DOWNSIZING : chérie, j'ai rétréci nos vies

Se faire rétrécir par un procédé scientifique afin de gagner en pouvoir d'achat ? C'est le scénario gentiment décalé de la nouvelle comédie d'Alexander Payne, feat un Matt Damon, petit mais costaud.
10/01/2018

 

Le Royal Monceau, palace qui se trouve derrière les Champs Elysées, regroupe un spa, un restaurant, une galerie d’art, une librairie et une salle de cinéma privée. C’est le genre d’endroit où le prix d’une chambre pour une nuit équivaut au loyer d’un mois entier.

 

J’entre, donc, et je laisse mes affaires au vestiaire.

 

Une foule de journalistes, et même quelques étudiants de la FEMIS, boivent une coupe de champagne ou un verre de Perrier au bar. Verre d’eau pétillante à la main, j’observe les lieux, qui comme vous l’imaginez, sont très beaux.
Il est 19h30, nous sommes invités à entrer dans la salle de cinéma et à nous installer dans de confortables sièges. La présentatrice, chargée d’introduire le film et de poser des questions au réalisateur, Alexander Payne, nous présente brièvement Downsizing.

 

 

Les lumières s’éteignent, le film commence…

 

L’histoire ? Un savant découvre comment rapetisser les êtres humains à hauteur d’une douzaine de centimètres, ce qui permet de réduire aussi les problème liés à l’Homme : surpopulation, production de déchets, élevage intensif d’animaux… Ce « downsizing » est une opération clinique irréversible, qui rencontre de plus en plus d’adeptes : il s’avère qu’on augmente sa richesse d’une façon inversement proportionnelle à la diminution de sa taille. En apprenant qu’un salaire moyen devient une fortune (imaginez vous avec des yaourts d’un millimètre dans votre frigo !), Paul Safranek et son épouse décident de tenter l’aventure. Un rendez-vous avec une conseillère et un pot d’adieu plus tard, les voilà tout deux allongés sur la table d’opération…

 

Ce que j’en ai pensé ? Que je ne m’attendais pas du tout à un récit comme celui-là ! Paul, campé par Matt Damon, sympathique loser issu de la middle class américaine, se retrouve embarqué dans une histoire à la Forest Gump.
Quasiment dépourvu "d’agency", ce sont ses rencontres avec divers personnages qui lui permettent de vivre l’extraordinaire. Intelligemment mené, le scénario le place sur le chemin d’une opposante vietnamienne rapetissée par le gouvernement (Hong Chau), amputée suite à un voyage clandestin dans le carton d’une télévision (!) ; son voisin du dessus, un européen adepte de soirées démentielles (Christoph Waltz) ; une communauté hippie se préparant à survivre à une potentielle apocalypse…
La mise en scène sert d’écrin luxueux à cette histoire hors du commun. La première partie du film est rythmée par de la musique classique, évocatrice des milieux bourgeois, à l’apparence lisse et parfaite, que la seconde moitié du film vient démentir par des morceaux plus actuels. Cela coïncide avec un tournant dans la vie de Paul, pour qui la vie minuscule si bien entamée tourne au cauchemar, mais un cauchemar doux, ouaté, qu’il se contente de subir sans broncher.
 

 

Lorsqu’Alexander Payne (qui a mis 11 ans à faire ce film !) débarque, au terme de la projection, son charisme est évident. Il évoque le travail sur Downsizing, l’humour intellectuel qu’il a voulu y insuffler (avec succès), la touche 70’s du rendu, son attachement à sa comédienne vietnamienne Hong Chau, et s’agace quand la présentatrice lui demande s’il voudrait rapetisser. A une question sur sa mise en scène, il lance en français « Le style, c’est moi ! ».
Sa scène préférée ? Celle où Matt Damon se fait « downsizer », bien sur.

 

Par Mélanie Tillement

Rechercher

×