Le défi Twenty : passer une journée en cosplay

Chez Twenty, on aime bien les défis. Cette semaine, Eileen a dû passer une journée en onesie Pikachu... l'occasion pour elle de réapprendre à affronter le regard des autres... une expérience enrichissante, dont elle est sortie grandie....
18/05/2017

 

 

J’ai passé une journée en cosplay Pikachu. Ce n’était pas la première fois que je sortais déguisée, mais la première fois que je le faisais seule dans les rues de Paris. Et c'est cette solitude face à l’autre qui m’a heurtée. On ne peut pas le nier : nous vivons dans un monde d’apparence et un des premiers critères pour juger autrui est d'ordre vestimentaire (que celui qui n’a jamais souri ou explosé de rire devant un look loufoque lève le doigt).

 

Notre accoutrement est une véritable zone de médiation entre le regard des autres et soi. Ils nous permettent de nous situer par rapport aux autres et nous poussent, parfois inconsciemment, à vouloir ressembler à un tel ou un tel individu croisé dans la rue ou le métro. En bref, on choisit en grande partie sa garde-robe en fonction des autres, par panurgisme évidemment, mais surtout par peur de perdre sa dignité en cas de faute de goût.

 

Quand les rédac chefs m'ont lancé le défi de  "passer toute une journée en cosplay et déambuler dans Paris ainsi déguisée", une évidence m'est apparue : il valait mieux relever le défi au 100° degrés et faire le clown dans les rues plutôt que de chercher à me planquer et à passer inaperçue, chose impossible dans un costume jaune poussin. 

 

Après tout, égayer le morne train-train quotidien du parisien lambda qui se rend à son bureau ne me semblait pas être une si mauvaise idée. J’ai en réalité rapidement réorienter ma vision des choses puisque la triste réalité est que nous passons nos journées à scruter les autres, en bien comme en mal, à pointer du doigt sur le net ou IRL les fashion faux pas de ceux que nous croisons au quotidien. La veille j’ai donc commencé à chercher des astuces pour croiser le moins de gens possible entre mon domicile et les locaux d’Etoile Rouge (l'agence de communication qui héberge notre cher magazine). Je voulais à tout prix devenir invisible, quitte à inventer la pilule d’Alice qui rend minuscule. Prendre la voiture jusqu’à la gare et emprunter le RER relativement tôt m’ont permis d’éviter le désagrément d’un wagon blindé, de pouvoir choisir une place assise dans un coin contre une vitre et ainsi éviter les jugements et sermons visuels des usagers. Un homme a fini par s’asseoir en face de moi (wagon quasi vide mais passons, on a tous nos places chouchous et autres petites habitudes) j’ai timidement levé les yeux de mon écran. Je peux évidement me mentir à moi-même mais je ne crois pas qu’il y ait eu une once de jugement dans les yeux de ce monsieur. Je l’en remercie, un premier regard méprisant m’aurait définitivement renfermée sur moi-même et dans ma honte, telle une huître aspergée de citron, se recroquevillant dans sa coquille ouverte.

 

Il a probablement dû me prendre pour une ado qui rentrait trop tard de soirée ou bien que mon école organisait une photo de classe déguisée. Rassurée, mais pas encore complètement sereine, j’ai tout de même cherché à récupérer quelques minutes supplémentaires de sommeil, la tête appuyée contre la vitre et le regard ballant, mon fidèle casque Marshall vissé sur les oreilles.

 

Isolement et déni d’autrui, voilà comment on peut résumer mon comportement du matin, baisser la tête et les yeux pour ne pas affronter les regard des autres. Ainsi, malgré moi et par mon attitude, j'ai réussi à créer une bulle de mépris ambiant, en guise de bouclier. Pourtant, il faut bien l'avouer, les gens que j'ai pu croiser ne devaient pas en avoir grand chose à faire, plus inquiets de leur journée de travail et de leur score sur Candy Crush que de la blondinette déguisée dans le wagon. Je me trouvais dans une position de méfiance et dans une peur de l'autre, plus stressante qu’autre chose.

Bonne ou mauvaise tactique ? A voir, cela dépend de l’humeur, du caractère et de l’environnement dans lequel on se trouve.

 

La journée s’est passée doucement. Une chose changeait quand je sortais, je n’étais jamais seule. C’est un peu plus facile de se sentir dans la norme (ou presque) dans l’esprit des personnes qui nous entourent. J'ai ainsi noté : une peu de surprise à l’agence et à la caisse du Picard mais finalement pas tant de jugements négatifs.

 

Pour mon trajet retour, j’ai adopté une autre attitude que l’on nommera communément « je m’en foutisme » en assumant délibérément mon costume tête haute et sourire aux lèvres. Et vous savez quoi ? Ça s’est étrangement bien passé. Quelques regards amusés, une petite fille émerveillée par mon apparence délirante et quelques interpellations « eeeh Pikachu » de la part d’automobilistes surpris. Des rires, des sourires, mais pas de moqueries, en tout cas aucune qui ne soient parvenues directement aux oreilles.

 

Constat express : le ressenti du regard des autres passe par le regard que l’on pose sur soi-même. Avoir honte de soi, où d’une partie de soi, se révèle à l'extérieur. Cela pousse inconsciemment les autres à se focaliser sur ce défaut, cette partie de notre personnalité ou de notre apparence avec laquelle nous sommes en désamour. Dédramatiser, dédiaboliser et s'assumer pleinement, comme un sujet avec toutes les singularités qui lui sont propres, permet de ne pas s’enfermer dans une sorte de boucle sans fin de la gêne, d’arrêter de se créer de faux miroirs de sa propre image pour affronter le véritable regard des autres et non des chimères générées par notre propre angoisse des retours d’autrui.

 

En conclusion, j’ai passé une journée dans le vêtement le plus confortable du monde et ça, c’était cool ! Surtout, j'ai appris quelque chose d’essentiel que Jean-Paul Sartre vous expliquera beaucoup mieux que moi : « Nous ne sommes-nous qu'aux yeux des autres et c'est à partir du regard des autres que nous nous assumons comme nous-mêmes. » Amen.

 

 

Par Eileen Dautry, 18 ans, qui a vraiment mûri grâce à ce défi...

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