Tino Sehgal : Vis ma vie d'oeuvre d'art

Du 12 octobre au 16 décembre 2016, l'artiste britannique s'installe entre les murs du Palais de Tokyo le temps d'un exposition dont vous êtes le héros.
28/10/2016

Le Palais de Tokyo trouve toujours de quoi nous surprendre. Un peu comme Tino Sehgal en fait, qui, après avoir étudié la danse à la très exigeante "Folkwang University of the Arts" à Essen, en Allemagne, a suivi l’instruction de Karl Ernst Osthaus, fondateur du Musée Folkwang. Lequel affirmait que "Folkwang est l’union de tous les arts et de toute éducation artistique". Ainsi, celui qui fut son élève détourne l’usage traditionnel de la danse et monte des expositions un peu partout en utilisant le corps humain comme œuvre d’art à travers l’art de la performance.

 

"C’est en fait une projection virtuelle de la vie qui nous est offerte."

 

Carte Blanche à Tino Sehgal n’est donc pas vraiment une exposition au sens strict du terme. Sans trop spoiler, en franchissant l’incroyable rideau de perles qui marque le début de l’exposition, on commence à jouer une partie de RPG (Role Playing Game pour jeu de rôle où on incarne un personnage dont les caractéristiques évoluent au fil des niveaux) en se confrontant à notre premier PNJ (personnage non-joueur) que représente le performer. Cette exposition, c’est une œuvre vivante où nous sommes plongés et à laquelle nous devons participer. C’est un peu "Le livre dont vous êtes le héros", où notre vision de l’histoire dans son ensemble dépend finalement des choix que l'on fait tout au long de notre lecture. Mais ce parcours n’est pas juste un copié-collé grandeur nature d’un de ces livres à choix multiples sur fond d'héroïc fantasy. C’est en fait une projection virtuelle de la vie qui nous est offerte, de notre propre réalité, à travers les différents types de progressions proposées. Et c’est tout aussi épuisant qu’en vrai ! Ces performers qui nous interrogent, qui nous bousculent, ne sont finalement pas si différents de nous avec leur smartphone set, leur jean baskets. Ils sont l’œuvre autant que nous, et il n’existe plus aucune limite, puisque de nos placements, de nos choix et de nos réponses dépendent leurs réactions, et donc l’œuvre que nous verrons.

 

Nous avons ainsi l’impression d’opérer un parcours bien personnel, d'entretenir une relation privilégiée avec l’œuvre, sans nous rendre compte que les performers, comme les PNJ, posent sensiblement les mêmes questions à tous les visiteurs. Mais, comme dans un vieux jeu vidéo rétro sans sauvegarde, nous cherchons à faire mieux à chaque niveau et nous sortons de notre bulle pour nous dépasser nous aussi. Et si on se payait un nouveau billet, on tenterait certainement d’autres options pour voir si une nouvelle œuvre en ressortirait. Un peu comme dans la vie finalement. Si un reboot ou une sauvegarde était disponible, n'essayerions-nous pas de voir si une meilleure issue est possible ?

 

Par Marie-Angélique Rakoto, 23 ans.

 

 

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