Twenty X Ecole W #2 -Education : vers la fin des profs ?

Le professeur est LA figure d’autorité de l’école de Jules Ferry. Mais, des innovations technologiques aux neurosciences, en passant par le débat entre pédagogistes et conservateurs, le rôle du professeur risque d'être redéfini dans les années à venir.
13/05/2018

*En partenariat avec les élèves de première année de W, l'école de journalisme des médias de demain, Twenty va publier durant plusieurs semaines une série d'articles autour de diverses thématiques - mode, travail, éducation, santé, consommation, sexualité - explorées dans un versant prospectiviste.

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Le niveau des élèves en France n’est plus ce qu’il était. C’est le bilan dressé par l’étude PIRLS, effectuée sur les élèves de 9 ans en 2016 par l’OCDE dans 50 pays. Avec un score de 511 points, la France est au-dessus de la moyenne internationale, mais en-dessous de la moyenne européenne et de celle de l’OCDE, respectivement de 540 et 541 points. Alors qu’elle était à 525 points en 2001, une baisse progressive a été constatée à chaque évaluation jusqu’à atteindre 520 points en 2011. En 2016, l’écart est devenu vraiment significatif : il représente une perte de 14 points sur une période de 15 ans. De plus, d’après le Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco), 100 000 jeunes, soit 13%, sortent du système éducatif sans diplôme de fin d’études secondaires.

 

Chez les professeurs, la situation n'est guère plus réjouissante : Laure Pierson a quitté l’Education Nationale après 18 ans dans le métier. Elle explique que « la lassitude était là depuis un moment, pas la lassitude de l’enseignement, mais la lassitude des institutions, des changements de programme de plus en plus absurdes ». Un rapport du Sénat de janvier 2017 rapporte en effet que depuis 2012, le nombre de démissions a fortement augmenté chez les professeurs stagiaires mais surtout chez les titulaires : 539 démissions en 2015-2016 contre 299 durant l’année 2012-2013. Il semblerait que le métier ne soit plus suffisamment attractif, eu égard un recrutement à bac+5, un salaire modique et des conditions de travail parfois très difficiles. Les institutions ou la manière d’enseigner, c’est peut-être ce qui ne convient plus, tant aux professeurs qu’aux élèves…

 

 

Face à ce tableau d'une grande dépression des professeurs et des élèves, la question posée est peut-être celle de la modernisation de l’école : en effet, celle-ci n’a-t-elle pas besoin de redéfinir ses valeurs en s’inspirant de celles d’autrefois ? Si dans le passé il n’était pas question de nouvelles technologies ou de neurosciences, c’est aujourd’hui le cas. La question maintenant est de savoir comment redorer le blason de l’école, comment trouver une manière d’éduquer qui puisse satisfaire l’élève autant que le maître et comprendre ce qui les lien l'un à l'autre au délà d'un pure relation de transmission verticale. 

 

Et peut-être a-t-on un élément de réponse grâce à l’agent conversationnel Jam. Il fonctionne via l’application Facebook Messenger et a demandé aux jeunes entre 15 et 35 ans comment ils imaginaient l’école du futur : ainsi, à la question « quels sont les 3 sujets que l’on devrait ajouter aux programmes scolaires ? », 33,2% des 3167 sondés ont répondu qu’il serait bien que l’école les prépare un peu plus à l’indépendance, à la vie d’adulte. Ils souhaiteraient également que l’école soit un lieu où exercer sa réflexion et débattre. C’est là qu’entre en scène le débat opposant les « pédagogistes » aux « conservateurs », les premiers défendant un enseignement « centré sur l’élève », fondé sur l’expérience individuelle, tandis que les seconds défendent le contraire, c’est-à-dire un enseignement « centré sur le maître », fondé sur les matières d’enseignements théoriques. Certains liens peuvent être tissés : cet enseignement fondé sur l’expérience individuelle n’est-il pas ce que les 15-35 attendent d’un lieu qui les prépareraient un peu plus à l’indépendance, un lieu où ils apprendraient à exercer leur réflexion et à débattre sur des sujets de société ? Un lieu où l’expérience est mise en avant, où « l’objectif assigné à l’enseignement général est le développement de « compétences » pour résoudre les problèmes de la vie quotidienne », par exemple, ce que met en valeur l’enseignement centré sur l’élève, où le professeur se tient en symétrie par rapport à lui et non au-dessus. Il n’a ainsi plus la position de « sachant » mais celle de « guide », de mentor.

 

 

En plus de cela, l’apparition des neurosciences (les sciences qui étudient le fonctionnement du cerveau) ne peut que révolutionner la manière pédagogie éducative : les découvertes récentes apportent de nombreuses réponses sur la manière dont un enfant apprend et sur la façon dont le professeur peut l’y aider. Grâce aux neurosciences, celui-ci peut appliquer les quatre principes de l’apprentissage avec ses élèves : d’abord, en mettant en place des matériaux attrayants, il obtiendra l’attention et la concentration de l’enfant. Cela provoquera un engagement actif chez celui-ci, d’autant plus que, s’il comprend ce qu’il fait, il sera intéressé et aura donc envie de continuer l’activité. Le troisième principe de l’apprentissage est le retour d’information, quand l’enfant comprend grâce au professeur qu’il est en train de faire une erreur alors même qu’il réalise l’action, ou juste après. Selon les découvertes neuroscientifiques, faire des erreurs est très positif, si ce n’est indispensable, pour comprendre et retenir. Dans la redéfinition du rôle du professeur, celui-ci aurait donc le devoir de faire attention aux erreurs de l’élève, sans le juger. La consolidation, enfin, est l’automatisation du savoir, quand le savoir est appliqué sans qu’il y ait besoin d’y penser. Les neurosciences ont déjà prouvé leur utilité grâce à Céline Alvarez et à son expérience dans l’école maternelle de Gennevilliers, entre 2011 et 2014.

 

 

Cette redéfinition du rôle professoral peut également passer par une organisation nouvelle de la salle de classe et du temps du professeur, guidée par les nouvelles technologies. En s'appuyant sur Internet et sur des objets connectés, l’enseignant pourrait réellement prendre cette place de guide grâce au temps passé individuellement avec chaque élève tandis que les autres suivraient un programme commun de manière autonome grâce à une tablette, par exemple. Toujours dans le sondage effectué par Jam sur l’école du futur, 17,68% des répondants imaginent une école plus algorithmique où chacun pourrait suivre un parcours personnalisé, en fonction de ses ambitions et de ses points forts. Ayant plus de temps, le professeur pourra mettre en place des ateliers ludiques et connectés, afin d’apprendre aux enfants à penser par eux-mêmes, plutôt qu’une liste de dates historiques. La ville d’Elancourt en France est la première à avoir converti ses écoles au tout numérique : l’ensemble tableau noir-craie est remplacé par le tableau blanc numérique sur lequel on peut travailler les matières d’une façon plus interactive.

 

 

En plus de cela, grâce aux tablettes, il est en effet possible de faire travailler l’orthographe à un petit groupe d’élèves avec une dictée pré-enregistrée par le professeur, tandis que celui-ci dirige un cours d’anglais avec un autre petit groupe d’élèves. La pédagogie de l’école du futur pourrait donc être complètement remaniée et pas seulement grâce aux objets connectés. Sur le blog Wait but Why, Tim Urban propose un enseignement de l’histoire horizontal plutôt que vertical, c’est-à-dire la mise en relation des personnages de civilisations ou cultures différentes mais de la même époque : « […] Darwin aurait vu Twain comme un jeune enfant et aurait serré sa main de vieil homme à Gandhi depuis son fauteuil à bascule sous son porche. En revanche, Nietzsche aurait vu chez Marx un homme de l’âge de son père et Freud comme un contemporain, mais un peu plus jeune ». Finies les classes où le professeur développe son savoir oralement ! Finies les classes où l’élève écoute passivement ! Finies les classes où l’erreur est considérée comme le mal incarné ! Finies les classes où le « mauvais élève » est mis de côté !

Une révolution éducative se profile à l’horizon. Bientôt, on pourra presque crier, comme à l’époque : l’école traditionnelle est morte ! Vive l’école moderne ! Et il serait bien temps.

 

Par Alice Claux.

 

 

Sources :

Vidéo Elancourt : https://www.youtube.com/watch?v=qZg7cNDDAsY&t=502s

Ecole du futur, objets connectés : https://www.objetconnecte.net/ecole-du-futur-dossier-1404/

Ecole du futur – Etude Jam : https://usbeketrica.com/article/ecole-futur-questionnaire-jam-revent-15-35-ans

Cnesco et OCDE pour les chiffres PIRLS et élèves qui sortent du système scolaire sans diplôme.

Céline Alvarez, Les lois naturelles de l’enfant, Les Arènes

Apprentissage et neurosciences : http://apprendreaeduquer.fr/les-4-piliers-lapprentissage-dapres-les-neurosciences/

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