Comment survivre dans une auberge de jeunesse ?

Les vacances approchent. Amsterdam, Londres, Rome ou Budapest, amis désargentés, les auberges de jeunesses sont vos amis. Twenty vous donne donc quelques conseils pour éviter que cette expérience ne se transforme en enfer.
10/06/2018

 

 

Toute ma vie, je me suis fait une certaines idée des auberges de jeunesse. J’y voyais des carrefours de rencontres vétustes, où nouer d’étranges et éphémères amitiés, sur un hymne à la joie vaporeux. Dans mes fantasmes, j’aurais fait la connaissance d’une petite anglaise rieuse qui m’aurait appelée « Luv » et m’aurait appris à mettre de l’eye-liner, j’aurais croisé deux meilleurs amis d’enfance, tellement proches qu’ils ne parleraient qu’en « private jokes », j’aurais eu une longue conversation nocturne sur l’épiphanie Joyceienne avec une étudiante à la lourde bouche sensuelle et au-dessus de moi, dans le dortoir, aurait dormi un bel italien, grand brun gouailleur au sourire de loup. Bref, un rêve, ou plutôt un délirium doux, à mille mille de toute vérité. 

 

Illustration by Paulette Zoute (https://www.instagram.com/paulettezoute/)

 

 

Cette année, pour la première fois, j’ai réservé un lit dans une auberge de jeunesse, à Rome. Située dans le quartier chinois, craspok et bien glauque, l’ombre de mes divagations s’y réverbérait. J’ai vite déchanté. Première règle surprenante, les chambres n’étaient pas accessibles entre 10h30 et 15h. Les gens zonaient dans l’auberge, y prolongeant leur sommeil sur les canapés installés dans les pièces communes, ou bien étaient envoyés à la rue, poussés à l’errance.

 

Je suis arrivée à l’auberge à 10h. J’ai déposé mes valises et je suis descendue fumer une cigarette dans la rue, suivie par un type qui m’avait vu abandonner mes bagages, dépitée. L’homme en question, un autrichien pas vraiment plus vieux que moi, la gueule mal réveillée et l’haleine tiède, est resté fumer en ma compagnie. Nous ne nous sommes plus quittés, ensuite, pendant cinq heures. Un compagnon inespéré de galère, avec qui se perdre, raconter des bêtises, s’extasier sur la beauté de l’architecture, les immeubles ocres et pastels, prendre un café dans un petit bouiboui repeint en violet, critiquer les tags omniprésents dans les quartiers où nous étions – pour le moins interlopes – ne trouver que des parcs fermés à cause de la neige tombées les jours passés, visiter une Eglise, assister à un vol de téléphone, s’éloigner, entrer dans le jardin d’une villa, mimer un festin imaginaire sur les tables de pierres de ce même jardin, se raconter ses amours déçus et ses rêves. Tout aurait été pour le mieux s’il n’avait pas essayé de m’embrasser, alors que nous étions assis sur un banc, cherchant à soulager nos jambes ne serait-ce qu’un instant. J’ai détourné la tête, allumé une nouvelle cigarette, fumée avec empressement, espérant qu’il comprenne. Le retour fut moins bavard, entrecoupé vainement de mes blagues et mots d’esprits, faisant tinter l’étain de son humiliation.

 

Mon calvaire n’avait pourtant pas encore commencé. Minuit m’avait chassé de la Villa Médicis, où j’étais allée écouter des conférences et rendre visite à un ami. Après avoir traversé Rome assoupie, hébétée d’émerveillement, me voilà dans mon petit lit inconfortable - à dix euros la nuit, c’était prévisible - en quête de sommeil. A peine étais-je endormie que des chuchotements m’ont éveillée, puis des bruits de pas, des lumières de téléphones, des ronflements, des gens en train de s’engueuler pour des problèmes d’argent dans la salle de bain, des gens en train de baiser dans le dortoir… A quatre heures vingt-sept du matin, pas une minute de plus, j’ai sorti mon téléphone portable pour réserver une chambre dans un hôtel digne de ce nom, je me suis habillée et suis sortie promener mon insomnie en solitaire à travers les rues romaines. Ainsi s’est achevée mon expérience, sous une pluie fine, ivre d’épuisement et de beautés.

 

En tout, je n’aurais pas tenu vingt-quatre heures. Comme je l’ai dit à mon ami autrichien, au moment de lui dire au-revoir et de plier bagage : « I’m just a bourgeois pussy who can’t handle people ».

 

 

Toutefois, et même si je suis mal placée pour le faire, j’ai décidé de réunir pour vous dix conseils clé, qui m’auraient aidé à surmonter la chose, si je ne m’étais pas avouée vaincue si tôt.

 

 

1-    Faites attention à ne pas envoyer de mauvais signaux quand vous parlez à un inconnu, pour éviter de devoir le repousser, après un massage un peu rêche devant une fontaine. Par exemple, les mots « orgy », « threesome », « massive cock » ou encore « horny » sont à proscrire. Evitez également les phrases à double sens. Ne vous remettez pas de rouge à lèvre devant lui. Retenez vos pulsions tricottomanes. Normalement, tout devrait bien se passer.

 

2-    Ne cherchez pas à devenir amis avec vos camarades de chambre mais imposez leur des limites, rapidement. Pour certains, rentrer en état d’ébriété au beau milieu de la nuit et parler à voix haute ou se branler dans un dortoir mixte, pour huit, n’est pas considéré comme choquant ni dérangeant. N’hésitez pas à manifester votre exaspération en émettant des sons réprobateurs. 

 

3-    Prenez le lit du haut, dans les dortoirs. Une manière de prendre de la hauteur par rapport à votre sort et surtout, de ne pas avoir quelqu’un qui se tourne et se retourne, au-dessus de votre tête, toute la nuit, faisant grincer l’armature métallique des lits.

 

4-    Achetez des chaussons de bain, pour éviter de vous retrouver avec des verrues et autres champignons quand vous passerez de votre lit à la salle de bain. N’oubliez pas non plus d’emmener avec vous une serviette de bain.

 

5-    N’oubliez pas d’acheter un cadenas, pour ne pas vous faire voler vos précieuses affaires (surtout si vous avez emmené avec vous un ordinateur et du cash).

 

 

6-    Munissez-vous de boules quies spécial chantier.

 

7-    Dans la mesure du possible voyagez avec un ou plusieurs amis. Des alliés qui vous serons précieux, avec qui vous pourrez vous soulager en disant du mal de vos compagnons de chambre. Un exutoire nécessaire.

 

8-     Pour préserver votre honneur et votre espace psychique, tenez-vous éloigné des soirées organisées par l’auberge où vous séjournez. Soirées ciné, disco, déguisées, chill ou dansantes, elles ne pourront rien vous apporter de bon, à moins que vous n’ayez un sens du second degré extrêmement développé (ce n’est pas le cas de tout le monde). De manière générale, essayez de passer le moins de temps possible dans les dortoirs et l’auberge en général.

 

9-     Pour des raisons évidentes de pudeurs, bienséance et sécurité, évitez de vous balader en petite culotte dans l’auberge ou bien de dormir nue dans les dortoirs mixes, même si la chose pourrait sembler tentante. Ce n’est pas une évidence pour tout le monde.

 

10- Faites une croix sur votre intimité, votre espace psychique et renoncez à votre précieux sommeil.

 

 

Bref, pour conclure, oubliez l’aspect humaniste, melting pot et bouillon de culture que vous avez projeté sur les auberges de jeunesses. Oui, certes, vous pourriez en faire un un combat, le parangon de l’anti « Instagram life », une raison de vivre, proche des autres, communautaire et généreuses, mais à quoi bon ? Il n’y a aucune gloire à vivre en dessous de ses moyens. Ces lieux font ressurgir nos plus bas instincts et on ne va pas se mentir, les gens n’y vont pas par plaisir. La pauvreté n’est pas un choix. A treize euros la nuit, il ne faut pas s’attendre à autre chose que des punaises de lit, une vague odeur de vomi et de fluides corporels, macérés dans la haine que chacun inspire aux autres. Vous voilà désormais avertis et si comme moi vous vouliez vous encanailler dans l’inconfort, petits bourgeois chochottes que vous êtes, trouvez autre chose, du « coach surfing » protitutionnel par exemple ou, pour les « squat fuckers », un hangar désaffecté occupé par des satanistes flexi vegan. Allez, cio, et bonnes vacances les amis !

 

Par Carmen Bramly

 

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