Quête de liberté et autostop

Norvège, Italie, Danemark... En trois ans, Maoris a parcouru plus de 40.000 kilomètres juste en levant son pouce. Si, si...
28/02/2017

 

 

 

Bonjour, je vais vous raconter ma vie, enfin une partie... juste une petite partie.

 

Mon histoire c’est celle d’un jeune homme qui ne trouvait pas son épanouissement dans le système éducatif. Au début, j’ai cru pouvoir trouver mon épanouissement en entrant à l’université, étudier les sciences politiques, l’histoire, la géopolitique, au final je me retrouve en Histoire à faire des exposés sur les migrations des verriers italiens au XVe siècle...puis rapidement j’ai changé de filière, pour aller en Géographie mais ça n’a pas eu l’effet escompté, je continuais à rater les cours, et à préférer mon lit au banc d’amphi.

Puis, un beau jour, en avril 2015, j’ai dit stop, et j’ai fait le choix de vivre mes rêves. L’émotion que j’ai ressenti, c’était un grand calme, le même genre de sérénité que tu ressens quand tu dépasses des contrôleurs RATP sans avoir de ticket. Ainsi ma vie pouvait commencer.

Quelques jours plus tard, je regarde ce film de David Lynch « Une histoire vraie », qui raconte le road-trip d’un vieillard juché sur son tracteur-tondeuse à travers les Etats-Unis. Dans ma tête, c’était clair, je ne partirais pas en tondeuse, mais je partirais avec mon baluchon, à pieds de préférence.

 

Et donc, depuis trois ans que je voyage quasi exclusivement en stop, j’ai parcouru 40 000 kilomètres en Espagne, Italie, Suisse, Belgique, Islande, Allemagne, Pologne, Danemark, Suède et Norvège. Au départ, je n’avais pas la vocation à déambuler à travers l'Europe, c’est par un concours de circonstances que je me suis retrouvé à faire ça.

Tout à plus ou moins commencé en 2014. Mon frère venait de faire Paris-Florence en stop. Et je me suis dit, "si lui l’a fait, pourquoi pas moi ?". Alors, en août 2014, je me suis lancé. Je devais quitter Aurillac pour rentrer à Paris. J’ai alors choisi de faire du stop. Après deux heures d’attente, des pompiers s’arrêtent et me prennent. Le coin est magnifique, on file en direction de Clermont-Ferrand. On me dépose sur un échangeur d’autoroute, la nuit tombe, on ne voit plus mon panneau, mais j’ai confiance, là une voiture s’arrête, bienvenue dans la caisse de Mr Dupond et Dupont, l’un parle et l’autre acquiesce. Je peux vous le dire, j’ai bien ri à l’arrière, on rencontre parfois de ces personnes...j’vous jure ! Le trajet se passe, ils me déposent sur une bretelle à Clermont-Ferrand. Là j’attends, oui, bien deux heures, on me propose deux fois l’hospitalité, mais trop têtu je veux rentrer sur Paris. Il est 23h, j’en peux plus, j’arrête une voiture, je demande à la demoiselle si elle peut me déposer sur le péage, elle accepte, elle rallonge son trajet à cause de moi, je me sens un peu coupable...

Au péage, encore et toujours, la patience s’impose. Des voitures ? Oui il y en a. Des voitures qui s’arrêtent ? Pas trop non. J'en trouve enfin une mais il faut faire de la place car, dedans, il y a un bordel pas possible, comme votre salon post nouvel an. Je comprends vite que je suis tombé sur quelqu’un d’intriguant. Elle a à peine 30 ans et bosse dans l’import-export en Chine pour se sortir de la banlieue. Elle a fait le tour du monde et visité Cuba, la Malaisie, la Thaïlande, etc.… Elle adore les grosses voitures, et roule très vite. Néanmoins, elle vient juste de vendre sa Mercedes et nous voilà dans une Clio qui n’avance pas à vive allure.

Arrivé à proximité de Paris, je perds ma bonne humeur, madame ne s’arrête pas à Paris mais à Evry. Il est 2h du matin et me voici catapulté en pleine cambrousse ! Je vois cinq voitures garées à la station-service. Ouf ! Mais cinq minutes plus tard, personne ne va à Paris, et me voilà seul moi et la machine à soupe. Je pose mon sac prêt à passer la nuit ici, sous le regard des allogènes. Mais que vois-je ?! Une voiture arrive, baisse sa vitre, et le jeune homme m’invite à monter. Tout à l’heure, je lui ai demandé mais il a eu peur. Il a réfléchi, a vu l’heure, et a fait demi-tour. Voilà un jeune homme qui a fait lui aussi des treks en Amérique du sud, en Amazonie, je comprends très vite qu’il est homo, son père le rejette, la discussion tourne autour du voyage, j’apprends que le Mexique c’est dangereux, mais que les gens sont vraiment sympathiques.

Arrivé sur Paris, il me dépose en bas de chez moi.

 

 

Mais pourquoi ? Pourquoi je fais ça, pourquoi je m’inflige ça ?

Ce qui m’anime vraiment, c’est la route de nuit, la route sous les étoiles où les sons sont étouffés, les chuchotements de mise, ces moments où, bien au chaud, dans votre manteau, la voiture ou le camion roule, avance, en pleine nuit, votre corps est détendu, le bruit du moteur vous berce, la destination vous est connu. Alors vous n’avez plus qu’une seule chose à faire ; rêvasser, vous perdre dans votre imaginaire, ne faire qu’un avec la route, oubliez qui vous êtes pour vous fondre dans le mouvement, pour revenir à notre essence profonde de nomade, de plusieurs millénaires de vies humaines placées sous le signe du mouvement. Nous sommes des nomades, faits pour bouger, pas des arbres ni des insectes, non, bien des mammifères nomades.

 

 

De plus, pour connaître un pays, les livres d’histoires et de géographie ne sont que des informations. Si vous voulez connaître la vie des gens, à travers leurs subjectivités, d’une manière, non pas globale mais par le prisme des individus. Pourquoi tu es là, pourquoi tu fais ça ? Comment vois-tu le monde ? Qu’as-tu accompli ? Et puis, si vous souhaitez comme moi apprendre des langues sans effort, en s’amusant, apprendre par la rencontre, non pas dans des livres poussiéreux, mais à travers le vécu de chaque personne que vous croiserez.

Vous voulez connaître la Pologne ? Ouvrez la page Wikipédia, vous n’aurez que des mots. Si vous voulez sentir, toucher, voir, entendre, la Pologne, il va vous falloir bouger vos petites fesses.

 

 

J’ai fait de magnifiques rencontres, de ces personnes qui vous font grandir, qui vous ouvrent des portes vers d’autres réalités. Vous n’avez qu’une envie, reproduire ce que vous avez vu, et retendre la main qu’on vous a tendu. Et grâce à eux, vous oubliez toutes les personnes qui sombrent dans la peur, qui ne vous adressent pas un regard.

 

 

Par Maoris Derousseaux, explorateur des comportements sociaux en terre européenne. Spécialiste du pouce levé.

 

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