Qui est YL, le rookie chevronné de Marseille ?

YL, c’est le rappeur qui est à l’affiche en ce début 2018. Sa mixtape Confidences réunit la crème de la crème des rappeurs du moment : Fianso, Ninho, Alonzo, Jul… et bien d’autres. Rencontre.
09/03/2018

 

 

Twenty : Tu peux te présenter ?

YL : Je m’appelle Yamine, j’ai 21 ans. Je suis un rappeur originaire de Marseille, de la cité Air Bel. J’ai beaucoup travaillé dernièrement pour créer un engouement autour de mes sons. 2017, c’était un contenu minimum par mois. Pour le côté symbolique, lorsque j’ai commencé à travailler avec ma structure, Bylka Prod, la première vidéo que l’on a envoyé sur Facebook était un freestyle filmé avec un téléphone. C’était le 23 février 2016. Et deux ans plus tard, jour pour jour, ma mixtape sort.

 

 

Twenty : Commencer à rapper à 11 ans, c’est tôt, qu’est-ce qui t’as motivé ?

YL : C’est un tout. Mon grand-frère, d’abord. Ensuite, les grands de mon quartier. Et enfin, les rappeurs que j’écoutais, comme Dicidens, Scred Connexion, Fonky Family, Psy4 de la Rime, New African Poets… Mon environnement m’a beaucoup influencé. Au quartier, il n’y a pas trente-six mille activités possibles. Tu as le choix entre le foot, la boxe et l’artistique. Certains font du théâtre, mais l’activité artistique principale reste la musique. J’en suis tombé amoureux. J’ai donc commencé les freestyles à 11 ans. J’ai enregistré mon premier morceau au même âge. C’est allé vite.

 

 

 

 

 

Twenty : En grandissant, les rappeurs t’ont-ils davantage influencés ?

YL : Oui. J’ai grandi en écoutant de la musique. Ma perception des textes a évolué avec le temps. J’ai continué à enregistrer des morceaux jusqu’à me professionnaliser.

 

 

Twenty : On ne peut donc pas dire que tu es un rookie…

YL : J’aime beaucoup dire que je suis un rookie, mais un rookie à l’ancienne. Selon moi, ce n’est pas possible de débarquer sans n’avoir jamais fait de musique. A moins d’être un génie. YL, c’est dix ans de travail. Ce n’est que maintenant que je fais le choix d’envoyer mes sons sur Internet. Avant, ils restaient dans des disques durs ou des clés USB. Jusqu’à mes 18 ans, je n’avais aucunement l’intention de percer. Ce qui a tout changé, c’est lorsqu’on m’a dit : « regarde-les, ils font des vues, ils vendent. Et toi ? Pourquoi tu restes posté ici avec nous ? Fais quelque chose, envoie sur Internet. ».

 

 

Twenty : Avant ce moment, comment voyais-tu l’avenir ?

YL : Je n’y réfléchissais pas trop. J’avais la tête dans les études. En dehors, j’étais au quartier, je faisais beaucoup de sport. J’ai eu un bac L. J’ai aussi été à la fac, en première année de Licence d’Histoire, année que je n’ai pas validé.

 

 

 

 

Twenty : Je me suis livré à une analyse de la pochette de ta mixtape, et cette dernière représente à mon sens l’innocence et la discrétion d’un enfant, allié à la compétence et l’expérience d’un adulte. Sans oublier l’aspect judiciaire… Qu’en penses-tu ?

YL : C’est une bonne analyse. L’adulte est clivant. Avec son doigt, il peut aussi bien vouloir me menacer, que me protéger. Comme s’il m’ordonnait de faire attention. Il met mal à l’aise. Son message et ce qu’il dégage n’est pas positif. Et puis, il ne me parle pas directement. L’enfant lui, est plus proche de moi. Il est dans la confidence. Il a une gueule cet enfant. Mi-ange, mi-démon. Mon regard est évocateur. Je voulais représenter des générations différentes, sur une même image. L’adulte, l’enfant, et moi au milieu. Cette cover est lourde de sens. L’idée de départ qu’on avait eu avec mon manager, était de représenter l’Omerta avec les trois singes. Mais au fil des discussions avec Fifou, cette pochette est apparue. Le résultat est plus subtil. L’alchimie s’est très bien produite entre nous.

 

 

Twenty : Le climat actuel se prête-t-il aux confidences ?

YL : Oui. Oui. Oui. Nous vivons dans une société remplie de codes. Un peu de franchise et de sincérité ne peut que faire du bien. Il faut communiquer. Ma mixtape se concentre sur la confession. C’est un projet très introspectif. J’ai essayé d’aborder la réalité sans tabou, dire ce qui se passe vraiment à Marseille. Je pense notamment aux morceaux Escort et Fruit d’mon époque. Les escortes datent de mon époque, par exemple. Il s’agit donc de confidences sur la société dans laquelle je vis, et sur moi.

 

 

Twenty : Ne penses-tu pas que ta mixtape a des airs d’album ?

YL : Mixtape, album, EP…. ces termes ne veulent rien dire lorsque l'on sort de l’industrie musicale. Ma mixtape en est une par le nom. Elle est composée d’un grand nombre de titres. Un album aujourd’hui, c’est 13-14 tracks. C’est épuré. Mon projet est trop long pour être un album. Je me suis permis d’appeler ce disque mixtape, même si nous nous en sommes occupés comme si c’était un album ; au niveau du sérieux et de l’ambition. J’ai été révélé par le dossier des « 11 rappeurs à suivre en 2017 » de Booska-P. Un dossier qui est sorti en 2016. Depuis, je n’ai pas arrêté de travailler. Mais je ne me suis pas précipité pour autant. Nous avons pris le temps qu’il fallait pour proposer un rendu qualitatif. Tout le monde s’attendait à ce que je sorte mon disque en 2017, mais j’ai préféré peaufiner. Si Confidences est une mixtape, c’est parce-que c’est ma carte de visite pour l’avenir. Je respecte mes fans. Confidences, c’est lourd. Si vous kiffez ce que je vous propose aujourd’hui, du meilleur contenu va arriver par la suite.

 

 

Twenty : D’où t’es venue l’idée de faire la promo de ton projet sur les réseaux à travers des vidéos faites par les artistes présents sur ton projet ?

YL : C’est l’idée de mon manager. Ca marche très bien. Le but était de montrer au public qu’il y avait eu une vraie connexion entre moi et les artistes présents sur ma mixtape. Ce ne sont pas des feats pour faire des feats. Nous habitions à 200 mètres l’un de l’autre avec Jul, par exemple.

 

 

 

 

Twenty : YL x Ninho : le feat des Twenty ? (http://www.twentymagazine.fr/articles/twenties/portrait-de-twenty/ninho-...)

YL : Exact ! Tu as trouvé le bon concept. Avec Ninho, on se comprend. On a 21 ans tous les deux. On a les mêmes codes. C’est le « young feat ».

 

 

Twenty : Etait-ce vital pour toi d’avoir des marseillais sur ton disque ?

YL : Bien-sûr. Et puis je n’ai pas n’importe quel artiste marseillais… Alonzo et Jul…. c’est du sérieux. J’ai la chance d’être porté par ma ville. En tant que jeune, je m’estime chanceux que les rappeurs confirmés me reconnaisse comme la jeune génération. C’était légitime qu’ils soient présents sur mon projet. Et c’est un plaisir immense d’avoir pu collaborer avec eux.

 

 

Twenty : Dans « Vai Nova », tu dis que tu n’es pas trop streamé. Ton public n’est-donc pas trop porté sur le streaming ? Ca m’étonne…

YL : Je voulais juste faire un clin d’oeil à Deezer. (rires) Les statistiques du streaming commencent à bien progresser, c’est parfait.

 

 

Twenty : Toi qui adore ta ville, Marseille, quels sont les projets que tu envisages d’y développer ?

YL : Je préfère les garder secrets, car c’est la composante d’un projet réussi. Je vais commencer par mon quartier. Et un jour ou l’autre, j’étendrai mon action. J’ai déjà commencé à repérer des jeunes qui ont un talent, et à prendre contact avec des associations. Mon projet sera en lien avec la musique. Mais pour l’instant, ma priorité reste ma carrière. J’aurai tout le temps d’aider mon quartier. Je serai plus mâture, donc plus efficace, dans le futur.

 

 

Twenty : Tu pourrais aller habiter ailleurs que Marseille un jour ?

YL : Quitter Marseille, c’est inconcevable.

 

 

 

 

Twenty : Après avoir réalisé la BO du film Chouf, tu penses tenter l’aventure en tant qu’acteur à l’avenir ? A l’instar de Nekfeu, Sadek ou Kaaris ?

YL : J’en rêve. Rien qu’en regardant mes clips, tu comprends que j’aime scénariser. J’ai une tête qui pourrait s’y prêter. Quand je vois Nekfeu qui se retrouve aux côtés de Catherine Deneuve… j’imagine la réaction de ma mère s’il m’arrivait une expérience comparable ! (rires) Elle serait choquée, mais aux anges. Mais choquée. (sourire) Sadek aussi, avec Gérard Depardieu. C’est énorme. Rencontrer ces personnes-là, ce serait déjà incroyable. Alors, travailler avec eux…. un rêve de gosse. Sachant que même si je mesure deux mètres, j’en suis encore un. (rires)

 

 

 Twenty : Le mot de la fin ?

YL : Les vaillants sont avec YL.

 

 

 

Propos recueillis par Esteban De Azevedo, 20 ans.

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