Se raser la tête : transgression ou libération ?

Lorsqu'on est jeune, on peut avoir du mal à s'apprivoiser, à accepter son image. Une Twenty a souhaité témoigner en nous racontant comment se raser la tête lui a permis de reprendre possession d'elle-même. Récit d'un retour aux racines.
16/07/2018

 

 

« Un jour, j’ai décidé de me raser la tête et c’était l’une des meilleures décisions de ma vie »

 

« Une femme qui se coupe les cheveux est une femme qui s'apprête à changer de vie », disait Coco Chanel et à juste titre, tant une longue chevelure est associée à la féminité. Par conséquent, quand j’ai décidé par une pluvieuse journée d’avril, de me saisir de mes ciseaux et de couper frénétiquement l’intégralité de mes cheveux, j’effectuais déjà un acte subversif, du moins aux yeux de la société.

 

 

 

Mes cheveux et moi : une relation amour-haine

La première image qui me vient à l’esprit quand je pense à la relation conflictuelle que j’entretiens avec mes cheveux : c’est celle de mon visage tordu par la douleur, pendant les longues séances dominicales de démêlage et de tressage de mes cheveux crépus. A cette époque-là je rêvais de ressembler à Barbie, d’avoir les cheveux longs et lisses. Mais mon esprit d’enfant avait déjà compris que j’étais différente, que mes cheveux étaient différents et que je devrais passer par un procédé chimique très lourd, le défrisage, pour qu'ils  volent au vent comme une princesse.

 

 

A la fin des années 2010, un séisme secoue la communauté des femmes noires en France : le mouvement de retour au naturel. Voir des blogueuses, comme Blackbeautybag,  arborer fièrement leurs longs cheveux crépus ou encore voir Solange afficher fièrement son afro sur la scène de Coachella, a été libérateur. Pour la première fois, dans l’espace public, les cheveux crépus apparaissaient comme quelque chose de normal, de beau et même comme une forme de contestation politique aux normes de beauté existantes. Je me souviens avoir passé des heures et des heures à errer sur Youtube à la recherches de conseils, d’astuces pour m’occuper de mes cheveux, pour qu’ils soient longs et en bonne santé.

Mais durant cette fameuse journée d’avril où j’ai passé des heures à m’en occuper, à faire des soins et à essayer de les mettre en forme : je me suis sentie fatiguée. Au final en cherchant à tout prix à obtenir des cheveux longs, un autre diktat ne s’était-il pas substitué à un autre ? Dans tous les cas, ce jour-là alors que mes frisettes s’amoncelaient dans mon lavabo, je me suis sentie libérée.

 

 

Le regard des autres : le véritable enfer ? 

Quand je suis apparue les cheveux très courts, devant mes amis et ma famille, j’ai eu un certain nombre de compliments. Cependant le regard des autres a changé sur ma personne. Les critiques les plus virulentes à mon sujet étaient des critiques masculines. Je me souviens de ce garçon qui, dans une vaine tentative de drague, m’avait nonchalamment lancé : « T’es super belle mais pourquoi tu t’es coupé les cheveux ? Je préfère les filles aux cheveux longs. ». Mon amie avait immédiatement rétorqué : « Peut-être parce que ne l’a pas fait pour toi. ».

C’était toute la difficulté de mon geste, je l’avais fait pour moi mais il était soumis directement au regard des autres. Soudain, je ne rentrais plus dans les cases prédéfinies de la féminité, je ne correspondais plus à ce que l’on attendait de moi.

J’avoue avoir eu des moments de doute, de flottement, des moments où je pensais avoir fait une erreur, que j’étais moins jolie maintenant. Mais ces courts instants de doute étaient minimes comparé à la sensation que je ressentais : je m’étais enfin retrouvée.

 

 

Se couper les cheveux : un acte avant tout pour moi

Comme je l’ai dit précédemment au moment de couper mes cheveux, je me suis sentie libérée, libre, comme si toutes les exigences et les diktats sur mon apparence étaient aspirés par le syphon du lavabo, en même temps que mes cheveux. Pour la première fois de ma vie, je me suis sentie enfin moi-même, sans fards et sans artifices.

J’ai réalisé que j’étais bien plus que mes cheveux, que me cheveux étaient juste un accessoire, un apparat mais qu’ils ne définissaient pas profondément la personne que j’étais. Qu’avec ou sans cheveux je restais moi-même. Je ne pense d’ailleurs pas garder cette coupe toute ma vie, peut être que je ferais des expériences, des couleurs ou  que je le laisserai pousser. Mais avoir les cheveux courts, m’a vraiment permis de prendre de la distance par rapport à tout ça, et d’être plus sereine dans ma relation avec mes cheveux.

 

Le seul conseil que je pourrais vous donnez si vous hésitez à vous couper les cheveux à cause de vos proches ou du regard des autres, c’est foncez ! Car paradoxalement en perdant mes cheveux, j’ai pu enfin me retrouver.

 

 

 

Par Jade Le Deley, 21 ans, étudiante 

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