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La Lean : une petite histoire de la drogue à boire

Les rappeurs semblent avoir voulu associer leurs billets violets à un étrange breuvage de la même couleur. Mais d'où vient ce "Purple Drank" que Lil Wayne et Justin Bieber adorent siroter ?
09/05/2017

 

 

Houston, Texas, années 60. Dans la chaleur du sud des Etats-Unis, les musiciens de blues, et de jazz prennent une curieuse habitude. A leur bière il ajoute… du sirop pour la toux. La défonce est planante, relaxante, le monde semble tourner au ralenti. C’est le début de l’histoire du « drank », « Texas tea », « sizzurp » ou du « lean ».  Récit.

 

 

Mais pourquoi hijacker ce médicament ?  Le sirop pour la toux contient de la codéine, une substance issue du pavot somnifère, une variété de plante qui fut aussi utilisé pour l’opium. La tendance reste pourtant assez confidentielle jusqu’aux années 90. C’est encore via la scène musicale de Houston que le « purple drank » va se diffuser jusqu'à devenir la boisson favorite des rappeurs de notre génération.

 

 

Mais revenons-en à Houston, dans les années 90, alors que le reste des USA écoute Ice Cube, Public Enemy ou encore RUN D.M.C, à Houston la jeunesse kiffe sur les remix de Robert Earl Davis Jr. Ce dernier a développé une technique bien à lui, il ralenti les sons et agrémente le tout de scratchs. Il appelle ça « chopped & screwed », en VF "haché et bousillé", il devient alors DJ Screw. Le rapport avec la « lean » ? Selon DJ Screw, qui sirote à longueur de journée la mixture, ces remix ralentis représentent ce qu’on ressent sous lean. Ses screwtapes (le nom de ses mix) sont de véritables odes au produit. Les sirops utilisés produits par les entreprises pharmacologiques Alpharma USPD, Actavis ou encore Hi-Tech sont de teinture rose ou violette, d’où le surnom « purple drank ». A la codéine concentrée dans les sirops on ajoute de la prométhazine en comprimés écrasés, du soda (généralement du sprite) et un petit bonbon pour adoucir le tout.

 

 

 

La prométhazine (créée en France dans les années 40, cocorico !) est un médicament sensé être utilisé dans le traitement des allergies, et de l'insomnie passagère. Associé au sirop, il augmente l’effet de la codéine et évite ses effets indésirables (type démangeaison). Le tout est bu dans des « styrofoam cups », de grands verres blancs. Premièrement parce que c’est stylé et secondement parce que le Texas tea ne se boit pas d’un trait, le mélange se sirote par petite gorgée pendant des heures et des heures.

 

 

DJ Screw est donc le grand gourou du lean qu’il propage par ses mix. Mais il aime tellement leaner qu’il devient l’une des victimes des effets secondaires  du sizzurp. L’effet premier recherché par les utilisateurs c’est la relaxation, dans un état à la fois euphorique et engourdie. Cependant la codéine peut avoir à long terme des effets négatifs sur les reins et le cerveau, pire elle peut provoquer des arrêts respiratoires. DJ Screw meurt donc en Novembre 2000 des suites d’une overdose due à sa consommation.

On aurait pu penser que cette disparition aurait pu servir de prise de conscience pour les consommateurs de lean ? Que nenni, en 2007, Big Moe meurt des suites d’une crise cardiaque après avoir passé une semaine dans le coma. Celui qui était un des disciples de DJ Screw avait notamment sorti deux albums City of Syrup en 2000 et Purple World en 2002 (des intitulés qui parlent d’eux-mêmes).  En 2007 toujours, Pimp C autre rappeur texan meurt lui aussi des suites d’une overdose. 

 

 

Pourtant le produit continue à se propager, dans les années 2010, il devient même un emblème. Nombreuses sont les stars (surtout dans le milieu du rap) qui s’affichent styrofoam cups à la main.

 

 

Aux Etats-Unis, les stars prises (ou supposées) la main dans le sac sont exposées sur les sites et dans la presse people. Bien sûr, cela ne fait qu’accentuer l’image cool du produit. Sa consommation augmente d’autant plus que les sirops pour la toux et les comprimés de Prométhazine sont faciles d’accès en pharmacie. Voyant l’usage détourné de son produit et surtout la pub malencontreuse provoquée par l’association de son nom à cette pratique dérivée, la marque pharmaceutique Actavis a réagi. En 2014 elle a annoncé avoir pris la décision de cesser la production de son sirop. Selon Actavis : « Les médias ont rendu glamour l’usage illicite et dangereux du produit qui est contraire à son indication initiale ». D’autres marques continuent d’exister et la consommation ne cesse pas pour autant.

 

 

En 2014, Gucci Mane est l’une des premières personnalités utilisatrices à tirer la sonnette d’alarme via Twitter.

 

 

Alors incarcéré, le rappeur d’Atlanta lance un appel à la jeunesse : « Restez tous à l’écart de la codéine des antitussifs, ce n’est pas cool d’être en prison ou de mourir tôt ». Clair, net et précis. Pourtant la prévention semble avoir peu d’effets dans le milieu même du hip hop américain. 

Exemples concrets, en 2015 ASAP Yams, fondateur et manager du groupe de rap ASAP Mob tweetait...

 

 

 

... avant de s’éteindre le  lendemain des suites d’une overdose.

La liste des victimes est longue et les risques sont connus, pourtant la codéine et le lean sont toujours utilisé dans les rimes des rappeurs. Même en France où la mixture est prisée, entre autres, des « cloud rappeurs », ce rap plus planant et bien sûr plus lent. Voici quelques exemples de ce que propose le rap français à ce niveau :

 

 

« Gold chains, 24, grosses liasses d'oseille, J'fume, j'ai pas d'toux, j'bois ma codeine » Joke / Cockein

« Codéïné, j'insulte vos putes de tantes » Siboy / Zer

« Ramène la prométhazine, Ramène la codéine, le saut d'protéinesNégro comment j'suis leanJ'pourrais croire qu'j'kiffe trop tes rimes

A peine ma, bouche est sur la cup je, lean et c'est ça qu'je veux » Joke / Threesome

« Défonce-toi comme tu veux, mais ne touche pas ma lean » MZ / MD

« Oh non, j'ai de la beuh pour toi, un peu d'O.G. pour toi

Un peu de lean pour toi » Damso / Vitrine

 

 

Bien sûr, il n’est pas rare que les artistes vantent les mérites d’une drogue ou évoque allégrement leur activité de deal. La différence étant là que, contrairement aux autres drogues souvent citées (comme l’herbe), le lean est disponible légalement en France.  Rien n’empêche qui le veut de se fournir en pharmacie où l’Euphon, (moins de 5 euros), le Néocodion ou les antihistaminiques (type Phenargon qui coûte seulement 1,87 euro) sont accessibles sans ordonnance...Une situation qui fait un peu tousser.

 

 

Par Eddy Dabla, 19 ans, don’t do drugs

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