On a testé : le vide-dressing chez Teki Latex

La semaine dernière, Twenty s’est incrusté chez Teki Latex histoire de chiner des vinyles et des T-shirts XXL… une expérience mémorable et plutôt surprenante !
07/10/2017

 

J’ai d’abord cru à une blague quand un ami m’a suggérée d’aller faire un petit tour chez Teki Latex, la semaine dernière. L’ex chanteur du groupe TTC, qui connut ses heures de gloire au début des années 2000, se débarrassait de quelques trésors, à prix hard discount, en vue d’un déménagement imminent. J’avais trois jours pour sauter sur l’occasion, du mercredi au vendredi, entre 14h et 20h, Teki ouvrant les portes de son appartement aux curieux et chineurs de bons plans.

 

Il faut savoir que j’ai toujours été une fan absolue de Teki Latex. A treize ans, quand est sorti le morceau “girlfriend”, je passais mes journées à hurler les paroles, même si leur sens m’échappait parfois. Je n’oublierai jamais le regard effaré de ma chère mère, ne comprenant pas comment de telles phrases pouvaient se retrouver dans la bouche de son enfant. “Quand je rentre dans la boite, j’ai la trique, toutes les chattes des putes sont moites, c’est pratique”. Par chance, j’ai bientôt préféré à ce morceau son divin featuring avec la chanteuse Lio, “les matins de Paris”. Bref, rien qu’à l’idée de le rencontrer, je frétillais déjà. J’ai tout de même attendu la dernière heure du dernier jour, pour enfin sauter le pas.

 

Ainsi, me voilà déambulant dans les rues du redoutable 15e arrondissement de Paris, aux alentours de la station Vaugirard, un sourire niais aux lèvres, accompagnée d’une amie, moins enthousiaste que moi. De deux ans ma cadette, elle n’a jamais connu la TTC fever et semble incapable de comprendre ma joie.

 

Arrivée au pied de l’immeuble, j’ai senti les battements de mon coeur redoubler en intensité. J’avais mes vapeurs. C’est donc mon amie qui a dû taper le code et sonner à l’interphone. Dans l’ascenseur, j'en jappais de bonheur, c’était plus fort que moi.

 

Teki a ouvert la porte et nous a invitées à entrer. Il parlait d’une voix douce et nous a fait visiter son appartement, se montrant particulièrement attentionné. 

 

Dans la cuisine, un ami à lui tenait sa propre petite boutique, vendant vinyles, cassettes et T-shirts collectors dédiés à TTC. Après dix minutes d’explications sur la nature et la provenance de chaque vinyle, dont la plupart des artistes m’étaient inconnus, je suis quand même repartie avec un T-shirt à l’effigie de Cuizinier en taille 14 ans et un vinyle “dans le style de The Rapture”, le seul nom cité qui ne m’était pas étranger, le tout pour une bouchée de pain.

 

Ensuite, Teki nous a conduit dans une première pièce où nous attendaient ses dernières reliques, n’ayant pas encore trouvé preneur. Des cartons pleins de foulards, des pairs de baskets aux designs improbables et sur un portant, des pulls, des vestes, des manteaux, beaucoup provenant de créateurs japonais… J’en regrettais presque les dix kilos que je venais de perdre, m’imaginant mal rentrer dans aucun de ces vêtements. Par chance, j’ai quand même trouvé un pull rouge et jaune (oui, les couleurs de Griffondor), qui me sert aujourd’hui de robe de chambre. Un vinyle a également attiré ma curiosité et sur les conseils de notre hôte, je me suis empressée de l’acheter. Que la musique soit bonne ou mauvaise, comment ne pas fondre pour un groupe qui s’appelle Haiku d’Etat ? Dans la pièce adjacente se trouvaient peut-être deux cent T-shirts, disposés en piles bancales à chaque coin. Teki a eu la gentillesse de nous raconter l’histoire de chacun d’eux, tandis que nous nous extasions sur l’étendue et la diversité d’une telle collection. “Beaucoup m’ont été offerts, je ne les ai jamais portés” nous a-t-il confié. De temps à autres, il en saisissait un au vol, “Si vous ne le prenez pas, je vais quand même le garder”, puis le mettait de côté, bordé de nostalgie. Plus que des vêtements, c’était avant tout une époque, et pour lui, des réminiscences de ses gloires passées, à brader et négocier.   

 

Mon amie a finalement opté pour une capuche doudou avec manches intégrées et moi deux T-shirts “Yo MTV raps” ainsi qu’un débardeur tête de mort, le tout pour quelques euros à peine, signe d’une profonde générosité. D’ailleurs, Teki n’a pas non plus hésité à nous faire des cadeaux, comme ce kimono vert, qui lui faisait jusqu’à présent office de “déguisement de Varys” (un personnage de la série Game Of Thrones) ou bien cette paire de lunettes collector qui prennent déjà la poussière sur mon bureau. Nous sommes reparties au bout d’une heure, les bras chargés de trouvailles, en veillant bien à remercier Teki pour sa patience et ses récits.

 

Si j’avais dans un premier temps envisagé la chose comme une vaste blague, un geste désespéré de coolitude, je me suis vite ravisée. Quelqu’un qui vous ouvre ses portes, vous présente uns à uns ses totems et ses souvenirs mérite toute notre considération. Le relayer à un simple fait d’arme, un faire valoir dérisoire, “j’ai chiné un vinyle chez Tekilatex” ou bien “je dors tous les soirs avec un T-shirt de lui”, aurait été une insulte à sa bonhomie. Franchement, Teki, merci pour ce moment !

 

Par Carmen Bramly, 22 ans, écrivain et shoppeuse empathique.

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