Everything Sucks ! : notre coup de coeur Netflix

Après le revival des 80's (Stranger Things) et le drame ado des années 2010 (13 Reasons Why), Netflix s’attaque aux années 90 en jouant la carte de la nostalgie allant des VHS à Alanis Morissette en passant par le culte Showgirls de Paul Verhoeven.
12/03/2018

 

Everything Sucks ! n’a pas grand-chose à voir avec son camarade SF, Stranger Things. La série suit les aventures d’une petite bande de lycéen étudiant au Boring High School dans la bourgade de Boring (ville bien réelle ! On a vérifié), Oregon où jamais rien ne se passe. Everything Sucks ! est une sympathique et gentillette série dont la première saison se divise en dix épisodes d’une vingtaine de minutes. Pourtant les épisodes n’arrivent jamais vraiment à faire décoller la série et lui faire atteindre le niveau supérieur. Le story-telling et la mise en scène très classique parviennent dans leurs meilleurs moments à valider la filiation évidente qu’a la série avec deux autres emblèmes de la fiction teenager nineties soit Degrassi (Les années collège en VF)pour la bonhommie très canadienne de l’atmosphère et Freaks & Geeks, série de marginal ultra-culte qui lança les carrières de Seth Rogen et James Franco.

 

Cet alliage met en évidence la partie algorithmique de Netflix qui, dans son objectif de réunir le public le plus large, ratisse décennies après décennies notre nostalgie collective. Ce choix de création privilégie une branche plus classique et balisée de la fiction. Netflix avait pourtant audacieux, lancé le mois dernier The End of the Fucking World, série teenager addictive et désaxée.

 

 

Le véritable point fort d’Everything Sucks ! réside dans son couple principal factice. Luke (Jahi di’allo Winston) et Kate (Peyton Kennedy), sont les petites révolutions du programme. Lui est un lycéen de première année afro-américain, féru de films, fan d’Oasis et amoureux de Kate. Elle est une lycéenne de deuxième année, à l’allure garçonne, fan de Tori Amos et amoureuse d’Emaline, flamboyante élève de l’option théâtre. D’abord mal à l’aise Luke et Kate vont s’unir sur un malentendu pour le meilleur et pour le pire, s’autorisant mutuellement et graduellement le temps de grandir et de s’épanouir. Réuni au sein d’un projet de film SF home-made mêlant club audiovisuel et club de théâtre, s’avérant être un ressort scénaristique comique et malin faisant graviter toute notre bande de joyeux marginaux ensemble ; offrant ainsi une étude moins superficielle de leurs personnages et qui matérialise les obstacles et enjeux amoureux de Luke et Kate.

 

Tous deux issu de famille monoparentale, ils se retrouvent finalement mieux dans une relation fraternelle qu’amoureuse, en témoigne la reconfiguration familiale jointe qu’entreprennent leurs parents respectifs, eux dans un couple bien réel.

 

 

Personnages habituellement relégués au statut de meilleur(e) ami(e) du héros ou de side-kick comique, Luke et Kate en plus d’être des protagonistes principaux rafraichissants et inhabituels, seront l’un pour l’autre des figures tutélaires. Les seconds rôles eux redistribués entre les freaks du club théâtre et les geeks du club audiovisuel se partagent le reste du gâteau ; on a une légère préférence pour les geeks, figures au pouvoir identitaire mieux géré que celui des freaks un peu trop binaire, autocentré et border pénible.

 

Tendre, la série met en avant cet éveil au désir et à la sexualité en s’attaquant timidement (mais quand même !) à des thèmes comme l’homosexualité, la masturbation féminine, le désir au féminin avec des protagonistes jeunes et surtout des comédiens leur ressemblant. On pense à une scène du pilote où la jeune Kate allongée sur son lit, feuillette un magazine type Playboy dans l’optique de se masturber accompagné de Don’t Look Back In Anger extrait de l’album cultissime d’Oasis , (What’s the Story) /Morning Glory ? , avant d’être interrompue par son père maladroit. On est admiratif devant un récit qui adresse les troubles amoureux adolescents en n’omettant pour une fois pas le ressenti du personnage féminin, qui n’est trop souvent que le destinataire passif des affections et des déclarations du héros masculin.

 

 

Moins tapageuse et performante que son ainé Stranger Things, Everything Sucks ! est une douceur légère qu’il serait dommage de mettre trop vite de côté, on attend avec curiosité, la direction narrative que prendra la deuxième saison.

 

Par Lisa Durand.

 

 

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