Validé par Twenty : La pièce de Mani Souleymanlou

Entre deux snaps hilarants, Elise s'est retrouvée embrigadée dans une soirée théâtre. A sa grande surprise, elle a totalement surkiffé "Trois, précédé de Un et Deux" de Mani Souleymanlou. Explications...
19/04/2017

 

 

J’ai 23 ans et je fais partie de ces gens qui ont la flemme de tout. Pur produit de la société de consommation, j’aime que l’on me propose des divertissements consommables directement depuis mon lit, sur mon ordinateur ou mon téléphone (oui, je sais, c’est un peu grave et je pense qu’en lisant ça, mes parents intellos vont me déshériter).

 

C’est pour cette raison que lorsqu’on m’a proposé de me rendre au théâtre pour aller voir « Trois, précédé de Un et Deux », de Mani Souleymanlou, je n’ai pas sauté de joie. Le théâtre, c’est long, tu ne peux pas faire « pause », tu ne peux pas manger de plat de pâtes tranquillou sur ton fauteuil, tu ne peux pas jouer à Candy Crush quand tu t’ennuies un peu, bref… Clairement, j’avais la flemme.

 

 

Pourtant, en sortant de la pièce, j’ai compris que le divertissement « à l’ancienne » pouvait être tout aussi bien, si ce n’est meilleur, qu’un bon vieux Netflix & Chill. J’ai compris qu’en 2017, le théâtre pouvait lui aussi être important, engagé et moderne, à l’heure de l’apogée des Youtubeurs et des programmes courts que l’on partage sur notre profil sans vraiment réfléchir.

 

Dans cette pièce construite comme une trilogie, « Trois, précédé de Un et Deux », Mani Souleymanlou raconte l’histoire de sa vie d’immigré et pose une question existentielle universelle : celle de d’identité. Est-on défini par là d’où l’on vient ?

 

D’abord il y a Un : monologue autobiographique au cours duquel Mani Soleymanlou tente de saisir ses racines iraniennes. Un pays quitté enfant qui sillonne son identité. Lui qui a migré « malgré lui» de Téhéran à Paris avant de débarquer à Toronto, Ottawa puis Montréal. Lui qui mesure lors des soulèvements de 2009 le gouffre qui le sépare des Iraniens se battant pour leurs libertés. Lui pour qui le vide ne serait pas un manque à combler. Puis il y a Deux : duo mené avec un « Québécois de souche », Emmanuel Schwartz. Confronté à son ami Manu, Mani remet en cause sa quête et tous deux cherchent, ensemble et encore. Et enfin il y a Trois : parole de la multitude, portée par quarante interprètes aux racines éparses.

 

 

Que l’on ait vécu ou non une histoire similaire à Mani Souleymanlou, que l’on soit un pur français de souche ou un fils d’immigré, il n’est vraiment pas difficile de s’identifier à ses personnages et à son récit (ou plutôt, ses interrogations). 

 

Dans « Trois », la dernière partie de la pièce, quarante acteurs d’origines diverses et variées racontent leur vérité, leur VRAIE vie. Ils ont écrit eux même leur rôle et parlent de leurs propres expériences. Ainsi, Frankie se demande pourquoi « en tant que Juive, elle est considérée comme la représentante d’Israël auprès de ses amis » lors des débats de fin de soirée (que l’on connait tous) ; une autre, d’origine arabe mais ayant grandi « à la Française », s’énerve que les autres veuillent qu’elle revendique plus son côté oriental. Enfin, un babtou, blanc et français de souche, se rend compte qu’on le fait presque culpabiliser que son « peuple » n’ai pas souffert comme les autres.

 

Mani Souleymanlou et Emmanuel Schwartz

 

 

J’ai été profondément touchée par tous ces témoignages, par cet échange hyper réaliste entre les comédiens et par la sincérité de leurs propos qui poussent vraiment à réfléchir.

Avec mes copains, nous étions arrivés au théâtre sans vraiment avoir envie d’être là ; nous sommes sortis en ayant envie de faire la fête, de se mélanger et d’échanger avec n’importe qui, comme ça, dans la rue.

Alors que nous vivons dans un monde ponctué par les attentats, les crises économiques et sociales et les débats interminables sur Facebook, « Trois, précédé de Un et Deux » est l’occasion de mettre les choses à plat, de jouer avec les stéréotypes et finalement de s’élever dans la quête de la compréhension de l’autre.

Il est à mon sens capital de voir cette pièce, qui devrait être incontournable et même, pourquoi pas, étudiée à l’école.

 

Allez y avec des potes, vous ne le regretterez pas, vous allez vous prendre une grosse claque et ça risque fort de vous redonner goût au théâtre.

 

Pour aller voir ça de vos propres yeux, rendez vous à :

 

  • Chaillot – Théâtre national de la Danse, Salle Jean Vilar
    DU 18 AU 22 AVRIL 2017
  • Le Tarmac – La scène internationale francophone
    DU 25 AU 29 AVRIL 2017
     

 

 

Par Elise Goldfarb, 23 ans, étudiante en droit

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