de conseils et d’acceptation. Sortez vos mouchoirs.

 

 

2) Cold War

Pawel Pawlikowski revient après le succès du glacé Ida avec Cold War, un conte froid et sensuel traçant l’itinéraire d’une histoire d’amour passionnel et absolue sous le régime de la Pologne soviétique. De Varsovie à Paris, le musicien et la chanteuse vont s’aimer,s’ébattre, se déchirer et se retrouver dans un chatoyant noir et blanc, sublimant les peines et les péripéties de ces Roméo & Juliette polonais de la seconde moitié du XX ème siècle. Le film s’offre même l’incandescence et le l’œil malin de la somptueuse Jeanne Balibar en poétesse/traductrice et amante française. Sublime.

 

3) Phantom Thread

L’amour passionnel et intransigeant est lui aussi la pièce maîtresse du dernier long-métrage du virtuose Paul Thomas Anderson, annoncé comme le dernier film de la carrière de l’iconique et discret Daniel Day-Lewis. Rien ne dépasse chez P.T.Anderson produisant un film dense à première vue très académique mais d’une complexité amoureuse et relationnelle ardue et ardente. Entre le minutieux et vieilllissant couturier Reynolds Woodcock et sa vigoureuse muse, le calme succède inévitablement à la tempête comme l’aiguille invisible qui maintient l’équilibre de l’ourlet et se rappelle douloureusement à nous lors d’un mouvement maladroit. Tout n’est que psychologie insidieuse et domination discrète mais retorse. On se souviendra surtout du grand couturier qui superstitieux et précis glisse des petits mots porte-bonheur dans la doublure des vêtements de ces riches clientes et d’Alma prenant un malin plaisir à les retirer.

 

4) Burning

Adapté d’un roman d’Haruki Murakami (Les Granges Brûlées) , Burning s’intéresse lui à un trio composé de deux jeunes gens issu de la classe populaire coréenne, amis d’enfance et amants, mais aussi à un jeune yuppie qui vient semer le trouble dans ce couple fragile pour le plaisir du jeu et de la possession. S’engage alors un lent combat lorsque que la jeune femme, sujet de toutes les affections, disparaît soudainement. Lee-Chang Dong livre un éprouvant duel à la beauté lancinante servi par un trio d’acteur superbes (Steven Yeun,Yoo-Ah In et Jeon Jung-Seo) et à la mise en scène discrète, impeccable et renversante où la Corée rurale et populaire se heurte violemment à la modernité de la Corée gentrifiée et mondialisée.

 

5) Plaire, aimer et courir vite

Christophe Honoré choisit pour son nouveau film de se replonger dans ces souvenirs de jeunesse, du temps où l’étudiant breton découvrait la capitale. De ces souvenirs il tire une histoire d’amour mortifère et fondatrice, où un jeune étudiant rennais découvre le grand amour dans les bras d’un écrivain parisien désabusé et atteint du Sida. Il crée ainsi un amour à contre-temps où la jeunesse embrasse la mort et où la fatalité peut s’offrir des étreintes de vitalité. Honoré offre en écrin à leurs pérégrinations amoureuses la ville de Paris, qu’il avait déjà sublimé il y a plus de dix ans dans le culte, Les Chansons d’Amours ; personne n’a filmé Paris comme le générique des Chansons d’Amour. Paris est mélancolique, elle est bleue, elle est tendre et moite et offre à Vincent Lacoste la parfaite chrysalide, où autour de Pierre Deladonchamps et Denis Podalydès il peut s’épanouir et grandir même devant l’éternité de la mort. Déchirant.

 

6) How to talk to girls at parties

Ovni visuel et sensoriel, le nouveau film de John Cameron Mitchell s’offre quelques jours dans une banlieue anglaise des années punk, où le jeune Enn fait la connaissance de Zan, une entité alien millénaire à la recherche de sens. De cette trame farfelue se tisse un film incroyable d’ingéniosité et de liberté où les punks vont face aux aliens. La toujours impeccable Elle Fanning prouve d’une voix tonitruante qu’elle fait définitivement parti de valeurs sures de sa génération. La vétérante Nicole Kidman n’est pas en reste en leader punk maternelle et désaxée mi-Cruella mi-Siouxsie Sioux.

 

7) High Life

Le choc de l’année vient lui d’une réalisatrice septuagénaire mais l’inventivité et la maîtrise faisant pâlir ces cadets. Claire Denis s’empare pour High Life de la vie dans l’espace, plus exactement celle d’une vaisseau carcéral composé de prisonniers dans le couloir de la mort qui ont troqués les barreaux contre une mission créatrice et reproductrice dans l’inconnu de la galaxie. Robert Pattinson prouve un an après Good Time sa carrure et son aptitude d’acteur central alors qu’hypnotisé on le suit dans ces déambulations spartiates et répétitives. Juliette Binoche, toujours solaire, n’est pas en reste en médecin balafré et sensuel affublé d’une crinière de sorcière érotique.

 

8 ) Dogman

Matteo Garrone continue d’explorer l’Italie du Sud après Gomorra et Reality , dressant le portrait attachant et d’une rare violence d’un toiletteur pour chien naïf. Coincé dans une ville désolée au bord d’une mer aux allures apocalyptiques Garrone installe un cruel petit théâtre où le simplet grand guignol se heurte aux autres et surtout à Leone ; sorte de caïd du coin aux faux airs de De Niro période Raging Bull. Le film est illuminé par la présence incroyable du chétif et exorbité Marcello Fonte en toiletteur loyal et aimant.

 

9) Under the Silver Lake

David Robert Mitchell offre le puzzle de l’année dans le cramé et nostalgique Under The Silver Lake suivant les aventures hallucinées d’un trentenaire adulescent, le toujours brillant et attachant Andrew Garfield. On y suit les pérégrinations de Sam dans le quartier éponyme de Los Angeles où sur les traces d’un ersatz de Marilyn Monroe dont il s’est épris, il remonte les pistes farfelues et irréelles que proposent ce Los Angeles baigné de cinéma et d’une mythologie américaine. Le sommet méta du film, une rencontre presque kubrickienne avec un musicien sans âge et sans limite. La bande originale très hitchcockienne ne fait qu’ajouter du mystère à ce curieux objet.

 

10 ) Ladybird

Appelez-là Ladybird. Pour son premier film l’énergique Greta Gerwig nous replonge au début des années 2000, nous proposant un film d’apprentissage à l’héroïne déterminée et excentrique (lumineuse Saoirse Ronan). Ladybird nous rappelle aux grandes ou ridicules heures de notre adolescence avec une spontanéité et une tendresse infinie. Outre les relations qu’elle tisse avec ses camarades, celle qui est la plus centrale à démêler est celle, orageuse, que l’adolescente entretient avec sa mère (impressionnante Laurie Metcalf) . Gerwig tire dans le mille avec un récit facétieux et intemporel. All hail Ladybird.

 

+ Spider-Man : New Generation

Le bonus de l’année revient aisément à ce nouvel opus de Spider-Man prouvant que l’homme araignée à enfin trouvé le format lui rendant totalement justice : le cinéma d’animation. Cette grâce trouvée, le spectateur peut s’émerveiller du New-York vertigineux et chatoyant conçu pour le premier film mettant en scène Miles Morales, un adolescent afro-latino américain (crée en 2011 et inspiré d’un mélange entre Barack Obama et Childish Gambino) et version récente de Spider-Man. Là où les films Marvel s’échinent depuis plus de dix ans, à créer un multiverse tangible et compréhensible, Spider-Man:New Generation réussit la prouesse en un film et moins de deux heures faisant cohabiter de manière ludique les mondes parallèles de Miles Morales, Peter.B.Parker, Gwen Stacy, Spider-Man Noir, Spider-Ham et Peni Parker dans un exceptionnel ballet d’explosion et de malice. Stan Lee peut reposer en paix, son personnage préféré à encore de beaux jours devant lui. Excelsior !

 

Par Lisa Durand.

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