Shangri-La, le coup de coeur Twenty de la sélection Angoulême 2017

Marie-Angélique a flashé sur Shangri-La de Mathieu Bablet, et nous explique pourquoi.
28/01/2017

 

À la base, je devais écrire un article sur la jeune génération d’auteurs français de bande dessinée, et ce, sans rien connaître de ce milieu. J’aime les challenges, mais je me suis vite rendue compte que je m’étais engagée dans un bourbier impossible. En effet, des bandes dessinées, plus on en lit, et plus il y en a. Moi qui pensais que de la bd… C’était de la bd. En fait, j’ai appris qu’il y avait LA bande dessinée, telle qu’elle est publiée chez L’Association, aux vignettes peu graphiques mais avec un verbe ultra-percutant qui dénonce les absurdités présentes dans nos vies. C’est celle qui est d’abord apparu dans la presse avant d’être aujourd’hui publiée en volumes. Puis, on m’a fait comprendre qu’on la distinguait bien d’autres types en vogue aujourd’hui, les romans graphiques, où le dessin prime et qui attirent facilement les néophytes comme moi, mais aux scénarios parfois faibles, qui passent au second plan derrière le graphisme; et la BD historique, qui revisite un pan de notre histoire, ou un personnage historique. On trouve également les auteurs qui publient longtemps leur travail sur leur blog avant d’être repéré par un éditeur. Enfin, en marge de tout cela, on trouve les comics.

 

Au milieu de tout cela, j’étais un peu perdue, et je me suis rapidement rendue compte que faire un article sur la bande dessinée promettait des énormités de ma part sur le sujet. Un peu désespérée et à force de fouiller dans une librairie, on finit par me fourrer dans les mains un auteur sélectionné pour Angoulême 2017 : Shangri-La de Mathieu Bablet, un pavé de 200 pages sorti en septembre 2016 qui peut faire peur à première vue. Mais après avoir lu les cinq tomes d’environ mille pages de Game of Thrones, ce n’était pas ça qui allait m’empêcher de l’ouvrir. Et je ne le regrette pas. Car Mathieu Bablet est parvenu à intéresser une lectrice qui n’était pas du tout sensible à la bande dessinée pour adulte. Mathieu (blog : http://mathieubablet.ultra-book.com/) est un auteur de 30 ans, édité chez Ankama dans la collection Label 619, et qui a déjà publié deux autres histoires, La Belle Mort (2011) et Adrastée (2013 et 2014) au style particulier avec ses nez et ses corps androgynes reconnaissables entre tous.

 

 

Shangri-La, c’est l’histoire d’une planète terre sur laquelle la vie est devenue impossible, et où les  Hommes se sont réfugiés sur une station spatiale tenue par l’entreprise Tianzhu. Un peu comme un Google ou un Apple en mode titan, les habitants vivent, travaillent, dorment et achètent Tianzhu. Et cela ne dérange absolument pas le héro de Shangri-La, Scott. Lui est heureux de travailler sur des missions top secrètes de Tianzhu et de profiter de promotions du type black friday. Mais pas son frère, Virgile. Lui, est un apprenti militant qui cherche à lutter contre ce système liberticide. C’est là le début d’une histoire poignante et qui m’a marquée plusieurs jours après ma lecture, autant qu’un roman de science-fiction de 800 pages.

 

Graphique, avec une palette de couleurs bleues, gris, et rouge qui pètent, Shangri-La a également un scénario, une histoire en béton, issue de classiques de la SF comme 1984 de George Orwell ou V pour Vendetta, et qui tombe aussi dans ce qu’on voit actuellement dans la culture grand public, comme Star Wars pour l’introduction sur la planète sèche, les séries The 100 pour l’enfermement dans une stations spatiale, The Expanse, un space-opéra qui étudie l’expansion humaine dans l’espace avec un ton acide à l’instar de Shangri-La ou encore Hunger Games avec une rébellion aux objectifs finaux douteux.

 

Cet opus est selon moi, le meilleur travail de Mathieu Bablet. Après avoir lu Shangri-La, j’ai ensuite emprunté le reste de sa bibliographie, et en particulier le diptyque Adrastée.

 

 

Si l’esthétique et le ton sont identifiables au premier coup d’oeil, l’histoire est cependant moins consistante, parfois difficile à suivre (les dialogues ont cependant été remaniés pour la sortie de l’intégral en 2016), et s’apparente plutôt à une épopée antique, tel que le voyage d’Ulysse dans l’Odyssée d’Homère, mais beaucoup plus contemplatif. Si Scott, le héro de Shangri-La est toujours aussi contemplatif, on trouve dans cet univers-ci une diversité de personnages complexes qui évitent de tomber dans un manichéisme entre méchants industriels et gentille rébellion. On y traite aussi de thèmes très actuels dans notre société bien terrienne : le rapport en l’homme et le monde animal, l’écologie, l’hégémonie industrielle, la conquête spatiale, la clonage de cellules humaines (en cherchant à créer un nouvel humain) ou la recherche énergétique. Tout cela, dans un oneshot de 200 pages qui va sûrement m’encourager à persévérer dans ma découverte du monde de la bande dessinée. Une claque, en somme.

 

Par Marie-Angélique Rakoto, 24 ans, étudiante 

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