It Comes At Night : l'horreur avec subtilité

Famille, mort et paranoïa sont au cœur de ce très beau long-métrage d’épouvante indé à la frontière de l’étrange.
20/06/2017

 

 

Une porte rouge, une forêt dense perdu au milieu d’une Amérique rurale, un corps de patriarche décharné et marqué, une famille froide et méthodique dans l’exercice de la mort voire même de la survie. C’est avec ces quelques éléments mystérieux que le film s’ouvre à nous dans une scène mortuaire clinique et abrupte. Le vieil homme euthanasié car contaminé par un mal inconnu ; et donc terrifiant, n’est autre que le grand-père de la famille qui nous accompagnera le temps du récit, composée d’un couple mixte, Paul et Sarah (Joel Edgerton et Carmen Ejogo) et de leur fils adolescent métis, Travis (joué par Kelvin Harrison Jr.).

 

D’abord confronté aux mécanismes quotidiens mis en place pour préserver la survie et la vie de famille dans un environnement rude et coupé du monde, le film nous amène progressivement vers une réflexion plus humaine que le style horrifique du huis-clos et du home invasion movie qu’on avait superficiellement prédit. Cet élément déclencheur se fait en la personne d’un inconnu essayant lui aussi de survivre et pris en otage par notre famille. L’inconnu, se révèle être également un père de famille.

 

La famille, le vrai thème du film. Problématique fondatrice du film américain, la famille qu’on quitte, qu’on subit et surtout qu’on se construit. Cette famille qui attendrit et humanise permettant à nos deux familles de se donner une chance de cohabiter et de recréer un semblant de société civilisé au milieu d’une post-apocalypse sans visage. Cette famille qui régit le fragile équilibre entre entraide et survie et entre confiance et paranoïa. Le personnage de redneck de Joel Edgerton par sa personnalité terrienne et revêche le fera remarquer à son fils « On ne peut faire confiance qu’à sa famille ». Les liens du sang sont donc plus forts que tout.

 

 

Ces liens du sang qui avait été bafoués au début du film par la peur de la contagion. Ce sang qui ne cessera de couler et de hanter Travis, personnage central du film, pétri de cauchemars et de visions hallucinatoires à caractère plus ou moins prémonitoires. C’est lui , l’insomniaque qui hante les couloirs de la cabane au fond des bois , lui en pleine puberté qui épie sans être vu , lui qui espère reconnecter le lien perdu d’une famille rongée par la peur et la paranoïa ,grâce à l’arrivée d’une autre famille permettant peut-être l’avènement d’une nouvelle structure familiale.

 

La peur n’est ici pas seulement affaire de fantômes en colère et de maison hantée. Le mal invisible qui gangrène et pourrit le corps n’est finalement que l’expression fantasmagorique visuelle des maux d’une famille brisée par la mort, l’ostracisme et la peur de l’autre. L’homme traqué et apeuré n’hésite pas à recourir à des méthodes cruelles pour se préserver, même de ses semblables. La peur qui fait allègrement sauter les carcans codifiés de la société puisqu’elle semble les diriger en temps de crise. La famille passe de cocon sécuritaire à berceau irréversible de la mort et de la douleur.

 

Cette crispante et virtuose étude de la nature humaine permet de pallier à la partie épouvante non résolu dans le dernier quart du film. Drôle d’objet qui alterne de façon traumatique entre la douceur et l’âpreté, la violence frontale et la violence psychique ainsi que la sauvagerie et la mélancolie. Pas besoin d’une surenchère d’effets quand on arrive à atteindre l’empathie dans l’atmosphère oppressante et cartographiée d’une maison coupée du monde en pleine forêt se chargeant soigneusement de nous faire douter de l’homme et de ses instincts, le tout servi à l’intérieur d’un astucieux et esthétique mélodrame horrifique à l’imaginaire fertile.

 

It Comes At Night , réalisé par Trey Edward Shults (1h37), actuellement en salle

 

Par Lisa Durand, 23 ans, qui adore se promener dans les bois

Rechercher

×