Et Baam !

À l’occasion d'un événement de solidarité avec les migrants, dimanche 18 décembre dernier, Twenty a rencontré Manon Ahanda, 26 ans, étudiante dans une école d’assistance sociale et co-fondatrice du BAAM.
25/12/2016

L’association BAAM, le bureau d’accueil et d’accompagnement des migrants, a distribué des appareils photos aux réfugiés pour qu’ils témoignent eux-mêmes de leur quotidien. À travers leurs clichés, les migrants peuvent documenter sur leurs propres histoires. De cette idée est née l’exposition « Dans leurs yeux » qui avait lieu dimanche dernier.

Les parisiens ont répondu à l’appel du BAAM. Il faut dire que pour l’occasion, Adèle Exarchopoulos, la marraine de l’association, son acolyte Nekfeu, et leur gang de rappeurs aux grands cœurs, avaient mobilisé leurs troupes sur la Toile. Conséquence : un Riviera (bar éphémère qui accueille l’événement) bondé de 13 heures à 23 heures. 

 

Partie de Uno autour d’une table entre midi et deux. La journée BAAM commence.  
Crédit photo : Edouard Richard / @edward_wichard sur Instagram

 

Au fil de la journée, la curiosité des participants a laissé place à l’émotion. Les sens se sont réveillés. La réalité criante sur chaque photographie brûle la rétine, mais redonne la vue sur une misère qu’on ne regarde pas dans les yeux. En cuisine, Rustam Khairkhwa, chef afghan, et Quentin Péron, chef du restaurant Les Niçois, la cantine branchée du 11ème arrondissement parisien, ont préparé un brunch franco-afghan. Le riz basmati safrané, le bœuf aux épices et le curry de légumes, régalent la centaine de participants qui ont préféré un dimanche solidaire au dimanche courses de Noël.  Leur menu raconte à quel point il est bon de s’ouvrir à la culture de l’autre. 

 

Préparation des brunchs franco-afghans dans les cuisines du Riveira.
Crédit photo : Edouard Richard / @edward_wichard sur Instagram

 

Les lives de jazz manouche, les percussions guinéennes et la voix envoûtante de Camélia-Jordana, qui reprend, comme un cri du cœur, un chant traditionnel tzigane, débouchent nos oreilles qui refusaient d’écouter. Et quand DJ Pone s’installe aux platines, ses scratchs nous rappellent qu’il est temps de (se) bouger.

 

La chanteuse Camélia-Jordana est venue soutenir le BAAM.
 Crédit photo : Edouard Richard / @edward_wichard sur Instagram

 

Derrière l’organisation de cette journée et son message : l’équipe du BAAM. Qui sont-ils ? Pourquoi et comment les soutenir ? Sa cofondatrice, Manon Ahanda, étudiante de 26 ans, répond à Twenty.

Twenty : Tu as cofondé le BAAM avec Héloïse Marie. À quel moment avez-vous décidé de vous engager pleinement dans l’accompagnement des migrants ? 

Manon Ahana : On a créé le BAAM le 1 er novembre 2015. Ça faisait un moment qu’on travaillait toutes les deux sur les camps avec les migrants. Sur place, on s’est vite rendu compte qu’il n’y avait pas forcément de suivi après les évacuations. Que ce soit juridique, médical, social… ou même quelques cours de français.Et puis, quand on souhaitait se rendre dans les centres où les migrants étaient hébergés, la sécurité nous demandait : « D’accord, mais qui êtes vous ? » On répondait qu’on était des bénévoles et qu’on les connaissait. Eux nous rétorquaient : « Ben non, vous ne rentrez pas. »  Alors, on s’est dit qu’en devenant une association loi 1901, notre démarche aurait plus de crédibilité vis-à-vis des institutions. Je ne dis pas qu’on peut depuis entrer partout, mais ça facilite pas mal de choses. Plus besoin de faire des magouilles ou se casser la tête avec des demandes et des autorisations. Tout est beaucoup plus simple. 

 

Le BAAM, dans les yeux de Manon Ahanda, 26 ans, co-fondatrice de l’association 
Crédit photo : Edouard Richard / @edward_wichard sur Instagram

 

Twenty : Vous ne vous qualifiez pas comme une association « humanitaire », mais plutôt « d’accompagnement ». Comment les migrants perçoivent votre démarche ? 

Manon Ahanda : On rencontre les migrants sur les camps et on ne leur explique pas vraiment qui nous sommes. Ils comprennent que nous sommes des amis. En revanche, ceux qui viennent vers nous d’eux-mêmes savent que nous sommes une association, mais ils ne nous voient pas comme Emmaüs, ou la Croix Rouge, qui leur distribuent des repas par exemple.

Twenty : Justement, vous vous préoccupez d’un autre aspect du quotidien des migrants : le vide. Au-delà de l’accueil indigne et la misère, vous dénoncez l’ennui qu’ils ressentent dans leurs nouvelles vies.  À quoi ressemble une simple journée d’un migrant ?  

Manon Ahanda : Que ce soit sur les camps, et même après dans les centres, l’ennui est total. Imagine que dans ton agenda, tu n’ais rien de prévu, ou alors un seul rendez-vous une fois par mois à la préfecture. Bon, alors, tu y vas… Et après, tu fais quoi ? Même un moment simple avec tes copains devient compliqué à s’organiser. Parce que tu ne peux pas les recevoir chez toi, parce que tu dors dehors.

Twenty : Comment on lutte contre l’ennui ? 

Manon Ahanda : Les migrants que nous aidons aux BAAM reçoivent deux heures de cours par jour. Au total, nous organisons une soixantaine de cours de français par semaine. Les groupes sont faits par niveaux : de l’apprentissage de l’alphabet et de l’écriture, jusqu’à des classes pour ceux qui sont presque bilingues. Nous avons aussi mis en place des ateliers de conversation en binôme d’un migrant et d’un bénévole. Nous avons également un pôle culturel qui se charge de nombreuses activités : ateliers de théâtre, photo, peinture…

Twenty : J’imagine qu’il faut un staff pour animer tous ces ateliers. Présente-moi cette équipe !

Manon Ahanda : Notre bureau administratif compte 20 personnes : 10 français et 10 migrants érythréens, afghans, soudanais et libyens. Toutes les décisions sont collectives. On marche en équipe, c’est ça le truc génial. Par exemple, nous avons voté à l’unanimité pour qu’Adèle Exarchopoulos soit notre marraine. Et avec nous, il y a 500 adhérents.  Il y a aussi toutes ces personnes de province qui nous contactent. Elles nous écrivent de Marseille, Strasbourg, Lille ou Lyon. Nous n’avons pas encore de comité en dehors de la région parisienne, mais on les aiguille et leur explique comment aider les migrants dans leurs villes. Mais bon… Le but n’est pas de s’agrandir, plutôt qu’on n’existe plus… 

Twenty : Bien sûr. Mais faute de mieux pour le moment… comment aider quand on a 20 ans ? 

Manon Ahanda : D’abord, l’adhésion annuelle coûte 5 euros. À ce prix là, tout le monde peut être membre.
Pour aider, il suffit de faire ce qu’il te plait. Si tu aimes le sport, tu peux proposer des cours de sport. Si tu es passionné de musique, tu peux l’enseigner. Si tu fais du théâtre, tu peux proposer un atelier...

Twenty : Quel dernier message veux-tu faire adresser aux Twenties ?

Manon Ahanda : On ne fait pas de l’humanitaire, mais bien de la politique. On veut dénoncer l’inertie du gouvernement. On est le 5ème pays le plus riche du monde, donc il faut arrêter de se moquer de nous et de répéter qu’on ne peut pas accueillir. On organise une conférence de presse le 11 janvier. Comme les élus, on  prononcera nos vœux politiques. Il faudra être là. 

 

Par Juliette Hochberg, 21 ans, étudiante et journaliste.

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