"Ouvrir la voix" nous a bien ouvert les yeux !

Notre Twenty Bordelaise, Aurore, a assisté à la projection du documentaire d'Amandine Gay, "Ouvrir la Voix". Un film résolument placé sous le signe de l'afro-féminisme, construit autour de 24 portraits de femmes, de quoi éveiller les consciences.
05/10/2017

 

Bordeaux, Place Camille Julian, devant le cinéma l’Utopia. Il est huit heures du soir et un groupe de femmes est en train de se former. Je rentre dans le cinéma, cherche ma salle. Le film commence. Deux heures, et vingt-quatre femmes. On découvre leur combat, celui qu'elles mènent au quotidien, en tant que femmes noires et métisses. Leurs origines diverses et les parcours variés. Les plans serrés cadrés sur le visage de ces femmes interrogent tour à tour la sexualité, la religion, leur découverte de leur couleur de peau et beaucoup d’autres sujets. On entend peu la réalisatrice dont la voix permet seulement de relancer le débat comme le fil rouge du documentaire. Cela fait quatre ans qu’Amandine Gay, comédienne et maintenant réalisatrice, travaille de manière acharnée sur ce projet. Son but ? porter à l’écran un apperçu de la situation des femmes noires en France. Un paris réussis. 

 

 

            Dans la salle, on rigole volontiers face à à certaines situations, absurdes ou aberrantes. Par exemple, certaines femmes évoquent leurs cheveux, que des étrangers touchent sans demander la permission. D'autres évoquent leurs relations aux hommes. Il arrive qu'elles se fassent aborder dans la rue, les femmes noires étant « connues », soi-disant, pour leur bestialité et leur sauvagerie sur le plan sexuel. Des sujets sensibles, donc, qui mériteraient d’être évoqués plus souvent. Comment ces femmes, qui subissent discrimination sur humiliations, font-elles pour s'en sortir et affirment leur féminité, leur négritude, leur sexualité... ?  Des problèmes dont peu de gens arrivent à prendre la mesure, sans doute incapables d'imaginer de telles réalités.

 

Au fil de ce documentaire, résolument afro-féministe, Amandine Gay réalise un véritable plaidoyer pour que les femmes noires soient amenées à parler plus et librement. La parole est donnée à des personnes qui ne l’ont pas, afin d'inspirer et d'influencer le présent aussi bien que les générations futures. D’ailleurs, lors du débat post-projection, elle invite en particulier les femmes noires, queers, non-valides que l’on entend moins à prendre la parole. 

 

          A la fin du documentaire, voilà que je me sens coupable et m’interroge. Suis-je responsable ? Comment ai-je pu vivre toute ma vie sans jamais prendre conscience de ces réalités-là ? Au cours du débat avec Amandine Gay, après la projection, elle a répondu à une question sur le rôle des individus dans le processus de discrimination. Pour elle, il faut encourager toute personne témoin de discrimination à réagir. Ce ne sont pas forcément les personnes concernées qui sont les plus à même de répondre. Une personne raciste, au travail par exemple, pourra être plus à l’écoute si c’est une personne extérieure qui n’est pas l’objet directe de la discrimination, qui lui fait une réflexion sur son comportement. Amandine Gay a ouvert la parole des femmes noires et m'a ouvert les yeux. Enfin, j'ai eu accès à ces vérités trop peu mises en lumière dans la société actuelle. 

 

            D’autre part, Amandine Gay l’affirme, elle n’a pas voulu apporter de réponses toutes faites aux questionnements intérieurs que se posent les femmes noire concernant leur identité. Elle a la volonté de leur montrer qu’elles ne sont pas seules et que d’autres ont vécu ce qui leur fait peur, leurs appréhensions et leurs peines. Des témoignages comme un apprentissage. Peu de femmes noires sont vues comme des modèles en France, à moins d'être américaines. Ces vingt-quatre femmes, auxquelles s'ajoute Amandine Gay, se présentent donc comme des modèles pour les adolescentes noires.

 

            Le combat de ces quatre dernières années n’a pas été de tout repos, nous confie la réalisatrice, et c’est son conjoint, qu’elle remercie, a financé la majeure partie du film. A contrario, l’industrie cinématographique n’a pas aidé au financement du film. Le Centre national de la cinématographie (CNC) n'a pas souhaité investir et elle s’inquiète de la sortie du film. Elle fait actuellement le tour de France pour présenter son film en avant-première. Elle sera prochainement à Argenteuil, Aubervilliers, Saint-Denis, San Juan de Luz ou Villeurbanne. Je vous enjoins à aller regarder si les salles obscures qui se trouvent proches de chez vous sortiront le film, le 11 octobre prochain.

 

 Ses autres combats ? Amandine Gay, vivant maintenant au Québec, étudie l’adoption et aimerait réaliser un documentaire autour de ce sujet qui lui tient à cœur. Affaire à suivre ! 

 

Par Aurore Thibault 

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