Les Bras Cassés, un polar poilant !

Twenty a rencontré Yann Le Poulichet, auteur d’un polar franchement bidonnant Les Bras Cassés… mais, dis-nous, Yann, c’est possible, ça, un polar LOL
19/05/2017

 

Journaliste émérite au sein de la grande institution qu’est VOICI, Yann Le Poulichet, 43 ans, vient de publier son deuxième roman, Les Bras Cassés, aux éditions Denoël. En deux mots, c’est l’histoire de trois colocataires un peu en loose, Jules, Nico et Virgil, emportés malgré eux dans une aventure rocambolesque et franchement jubilatoire, porté par un humour à toutes épreuves. Partis pour un boulot facile (un bête constat d’adultère), ils se retrouvent plongés au cœur d’une machination qui les dépasse complètement. Cernés par une clique hétéroclite rassemblant tueurs serbes, producteurs télé véreux et flics en préretraite, ils vont essayer de sauver leur peau, et celle d’Elena, leur amie kidnappée sans qu’ils aient bien compris pourquoi. Vu leur profil, ce n’est pas gagné…

 

 

TWENTY : Tu en avais marre des stars, du coup, tu as voulu mettre en scène des losers ?

Yann : Stars et losers, ce n’est pas incompatible, de Christophe Maé aux Chevaliers du fiel, t’as l’embarras du choix… Après, les people, je m’en fous, je suis arrivé à Voici par hasard et je suis resté parce qu’il faisait chaud. Mais savoir avec qui couche Céline Dion, personnellement, ça ne m’intéresse pas une seconde. En revanche, les losers, je maîtrise, j’ai longtemps fait partie de cette catégorie.

 

Tu étais comme tes personnages, glandeur, voleur et alcoolo ?

Exactement. Pendant trois ans, j’ai vécu dans une coloc pourrie avec deux potes. On ne bossait pas vraiment et il fallait bien qu’on se débrouille pour payer le loyer. Donc le matin, on volait des CDs à la Fnac qu’on revendait à une boutique d’occasions et l’après-midi, on volait de l’alcool chez Carrefour. Bon ça, ce n’était pas pour payer le loyer, c’est juste qu’on aimait picoler.

 

Et pourquoi tu as décidé d’en faire les héros d’un polar ?

Parce que c’étaient les anti-héros parfaits. Je suis un grand lecteur de polars, j’adore ça, mais souvent les héros me fatiguent. A chaque fois, c’est une espèce de mec parfait, grand, beau, fort, qui se tape une bombasse et réussit tout ce qu’il entreprend. Moi, j’avais envie de voir ce que ça donnait, des mecs normaux obligés de mener une enquête. Résultat, ils se plantent, ils galèrent, mais au moins on se marre…

 

Justement, ce côté un peu LOL, c’était pour prendre le contrepied d’une esthétique film noir ?

Oui, je suis persuadé qu’on peut faire une super enquête sans se prendre au sérieux. D’ailleurs, dans les pays anglo-saxons, les polars drôles, ça cartonne. En France, c’est plus compliqué, les gens sont perdus si on ne respecte pas les règles auxquelles ils sont habitués. C’est très Français comme réflexe. C’est de la littérature, c’est sacré, il faut bien rester dans sa case sinon c’est mal… 

 

Y a d’autres spécialistes du polar drôle en France ?

Bien sûr. Le maître en la matière, c’est Jean-Patrick Manchette, qui était un écrivain fabuleux. Après, dans les plus récents, il y a Laurent Chalumeau, qui était l’auteur d’Antoine de Caunes et José Garcia à la grande époque de Canal Plus. Dans un de ses derniers bouquins, Kif, le héros s’appelle Georges Clounet, avec un « t », ce qui ne facilite pas sa vie au quotidien. C’est drôle, léger, mais à l’arrivée, c’est un super polar.

 

Dans ton livre, les héros picolent tout le temps. C’est possible de résoudre une enquête en étant bourré ?

Je ne m’étais même pas rendu compte qu’ils picolaient autant, c’est ma mère qui me l’a fait remarquer en le lisant. Après, l’alcool, ça se maîtrise. Moi, je bois plus de bière que d’eau, et même si je ne résous pas d’enquête, je fais plein de choses de ma vie.

 

Ah ouais ? C’est quoi le meilleur truc que t’aies fait bourré ?

Une interview de Mariah Carey ! Je n’ai pas fait exprès, mais je devais la rencontrer à 18 heures et finalement ça s’est passé à 23 heures. J’étais dans un bar d’hôtel à Londres, je n’ai pas fait gaffe, j’ai passé cinq heures à boire de la vodka. Du coup, je n’ai pas super bien géré l’interview, je lisais mes questions mais je comprenais pas les réponses, ça a un peu nui au résultat final.

 

Et la problématique sexuelle de ton héros, qui refuse de céder aux avances de toutes les filles, ça vient d’où ? C’est une manière de dénoncer la panda sexualité (des câlins, des bisous et basta) et ses ravages ?

Dénoncer, non, mais je suis assez fasciné par tous ces jeunes qui ne baisent plus, ou alors plus beaucoup. J’ai l’impression que la libération sexuelle des femmes tétanise plein de mecs. Avec la démocratisation du porno et bientôt la possibilité d’en voir sur oculus rift, les mecs vont finir par se branler avec leurs casques. On risque d’avoir des générations qui ne baisent plus et ça m’amusait d’avoir un héros comme ça dans mon livre.

 

En revanche, pour le reste, tes personnages sont en décalage avec la jeunesse actuelle, ultra fonctionnelle, healthy et entrepreneure… C’était ta volonté, de rappeler aux jeunes qu’ils ont le droit d’être des boloss ?

Ah non mais moi j’ai juste écrit un livre, hein, je n’ai pas l’ambition de dénoncer le jeune chiant. Après, c’est vrai que j’ai l’impression que la jeunesse actuelle est beaucoup plus sérieuse et inquiète qu’à mon époque. Après, ils font ce qu’ils veulent, mais moi, manger sain, boire raisonnablement ou décrocher un CDI, à 25 ans, ça ne faisait pas partie de mes priorités.

 

Pour finir, t’as un dernier message à faire passer à nos jeunes lecteurs ? 

Arrêtez le quinoa, buvez, couchez et lisez mon livre. Voilà, je trouve que c’est un bon message d’encouragement.

 

 

Par Carmen Bramly, 22 ans, écrivain

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