Ocean's 8 : bande de filles

Efficace, élégant et intelligemment féministe, le reboot de la célèbre franchise laisse cette fois la place à une équipe entièrement composée de braqueuses. Déjà un casse au box-office.
11/06/2018

 

En numérologie, le chiffre 8 est symbole d’expansion matérielle, de pouvoir, d’argent, d’audace et d’ambition. Ésotériquement, il renvoie aux deux cercles du huit symbolisant les cycles de réussite mais aussi les échecs. Coïncidence scénaristique ou curiosité symbolique, on ne sait pas, mais il n’en fallait pas moins pour cerner la trajectoire de Debbie Ocean, protagoniste principale de cet élégant et réussi reboot exclusivement féminin. Huit femmes, un casse, le Gala du Met et un collier de diamants estimé à cent cinquante millions de dollars.

 

Debbie Ocean, qui après cinq ans, huit mois et douze jours d’incarcération, profite de sa liberté tout juste retrouvée pour remonter un casse spectaculaire comme il est d’usage dans le clan Ocean. Cette mythologie Ocean, le film arrive à la dépasser, lui permettant d’exister sans avoir besoin de la concurrencer. Le film se permet quelques clins d’œil légers et parcimonieux, et s’autorise même à faire planer le doute sur la mort présumé d’un personnage, au cas où l’idée d’un futur opus familial pointe le bout de son nez.

 

Côté réalisation et développement, Ocean’s 8 reprend les mécanismes instaurés par la trilogie de Steven Soderbergh, pour un résultat classique mais efficace et soigné. Gary Ross (Pleasantville, Hunger Games,…), mène un récit fluide avec braquage à tiroirs et une camaraderie de groupe espiègle. Le film s’inscrit dans un monde moderne mêlant technologies et viralité ; il est conscient de la comédia del arte des mondanités et du pouvoir des réseaux sociaux, ce qui a minima donne des caméos sobres, servant plus d’alibi crédibilisant que de name dropping (coucou Anna Wintour et les sœurs Kardashian) et offre une plongée privilégiée et curieuse dans le Gala du Met, plus grand gala d’Amérique et plus forte concentration de célébrités et de richesse costumées au mètre carré.

 

 

Nos huit protagonistes sont archétypaux mais l’écriture est assez légère pour qu’elles ne deviennent pas des stéréotypes. Les lignes de répartitions des rôles sont suffisamment floues et chaque personnages suffisamment incarnés, pour que chacune puissent cohabiter et se partager le film. La réussite de ce reboot tient essentiellement en son casting mixte et pétillant mené par Sandra Bullock (titulaire Debbie Ocean) et Cate Blanchett (Lou), qui en simili-Bowie peroxydée peut se targuer d’être le personnage le plus cool du film. La surprise vient d’Anne Hathaway, plutôt habituée aux rôles de girl next door, qui se révèle savoureuse en vamp manucurée tendance fausse ingénue, comme un ersatz de Marilyn Monroe.

 

A l’heure des reboot de franchise en demi-teinte avec un casting féminin et des comédies poussives s’épuisant à prouver que les femmes peuvent être aussi vulgaires et inconséquentes que leur homologues masculins, Ocean’s 8 balaie sans effort ces considérations et ces constructions désuètes. Il ne s’interdit pas quelques petites piques et une phrase capitale « il faut que ce soit une "elle", avec un "il" on ne passe plus inaperçu, avec une "elle" on reste inaperçu » que Debbie intraitable lance à sa complice Lou. Consciente de la place laissée aux femmes dans le monde, Debbie met au service de son plan cette constatation amère. Toujours se méfier de l’eau qui dort, surtout si elle a le goût du braquage grandiose.

 

Lisa Durand, 24 ans.

Ocean’s 8, réalisé par Gary Ross (1h50), actuellement en salle.

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